Comme presque tous les textes de Lucienne, ce Noël de la maison neuve a ses racines, son histoire - qui n'est pas à l'eau de rose. Je vais en dire deux mots pour situer d'où et de quoi il est né en réalité, d'où il sort.

Chacun le sait par ses lectures, Noël est propice aux poètes pour leur faire agrandir jusqu'aux étoiles la valeur et le sens des menus faits de la vie, ou en tirer l'essence, ou encore pour procéder - baguette magique de l'écriture en main - à l'exorcisme de la venue ou de l'existence de tel ou tel événement quand celui-ci s'annonce, apparaît ou s'avère néfaste. Ce fabuleux pouvoir de transmutation du plomb en or leur est sans doute accordé en propre parce que de toute éternité, et plus que nous tous, ils excellent le plus souvent à sa parfaite mise en œuvre via le conte ou le poème de Noël en particulier. Pas de mystère, cela chacun le sait aussi : les poètes font des miracles ! Ainsi, parfois encore, un grand point d'interrogation, géant à vrai dire, quoique humain, très humain, sort comme par enchantement de leur plume et se pose soudain, en oiseau de feu, à la dernière ligne - faisant ainsi, sans tambour ni trompette, "chuter" merveilleusement leur texte du plus haut qu'ils ont su l'écrire. Ce qui est bien le cas ici. Oiseau de feu prenant toutefois - on le lira, "distance" oblige - la forme, dans le cas tout à fait adéquate, d'un prosaïque combiné téléphonique cependant très vite tenu haut en main, en étrange haut-parleur, au-dessus de tous et de toutes chaleureusement réunis autour d'une table lointaine, un certain soir de Noël.

Combiné allégorique, en vérité, qui, selon le grand art souvent paradoxal du poète, se devine être tout aussi bien en forme de clef sur mesure pour, suivant le libre-arbitre de chacun des lecteurs, ouvrir sur l'infini ou fermer aussitôt strictement sur lui-même un texte de ce genre ! J'allais écrire : de cette envergure.

Lucienne m'avait dédié ces pages pour des raisons, si l'on veut, en rien métaphysiques : au motif plus terre à terre d'avoir été activement présent au démarrage du projet de construction de la bâtisse dont il est ici question. C'est qu'après que j'eus démoli la ruine initiale sur l'arpent, trié et empilé les pierres récupérées - parmi lesquelles je fis la découverte d'un autel romain à cupule d'offrandes (lire D'un proche et d'un lointain passé) - Jean et Lucienne m'avaient par la suite confié toutes les peintures, intérieures et extérieures, de leur nouvelle habitation, puis la réalisation du garage attenant, en partie péniblement gagné à coups de pic et de burin sur le rocher, puis encore tous les aménagements extérieurs : escaliers d'accès aux jardins, murets de soutènement, nivellements, plantations diverses, etc. Heureux qu'ils étaient tous les deux d'avoir en moi un ami factotum et moi me trouvant aux anges de travailler pour eux.

Cependant, quelque chose de plus grave et de plus intime entre nous trois me rattache encore à ce récit-nouvelle-conte de Noël. L'ami que l'écrivain baptise du prénom d'Élio portait en réalité celui de Louky, il était un cousin de Jean. C'est lui qui avait en partie planché sur les plans, les devis, et, en riche célibataire généreux, offert aussi de grand cœur une partie substantielle du financement pour que la maison soit bien plus confortable que ce qui parut possible au départ.

Passionné des grosses cylindrées à deux roues, il ne circulait qu'à cheval sur leur dos ; et la dernière fois qu'il était venu à Montjustin, je fus le dernier de nous tous au village à lui parler, à l'avoir vu lui-même pétaradant de vie sur le départ depuis la grande remise de Serge où il garait à chaque fois sa moto. Il devait même venir s'installer lui aussi à demeure, dans l'ancien presbytère, tout en haut, qu'il aurait rénové. Aujourd'hui, plus de trente ans après, comme si c'était à peine hier, je revois cet ami très cher coiffer à deux mains son casque de motard, démarrer tranquillement son engin et, comme si de rien était, partir sans que, ni moi ni personne, ne se doute bien sûr une seule seconde que ce fût cette fois-là pour toujours. Remontant chez lui en Belgique, il fut en effet, au niveau du sud de la Bourgogne, l'affreuse victime innocente d'une méchante et bien cruelle tache d'huile accidentellement répandue sur la chaussée. Mort sur le coup, notre Louky. Maintenant, il est temps que je me taise, il faut lire, entendre Lucienne raconter...

Titre Noel

Noël de la maison neuve

Noël 3

Noël de la maison neuve 2

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MOTS DE NOËL
Que reste-t-il ? ... De ce qu’on a su, De ce qui a déjà valu, Que reste-t-il ? Que reste-t-il De l’étrange Nouvelle Annonçant le grand Éveil, Proclamée comme la Merveille ? Que reste-t-il ? ... Que reste-t-il Quand la nouvelle est denrée périssable, En [...]
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