L'orme et le cerf perdent leurs branches

   Qui cherche trouve, dit-on. Pas toujours ce que l'on cherche du reste; en tout cas pour ce qui en résulte de ma capricieuse pathologie.

Je viens ainsi, sans la requérir le moins du monde (j'en avais d'ailleurs -  à cette heure précisément - un peu oublié l'existence) de remettre les yeux sur cette belge revue de poésie (éditée à Tamines, province de Namur) les Cahiers Jean Tousseul ( ... que mal accompagné *) en date du deuxième trimestre de l'année 1959.

Cahiers Tousseul

Toute modeste publication, mais - c'est pour cela que je l'ai un moment extrait de sa pile - qui fait écho à ce courriel  (Vive le Québec libre !) que tu m'as, André, adressé il y a quarante-huit ou soixante-et-douze heures de cela, et dans lequel tu regrettais le peu de cas que les instances locales (!) départementales (!!) régionales (!!!) de la culture avaient fait de l'œuvre poétique de Lucienne Desnoues.

(Prononcer "Dénou". Je précise cela à tout hasard pour le susdit éventuel fourvoyé auquel renvoie l'astérisque précédente : il a dû personnellement m'arriver de prononcer le final de son nom à la mexicaine ... avant que, tardivement, je ne la rencontre).

Peu de cas, c'est peu dire pour un aussi grand silence ! Et pour une si belle langue. Si originale. Si immédiatement marquée de l'extrême finesse de son sceau. Sentier que nul n'avait entrevu, encore moins emprunté, et qui conduit le lecteur, en le prenant par la main, dans le plus imprévisible des lieux afin  d'y découvrir un rai de lumière sans pareil qui, là, dans l'instant, illumine la beauté des choses.

Bien souvent - pour ne pas dire quasi toujours - les plus simples d'apparence.

Il faut lire Lucienne Desnoues. 

Pourtant voici mon ramillon   

Qui s'allonge et qui s'écarquille.   

Voici sortant comme jonquille   

Des grands hivers à la Villon   

Ma branche à fleurs, ma branche à filles.

Et puis ces quatre autre vers, déjà ... pour l'heure d'aujourd'hui !

Dites, lorsque m'auront ravie   

Les fardiers de l'éternité,   

Qui donc aimera fagoter   

Sur l'emplacement de ma vie ?

 

Ce qui n'interdit en rien de l'écouter à l'occasion ... chantée, entre autres, par Hélène Martin :

https://www.youtube.com/watch?v=kwQdD5yr6mg

 ...

Cependant le coup de dés qui tantôt présida à l'écriture de ces quelques lignes me proposait aussitôt d'autres perspectives.

La première m'étant suggérée par cette photo qui, en sus de la couverture de la revue, illustre également l'article de Jean-Louis Vanham intitulé " Lucienne Desnoues ou la poésie de la terre".

Lucienne, Jean, Lucien - Coen

Lucienne, Jean ... et Lucien Jacques. Lucienne, ensoleillée par la présence de son compagnon d'aventures. 

Mais ce que la légende ne dit pas, c'est que le cliché est de l'œil de ... Marcel Coen. **

Je le rajoute donc !

Tu as, André, salué déjà cet admirable photographe à maintes reprises ... me confiant par ailleurs la complicité qui bien souvent vous lia à lui, Serge et toi.

J'ai ainsi plaisir à rendre ici à Marcel, chaleureux témoin des grandes heures de Montjustin, ce qui lui appartient.

La deuxième est ce que m'écrivait Lucienne à propos de ce modeste document dans une lettre datée du 26 juin 2004. Il y est question - ni Jean le poète, ni Lucien l'aquarelliste, pas plus que Marcel le photographe, ne sont malheureusement plus là - de ceux qui composent alors la petite tribu du hameau perché sous l'étoile, par insigne bonheur retrouvée un jour par Jules Mougin.

Je lui cède bien volontiers la parole ... surtout que parmi ceux-là elle y évoque (outre une turbulente famille nombreuse) le beau et durable printemps de Serge ... et (surtout !), ce serait dommage de passer ici cela sous silence, sa légendaire gourmandise !      :-)

Lettre Lucienne DesnouesLa gourmandise du peintre. Hormis l'anecdote, peut-être n'est-elle d'ailleurs pas si anodine que cela. Je songe par exemple à ces multiples scènes de Carnaval et je me dis que parmi toutes ces joyeuses profusions le mot gourmandise n'est probablement pas tout à fait hors de propos ...

Une dernière chose enfin. Le titre de ce billet n'est évidemment pas de ma main ! Je l'ai emprunté au texte de Jean-Louis Vanham ... qui, bien sûr, cite alors un magnifique vers de la petite-nièce du Forgeron Desnoues ... que l'on peut retrouver ici, tel Tristan dans l'atelier d'Héphaïstos ! ***

Desnoues le charron... un extrait, cela va sans dire, du Grand Meaulnes d'Alain Fournier.

Mort à 27 ans, le 26 septembre 1914 dans la tranchée de Calonne.

C'était ergo Dickens (Fournier avait rêvé d'être un romancier à sa manière) qu'on assassinait !

Finissons alors ces quelques lignes sur une note littéraire. Et relisons, exempli gratia, les amours d'Yvonne et d'Augustin ... en alternance (cette nuit j'ai le cœur canadien) avec Le chemin des âmes de Joseph Boyden (Il y est également question des meurtrières tranchées de 14)

Et, puisque le soleil tient tête, pour un peu de joie simple, 2 belles boules de glace au chocolat au dessert du dimanche ... en hommage au talent de Serge. Pour une fois que le septième péché capital nous est par avance au trois-quarts pardonné !

Quant au vilain hiver ... son heure viendra peut-être en février. Il sera définitivement temps alors que  L'orme et le cerf perdent leurs branches.

Car plus tard, il sera trop tard ...

Ismael.

...

*  J'implore l'indulgence du fourvoyé par mégarde. (La traîtresse ! Si au moins elle se contentait d'être simplement capricieuse, mais non ! )

** Généralement orthographié ainsi dans la plupart de ses références sur le Net.

http://www.artnet.fr/artistes/marcel-coen/r%C3%A9sultats-de-ventes

Mais avec un h le plus souvent sur la colline. C'est d'ailleurs ainsi que l'écrit Lucienne dans cette lettre où elle me précisait :

" J'ai les originaux des clichés pris par Marcel Cohen dans l'atelier de notre aquarelliste"

et elle ajoutait, toujours aussi tendrement amoureuse de son poète en allé ...

" Il en avait des beaux cheveux noirs, mon Jean Mogin, aussi noir que le béret de Lucien ! "

***  Really sorry ... Private joke (!) Bon tout prochain anniversaire, fils !

****  Lombards avec un S. Sacrés italiens  !    :-)

 

Quelques liens utiles :

Une épistole de Lucienne Desnoues aux Fiorio

Travail et mobiles poétiques par Lucienne Desnoues.

Marcel Thiry et le tournoi...par Lucienne Desnoues.

De Villon ... à Desnoues par Ismaël.

Lucienne Desnoues ou la poésie de la terre.

Causerie de Lucienne Desnoues. 1ère partie.

Causerie de Lucienne Desnoues, suite et fin.

Rencontre et article de Claude-Henri Rocquet

Lucienne Desnoues, clin d'œil dans un livre d'or.

Lire Lucienne Desnoues

L'orme et le cerf perdent leurs branches par Ismaël.

Quelques traits rouges et une baguette de Sourcier par Gérard Allibert.

La vie...gne de Jean Mogin.

La vigne d'Aldo par Lucienne Desnoues.

Le sourcier Lucien Jacques, par Lucienne Desnoues.

Après vingt ans par Lucienne Desnoues.

Hors-d'œuvre spirituel par Lucienne Desnoues

Noël de la maison neuve par Lucienne Desnoues.

Bonne et heureuse année 2017 !

Entre Lucienne Desnoues et Jean Mogin.

 

 

 

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