L'annuel battage médiatique qui, depuis Paris, fait rage autour des prix littéraires et irradie en ce moment un peu partout me donne l'idée de proposer aujourd'hui ici une partie - revue et augmentée - de ce que j'écrivais, en 2015, au sujet du Prix Jean Giono dans le préambule d'Habemus Fiorio !.

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   Giono brillant aujourd'hui au "firmament", dans La Pléiade, je trouve d'autant plus regrettable que le Grand Prix qui porte son nom soit encore et toujours décerné à Paris. Pas une seule fois à Manosque !
Pourquoi pas l'y faire avoir lieu carrément chaque année - pourquoi pas pendant le temps des Rencontres ou bien au cours de celui des Correspondances ? - et que le nom du lauréat ou de la lauréate soit claironné et rendu public depuis le Paraïs même - et même si possible, de préférence de la fenêtre même du dernier bureau en date de l'écrivain !  -, ce qui serait alors le fin du fin et un retour aux sources en même temps ; mettant du coup le monde des Lettres françaises sinon alors quelque peu en porte-à-faux, du moins à un autre parfum, moins artificiel, convenu, et élitiste, dans le plus mauvais sens du terme, que celui du parisianisme - affairiste outrancier - qui règne arbitrairement sur les Prix depuis toujours.

Portrait de Giono 1934

Ainsi, devenu marginal, dissident même, à plusieurs titres, le Prix Giono n'en serait que plus vrai, parce que se situant à l'écart, justement, pour le moins sans compromis, plus fort, plus crédible, tranchant, plus efficace donc, en vérité. Oui, en vérité plein de sens avant tout en lui-même et pas seulement commercial et honorifique envers l'éditeur du lauréat dès lors forcément de passage - bon gré mal gré - dans chaque petite ou grande librairie de France et de Navarre.
Il serait en effet si beau, retentissant dans toute la France et à l'étranger, que la maison Giono, ce lieu géographique central - parce que si intime -, incontournable, cet écrin si caractéristique, emblématique, et qui fut le protecteur idéal des forces de l'œuvre gionienne en marche - leur arche ! -, soit celui où d'autres écrivains - et certains, bien sûr, purs parisiens ou bien simples habitants de la région parisienne - soient accueillis pour venir y recevoir les encouragements, les honneurs et les avantages, de cette alors toute belle et haute récompense qui, remise comme elle l'est - très cérémonieusement entre la tour Eiffel et l'Arc de triomphe dans les salons d'un grand hôtel - se trouve étrangère à ce qui devrait constituer sa raison d'être essentielle, son sens véritable, authentique, son sel, pour ces raisons évidentes.

clocher de Manosque_ Serge Fiorio

L'une des deux tour Eiffel de Manosque.

Il ne s'agit pas là pour moi de faire des reproches à qui que ce soit ; mais bien, par contre, de remettre en cause le bien-fondé d'un système centralisateur qui s'arroge qualité morale et droits exclusifs dans une arène finalement devenue, de plus, strictement commerciale et de laquelle, il vaut mieux, je crois, si l'on crée, se tenir loin, tout au moins à distance respectueuse.
Si le parisianisme est impitoyable, est cependant bienheureusement révolu le temps où, pour critiquer et faire des remarques sur les mœurs de certaines sphères, il était prudent d'émettre son point de vue sous la forme de Lettres persanes ! Dont acte ! Tout cela dit sans précautions, sans filtre ni masque, par sincère amitié admirative pour tant d'œuvres en tous genres malheureusement dévalorisées en leur essence par un puissant effet de boomerang quand l'avis de Paris, seul, a été ou est, en retour, négatif à leur endroit.
Regardant et observant un tant soit peu attentivement la scène culturelle française avec les yeux, autant que faire se peut, bien en face des trous, l'on s'aperçoit vite que l'omnipotente capitale est finalement le principal ennemi juré de bien des talents : ceux qui ont le culot de ne pas éclore, de ne pas fleurir et de ne pas fructifier à son ombre, le faisant - pour des raisons toutes naturelles - en pleine terre, en plein soleil.

Mai 68 n'ayant été, hélas, qu'un feu de paille dans l'Histoire, bien loin aujourd'hui, bien éteint, en cendres froides complètement, il faudra, Phénix, qu'il en renaisse - plus solide et durable enfin dans ses développements parce que cette fois plus profondément et véritablement intérieur. Ceci afin que soient dissoutes un jour ou l'autre, entre autres choses, les pratiques d'un colonialisme interne abominablement destructeur exercées par les milieux culturels parisiens de tous bords et en tous genres vis-vis de la province.

PS. Parallèlement : d'avoir été - de 1954 à 1970 - premier couvert à l'Académie Goncourt n'a pas grandi Giono, en rien. Son œuvre foisonnante y suffisait elle-même à mesure qu'elle s'écrivait, et aujourd'hui, toute entière disponible, y suffit désormais à jamais.

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Quelques liens :

Giono. Impromptu 8.
Le premier portrait de Giono. 1
Le premier portrait de Giono. 2
Le premier portrait de Giono.3
Le premier portrait de Giono. 4 (suite et fin).

Portrait d'Aline Giono enfant au lavis d'encre noire.

Serge par Sylvie Giono.
Les tribulations du premier Portrait de Giono.