Un portrait, c'est une empreinte directe du vécu sur le temps.
René Huygues.  
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Jacques Mény, l'actuel président des Amis de Jean Giono, m'a aimablement communiqué copie d'un Fiorio inédit récemment déniché dans la maison de l'écrivain.  
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Cher Jacques,
ravi de découvrir, grâce à toi, ce portrait d'enfant au lavis d'encre, moyen familier de Serge à cette époque-là des années trente.
Visiblement c'est bien celui d'Aline Giono dont Serge avait aussi peint - alors à l'huile, sur isorel - la poupée noire offerte par des amis de passage qu'elle avait très vite enterrée dans le jardin du Paraïs parce qu'elle ne lui plaisait pas, puis déterrée quelques jours plus tard et jetée tout de go sans ménagement, hirsute et quelque peu démantibulée, sur une chaise rustique à la paille blonde, elle, comme les blés.
Ce qui fit un Fiorio fort étonnant, tout en contrastes ! D'autant plus que les motifs géométriques du carrelage étaient, si mes souvenirs sont bons, rouge, blanc, vert et noir.
J'ai pu voir cette œuvre étrange, à l'aura quasi dérangeante, pendant des années. Elle était accrochée au mur dans la chambre monacale de ma chère et fraternelle vieille amie Ida, la sœur de Serge, à Montjustin.
Ida, au décès de laquelle La poupée noire revint à Sylvie, sa fille, la nièce de Serge, qui est aujourd'hui elle aussi décédée sans qu'on puisse savoir ce qu'est devenue la demi-douzaine de Fiorio qui lui appartenait. Selon toute vraisemblance, elle a dû les léguer à ses cousins (du côté de sa grand-mère Maria, côté Patéri donc, pas Fiorio) Giampiero et Sergio Gabotto dont nous sommes hélas depuis longtemps sans nouvelles et sans adresses où les joindre.

Portrait d'Aline au lavis d'encre

Portrait d'Aline Giono, lavis d'encre noire, 23,7x31 cm. Vers 1933-34...? À l'interface entre enfance et adolescence. Je trouve qu'elle tient ici beaucoup d'Élise, sa maman.


Ici, le peintre s'est surtout attaché - c'est ce qui frappe d'emblée - à rendre minutieusement la vivacité un peu grave du regard, par contraste évident, n'est-ce pas, avec les sobres effets fournis par les moyens minimums employés par ailleurs pour l'habit simplissime et pour la stricte chevelure en casque.
L'écriture, en haut de la feuille, au crayon, est bien de la main de Serge et pour cela, sans conteste, vaut signature !
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PS : il me revient soudain que Serge m'avait dit qu'Aline enfant voulait à toute force se marier un jour avec lui, l'assurant qu'ils auraient alors beaucoup d'enfants. Mais, prudente cependant, elle lui avait très sérieusement confié : « On les prendra un peu grands déjà, car tout petits, tu sais, ils sont bien trop sales ! »