Serge me racontait qu'il s'est trouvé plusieurs fois à Manosque chez la famille Giono pour la cueillette des olives.

Cela se passait toujours à peu près de la même façon : l'écrivain emmenait son petit monde à pied d'œuvre : les enfants montaient aussitôt dans les arbres ou se perchaient sur des escabeaux, tandis qu'une ou deux personnes amies cueillaient tout en élaguant sommairement.

Madame Giono, pas très paysanne, assise par terre, dépouillait de leurs fruits les rameaux qu'on lui faisait passer. Giono, lui, armé d'une scie et d'un sécateur — mais « sans aucun respect pour l'arbre » selon Serge — si l'on peut dire, "taillait".

Serge me disait même avoir vu et entendu un vieux paysan passant par là carrément s'horrifier. Les mains sur la tête, n'en croyant pas ses yeux, celui-ci s'interrogeait à voix haute, en provençal : « Cu es l’assassin qu’a rebrondat aquest olivier ? » C'est-à-dire : « Qui est donc l'assassin qui a taillé cet olivier ? »

L'assassin ? c'était bel et bien Giono qui, son forfait accompli, avait vite regagné son bureau où, ce jour-là ou un autre, l'attendait encore un peu de travail sur L'homme qui plantait des arbres qu'il venait, du bout de la plume, de douer d'une vie tout juste extraordinaire !

« Les "tailles" de Jean dans ses oliviers n'empêchaient habituellement pas Elise — devant les critiques prétendant que son mari ne savait pas tailler — de déclarer, en écho à ce que ce dernier lui affirmait souvent de toute sa fameuse force de conviction verbale qu'ils étaient les seuls, cette année-là encore, à avoir des olives . »

« Et, dur comme fer, de le croire très probablement lui aussi !...» ajoutait Serge qui dans ce domaine de l'esprit (cela c'est moi qui, l'ayant maintes fois vérifié, me permets de l'ajouter aussi) n'avait habituellement rien de rien à leur envier !

 

PS : Parlant le provençal par tradition orale familiale mais, de ce fait, incapable de l'écrire proprement, j'ai demandé de l'aide. Un grand merci donc à Madame Lucienne Porte-Marrou et à mon amie Yaya qui m'a répondu :

« Après consultation de la ‘'bible” provençale en la personne de Lucienne Porte-Marrou (qui a consulté les dictionnaires de Mistral, Garcin, Honorat, Martin, C.R.E.O. Provence, Avril ... ...) la phrase s’écrit : Cu es l’assassin qu’a rebrondat aqueste olivier

Il y a d’autres mots pour assassin (en français) mais c’est assassin (en provençal) qui arrive en premier dans tous les dicos.

Il y a aussi d’autres mots pour tailler mais c’est rebrondar qui arrive en premier dans tous les dicos, y compris dans le dictionnaire Provençal-Français de J.T.Avril paru à Apt en 1839. »

Un grand merci reconnaissant à toutes les deux !    

Re PS : Du coup, je me pose une question : À quand une traduction, de temps en temps, de quelques billets du blog Serge en provençal comme le fait notre cher ami Agostino pour l'italien ?

Rere PS : Eh bien j'avais cru avoir crié dans le désert. Il n'en est rien : Marc Dumas m'a répondu et s'est mis à traduire ! ce dont je le remercie ! (Le billet du 15. 01. 2015 intitulé L'Angélus de Fiorio est également traduit en provençal par le même).

 

Revirado en prouvençau de « La récolte des olives » par Marc Dumas.

 

 Pèr leis Ờulivado.

  Sergi me countavo que se capitè mant e un cop à Manosco, dins la famiho Giono pèr leis óulivado. Acò se debanavo quasi toujour dóu meme biais : l’escrivan menavo sei gent au rode d’óulivage ; d’en proumié lei drole mountavon sus leis aubre o se quihavon sus lei cavalet, d’au tèms que dous o très persouno amigo culissièn en rebroundant au leissa-courre.

 Dono Giono, qu’èro pas gaire grangiero, assetado au sóu, desfruchavo lei ramo que se iè dounavo. Giono, éu, am’un sarret e un secatour – mai sènso lou mendre respèt pèr leis aubre à ço que dis Sergi - fasiè coume quaucun que taio.

  Sergi disiè tambèn d’aguè vist e ausi, un vièi paisan que passavo just pèr aqui, n’en fuguè trevira. Lei man sus la testo, lenguejavo à n’auto vouès en prouvençau « Cu es l’assassin qu’a rebrounda aquel oulivié ? ». Es-à-dire «  Quel est l’assassin qui a taillé cet olivier ? »

 L’assassin ? éro bèn segur Giono, que soun sacrige acaba, léu s’entournavo léu à soun buréu, mounte lou meme jour o bessai un autre, l’esperavo encaro un bregoun soun obro escrito « L’homme qui plantait des arbres » que veniè tout just d’un cop de plumo faire viéure d’un naturau estraourdinàri.

 Lei rebroundage de Jean entrepachavo pas Elise à l’acoustumado, davans lei critico qu’afourtissié soun ome qu’entendié rèn au rebroundage – de faire assaupre en toutei en ressoun à ço qu’aquèu darniè disiè amè touto la forço celèbro de soun acertaman verbau – qu’èron lei soulet encaro aquest an d’aguè deis oulivo.

 « E dur coume un cuissau, de lou crèire éu peréu de segur » apoundiè Sergi que sus aquel item de soun esperit (acò n’es iéu que mant e un cop l’agué acertana fai que m’autourise fin finalo de l’afourti encaro) n’aviè rén de mai que rèn de iè enveja.

*

L'olivier.