Un chiffon sale, même étiqueté et catalogué Art contemporain, reste un chiffon sale.
Serge Fiorio

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   Signe de temps déliquescents en lesquels, de façon générale, le sens se raréfie tout autant - et à vitesse égale - que la vitale qualité de l'air ; en matière d'art, la laideur, le vide et l'absurde ont désormais un peu partout pignon sur rue, font même le buzz, comme on dit. Mais pas que : pourtant conventionnelles au possible, convenues, nombre d' "œuvres" contemporaines, par exemple, soutirent en effet régulièrement des sommes indécentes aux caisses des deniers publics.
J'ai récemment appris que la mairie de Paris s'est délestée, sans que personne nulle part ne bronche, de 650.000 euros pour un gros cœur rouge sang fiché en haut d'une pique de plusieurs mètres pour décorer - à mes yeux ce n'est là qu'une pollution supplémentaire, rien de plus - la station de tramway de la Porte de Clignancourt.

Celle de Nice, plus gourmande sans doute, a préféré craquer, elle, pour un cornet de glace, géant lui aussi, évidemment ! Il s’agit, est-il rapporté officiellement, d’une « œuvre monumentale de 5,76 mètres de hauteur très colorée, joyeuse et séduisante, représentant un cornet de glace à 4 boules, construit avec des moules en plastique utilisés pour jouer sur la plage. »
Mais le Ficanas, en date du 8 juin 2018, voit les choses quelque peu sous un autre angle : « Le sculpteur (à la fois auteur du cœur parisien et du cornet niçois !) est une portugaise, Joana Vasconselos, que l’on avait vue à Versailles en 2012 grâce à Jean-Jacques Aillagon, le deus ex machina de la culture estrosienne. Présidant le comité d’experts qui garantit “des choix artistiques du meilleur niveau, de nature à conférer une forte valeur ajoutée à l’opération tramway ″, c’est donc lui qui a sélectionné les douze œuvres qui vont être installées le long de la ligne 2 du trambalan. Les contribuables de la métropole niçoise ont offert 3,3 millions d’euros pour cela.
Le cornet de glace de Joana Vasconcelos, baptisé Tutti Frutti, invite, lui, à une réflexion sur les stratégies de séduction de la société contemporaine »

Quoi, si c'est pas du sérieux tout ça !

N'empêche, et donc quoi qu'il en soit vu les sommes folles mises délibérément en jeu, associations humanitaires, gilets jaunes, écolos, libres-penseurs, et autres constestataires de tout poil de la gestion des finances et de celle de l'espace public, n'auraient-ils pas là toutes bonnes raisons de s'unir pour porter plainte ensemble contre de telles dérives quand, d'un autre côté, subventions et aides sociales indispensables virent chacune un peu plus, d'année en année, à la peau de chagrin ?
Il serait aussi à considérer et prendre en compte, aujourd'hui qu'il y a urgence en le domaine, la multi-pollution engendrée par les matériaux, la fabrication, le transport, l'entretien, etc, de ces tonnes d'absurdités monstrueuses souvent réalisées en plastiques divers, poluyrhétane, ou encore en polystyrène. Le bilan carbone de tous ces "encombrants" - appelons-les par leur nom - quel est-il exactement ?