« C'est au chantier, en montagne, dans un baraquement, un jour où la pluie nous avait chassés du travail, que j'ai commencé à peindre à l'huile. J'avais eu l'ocassion de m'acheter tubes et cartons toilés mais, une fois installé pour peindre, je m'aperçus que j'avais oublié les pinceaux ! Refaire trente kilomètres pour m'en procurer n'était pas un problème facile à résoudre pour moi en ce temps-là. Je suis donc allé demander des poils de porc à un éleveur voisin qui, amusé, m'a répondu : “ Allez-y, vous pouvez tous les tondre ! ” 
Bien sûr, une seule poignée me suffit. En les ligotant au bout de branches de noisetier, les taillant à ma convenance, je pus poursuivre ce que je sentais devenir la grande aventure de ma vie.
Je n'avais pas cessé jusque-là de dessiner, de mettre de la couleur avec des crayons, un peu de lavis aussi, sur de petit cartons. Mais cette fois, d'un culot monstre et inconscient, je m'attaquai d'un coup à des formats dix fois plus grands ! »

Il s'attache à saisir ce qu'il voit, ce qu'il vit chaque jour, c'est-à-dire des scènes d'ouvriers au travail dans les multiples positions qu'exige le maniement de la barre à mine, celui de la masse ou de la fourche triandine. C'est là la seule académie dont il est heureux, non pas de suivre, mais d'affronter les cours.

« Cela intriguait et éveillait la curiosité des ouvriers chez qui je sentais une attention respectueuse. Pendant longtemps, ils allaient habiter mes compositions. Je ne faisais là rien d'autre que peindre ma vie, à travers eux, au milieu d'eux, avec peu d'heures de bonne lumière sous le temps sombre de ce pays sombre. »

Ouvriers de la carrière de TaningesCompagnons du jeune Serge, les ouvriers de la carrière de Taninges qu'il n'oublia jamais.

C'est à cette époque qu'à la gouache il commence à préparer ce qui deviendra, après plusieurs versions, le beau grand tableau définitif des Ouvriers au repos chantant qui fut terminé à Montjustin en ... 1950 !

Serge devant les Ouvriers« Je n'avais encore vu de la peinture qu'en reproductions, les premiers vrais tableaux que je vis, ce furent les miens. »

Un jour, il emmène ses compagnons de travail dans sa chambre pour leur montrer toute sa production. Alors là, dans un silence d'église, tous ces rudes gaillards portent spontanément la main au chapeau, se découvrent, et restent un long moment immobiles en respectueuse admiration, composant à leur tour un tableau du peintre !
Ce fut là, en dehors de sa famille, la première manifestation de la reconnaissance de ses dons - par ceux qui furent ses modèles ! - et le signe, déjà, d'une peinture devant laquelle il n'y a pas à réfléchir mais tout à sentir : « Le plus important n'est pas de reproduire mais de transmettre l'émotion reçue, qu'elle passe dans l'œuvre est essentiel. Si une œuvre nous touche au cœur, c'est qu'elle vient du cœur et par là nous devient familière. Je n'ai jamais été intéressé par la peinture sans poésie, vide d'émotion et de sensiblité. Ainsi, il ne faut pas croire que l'œuvre sera plus conséquente si les matériaux employés, par trop insolites, surprennent. Un chiffon sale, même étiqueté et catalogué  Art contemporain, reste un chiffon sale ».