Famille et ouvriers sont deux pôles sensibles, majeurs dans la jeunesse de Serge ; et qui le resteront tout au long de sa vie, jusqu'à sa mort. Né dans une famille heureuse où il est heureux lui-même, il ne s'en éloignera jamais pour, l'âge venu, en fonder une autre à son tour. « Que veux-tu, dès le départ, j'étais déjà marié avec ma peinture ! » répondait-il pour tenter d'expliquer et donner sens à cet aspect de son destin. Mais cela n'allait pas sans une pointe — quand même — de regret affichée : celle de ne pas avoir eu la joie d'élever au moins un enfant. Aussi, il se rattrappait autant qu'il le pouvait par l'affection qu'il portait, parfois très forte, à ceux des autres.

Famille ouvrière

Photo Dédé.

Les ouvriers, dont, très jeune — à quatorze-quinze ans — il partage la vie laborieuse dans la carrière paternelle lui sont encore une autre famille, sous une autre forme, supplémentaire, dont il est membre à part entière puisque, de leur côté, les ouvriers l'adoptent tout de suite, non comme étant le fils du patron, mais bel et bien en tant qu'un des leurs, fraternel.

Il faut dire que sur les chantiers quelque peu éloignés de Taninges, il loge par tous les temps avec eux dans les baraquements de bois et de tôle, partage donc tous leurs repas, leurs rares loisirs autant que leurs peines, physiques ou morales. C'est lui qui, tout désigné, écrit les lettres que lui dictent ses compagnons illettrés de tous âges (les caisses de retraite n'existaient pas encore) pour donner de leurs nouvelles à la famille ou à l'amoureuse restée, elle, al paese.

C'est sans doute pour combler cet éloignement douloureux que le peintre se sert ici de son art et rassemble, grâce à lui, sur une même toile, les éléments principaux d'une famille, la composant, pour en livrer à ses compagnons de travail une image entière, complète et équilibrée, capable de contrebalancer quelque peu le manque et de les aider intérieurement à supporter leur sort de travailleurs immigrés. Serge peint là simplement ce à quoi aspirent ces gens de cœur.

Dans Pour saluer Fiorio, je parle plus en détail de la toile elle-même ; en voici le texte.

Famille ouvrière Texte

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