C'est dans l'année 1936 que la carrière d'ouvrier carrier de Serge se termine, qu'il y met fin lui-même. Il a vingt-cinq ans.

Pensant disposer ainsi de plus de temps libre pour peindre, il n'hésite pas à quitter son travail à l'entreprise paternelle pour s'installer photographe indépendant, à Taninges même. Le beau-frère de l'alpiniste Pierre Terraz lui enseigne les rudiments techniques, le conseille et lui fournit aussi un appareil. Son œil fera le reste !

Photo Serge photographe Entre 36 et 39 - CopiePhoto Idont Know. Entre 1936 et 1939.

Pour marquer ce changement dans sa vie comme d'une borne, il réalise le portrait en buste de son auguste père qu'il campe en plein air, bien sûr, trônant altier, poing serré, bras en équerre, en figure de proue d'une épopée devant le décorum rocheux d'ouvriers carriers en pleine action. Le tout sur fond de paysage inventé sous un ciel pur aux trois nuages blancs — le même, peint en trois exemplaires de taille croissante, qui, en courbe, se répète en signal de fumée.

Le portrtait de mon père 1936 - Copie (2)Photo X.

« Presque une icône  » écrit tout de suite de ce haut portrait Claude-Henri Rocquet. Puis, « ...beau comme un dieu, simple et majestueux comme Noé... » poursuit-t-il pour bien rendre compte dans son Rêver avec Serge Fiorio de la transfiguration subie là par l'aimable Émile Fiorio dans le regard de peintre de son non moins aimable fils. 

Pour ma part, faisant le portrait de ce portrait dans Pour saluer Fiorio, mes impressions et remarques générales vont, pour l'essentiel, également dans le même sens : « En pleine force de l'âge, avec toutefois quelque chose d'un vieux sage, d'un Lao-Tseu, Émile Fiorio y personnifie le visage même de la carrière, la tête et le buste parfaitement taillés dans un bloc. Beaucoup de noblesse, de droiture, en lui et autour de lui, avec une belle assurance tranquille dans le regard. »

Mais le plus beau compliment qu'il ait jamais entendu sur cette œuvre majeure, Serge aimait le rappeler à la moindre occasion pour le faire connaître à la ronde : « Votre père, la raie, impeccable ! » Je crois qu'il en rit encore !

Le métier de photographe ne lui laisse finalement que les jours gris et pluvieux pour la peinture. Son calcul est un mauvais calcul, d'autant que la clientèle ne se bouscule pas en foule au portillon de son studio rudimentaire : quelques photos d'identité, les communions et les mariages ne nourrissent que très chichement notre homme, bien qu'il reçoive régulièrement pas mal de commandes de la SNCF pour décorer ses wagons. Il photographie également beaucoup le pays pour des cartes postales pittoresques qu'il vend aux commerçants de divers villages parmi les plus touristiques.

Étant obligé, par nécessité, de s'embaucher pour d'autres petits travaux alimentaires, il ne peint, en fait, pas plus que du temps où il travaillait à la carrière à ciel ouvert, peut-être même encore moins. Son plus grand plaisir de photographe étant d'aller surprendre et saisir la nature au cours de grandes randonnées en montagne, par tous les temps, en toutes saisons, sa récolte est aussi originale qu'importante. Si la neige ne lui parle pas du tout alors en tant qu'artiste peintre, c'est tout à fait l'inverse en tant que photographe. Et l'on peut raisonnablement se demander si, alors de façon générale, la photographie ne lui est pas, sous cette forme nouvelle et inattendue, continuité, peaufinage et perfection de son apprentissage de peintre. Il photographie aussi ses propres peintures pour en envoyer des reproductions à d'éventuels acheteurs, à Eugène Martel pour le plus pur plaisir de lui faire plaisir en son lointain Revest, ainsi qu'à des proches et des amis de toutes sortes.

J'aimerai retrouver d'autres clichés de cette époque où son oeil de poète fixe la neige sous l'angle du fantastique. Un jour, peut-être...sortiront-ils des tiroirs où, hélas invisibles, ils ne servent cruellement à rien.

En attendant, c'est encore une fois Gérard Allibert qui, puisant, lui, généreusement dans l'ineffable trésor de ses archives, en remonte quelques Vues que voici.

Cartes Postales Serge Fiorio I ArachesCarroz d'Araches.

Cartes Postales Serge Fiorio II ArachesCarroz d'Araches.

 

Cartes Postales Serge Fiorio III Mieussy

Environs de Mieussy.

Cartes Postales Serge Fiorio IV FlaineRefuge de Flaine.

Cartes Postales Serge Fiorio

Cartes Postales serge Fiorio VI Les Gets

Cartes Postales Serge fiorio VII Praz de Lys sur Taninges

cartes postales serge fiorio VIII Ara

Taninges vu du col de ChatillonVue générale de Taninges vu du col de Châtillon.

Inès fiorio; Photo Serge FiorioPhoto d'Inès Fiorio, cousine germaine de Serge tuée sous un bombardement à Boulogne-Billancourt en 1944. Serge réalisera un portrait d'elle, peint à partir de cette photo.

Malgré les taches sur le visage qui sont des salissures de la photo, on se rend bien compte des belles qualités de portraitiste du jeune photographe.