Photo prise par Serge et datée au dos au crayon du printemps 1936, la dernière année de la dizaine où il travailla à la carrière à ciel ouvert de Taninges. Il immortalise ici in situ trois de ses compagnons de travail posant librement au moment de la pause-casse-croûte matinale.
C'est avec cette photo-souvenir, fort réussie somme toute, qu'il inaugure sa pratique de l'appareil à soufflet et sur pied - sans pellicule, encore à la plaque de verre - que lui a procuré le beau-frère de l'alpiniste Pierre Terraz. Travail de photographe au village par lequel il essaiera - pendant trois années successives, mais en vain - de disposer ainsi d'un peu plus de temps libre à consacrer à sa peinture qu'en travaillant à plein temps à la carrière paternelle.

A la carrière de Taninges

Carrière de Taninges. 1936. De gauche à droite : Ratata-fleur d'amour, le père Béninca et Scarpa. Cliché Serge Fiorio.

On dit encore aujourd'hui dans la famille que c'est en pariant sa montre et sa moto qu'il pourfendrait ce rocher armé de sa masse la plus lourde - pour cela bien sûr, la plus efficace - qu'Aldo, le frère de Serge, entra vivant dans la légende. Selon ce qu'en dirent alors les spécialistes régionaux de la pierre aussitôt dépêchés sur place, la chose lui fut réalisable, non grâce aux effets d'une force en lui qui aurait été due à une conformation physique spéciale, hors du commun, mais bien plus simplement par le fait particulier que le bloc inerte reposait de tout son tonnage en équilibre stable sur une arrête vive très courte dont l'unique coup de masse d'Aldo - faisant à ce moment-là office de détonateur - déclencha et renvoya instantanément l'effet tranchant décuplé en sens inverse, ouvrant donc comme par miracle le rocher en deux à partir de sa base.
Déséquilibrées, les parties jumelles ainsi "obtenues" - encore énormes, l'on s'en doute - roulèrent aussitôt de concert et dans un fracas de fin du monde, faisant même trembler la terre sur leur passage, jusqu'au lit étroit du torrent - nommé le Giffre - coulant en contrebas dans lequel elles s'immobilisèrent : le premier bloc arrivé en bout de course barrant la route à l'autre, le stoppant net. Giffre qui, tumultueux en cette saison à cause de l'abondance de la fonte des neiges, mais ainsi soudain empêché, se mit à inonder peu à peu le village où il fallut très vite devoir circuler en barques qu'on fit venir dare dare du club nautique le plus proche, celui, fameux, du lac du Bourget.
Exploit démesuré d'Aldo qui - et pour cause ! - frappa fort les esprits pour s'ancrer ensuite dans les mémoires après que Giono - à ce moment-là en vacances rue des arcades, chez les Fiorio - ait tenu à se rendre lui aussi sur place et se soit alors fait un plaisir de tout de suite surnommer Aldo, comme on le sait, du nom de Jupiter-jeune ; mais sans que personne n'ait vraiment su, jusqu'à aujourd'hui, pour quelle raison exacte.