Voici encore une planche, celle-là en forme de bande dessinée, des façons de faire professionnelles qu'ont les ouvriers de l'entreprise Fiorio pour travailler la pierre à la carrière de Taninges. Je l'ai déjà publiée en tête des reproductions hors-texte de Pour saluer Fiorio, en 2011.

Ces attitudes et ces gestes très particuliers parlent au jeune ouvrier-dessinateur au point qu'il semble en vouloir dresser le catalogue précis. On peut penser que son intention est aussi d'en sauvegarder ainsi, du crayon, tout le riche savoir-faire technique (auquel il rend au passage, à sa façon, un hommage personnel) afin de pouvoir — à l'occasion, ou bien encore au besoin — le transmettre à d'autres.

Ces diverses opérations à la barre-à-mine sont, comme on le voit sur la page, toutes désignées de sa main par leur nom : Le clou, la couronne, le dragage, la bâtarde, le relevage, etc.

Devant la ferveur de ce témoignage émouvant, on pense immanquablement à Van Gogh parti travailler lui aussi volontiers parmi les ouvriers des corons.

Planche ouvriers carriers

Tout cela se passant évidemment en chansons, cavatines et cantilènes, dont Serge continua de s'accompagner souvent, soit pendant sa vie paysanne à la ferme du Vallon, pendant la guerre, et ensuite tout le restant de ses jours, à Montjustin. L'y entendre chanter, non à tue-tête mais "à la chantier" dans son atelier était toujours d'excellente augure pour n'importe lequel des sujets qu'il soit alors en train de peindre.

 —Regarde ! mon épouvantail, il se met à danser !

L'expérience de la carrière est un sujet qui revenait régulièrement dans sa conversation tant il en garda, marqué à vie, comme un sceau, une image des plus hautes et des plus fortes. Il en repassait effectivement les pittoresques personnages, les lieux, les moments, les histoires, pour les faire revivre à chaque fois, en partager généreusement le beau souvenir avec ses divers interlocuteurs.