Avec ces deux toiles nous avons sous les yeux comme l'avers et le revers d'une même carte détenue et jouée à ses débuts par Serge dans le jeu de sa peinture : la carte des Quatre Âges de la vie !  

L'avers en étant cette scène de travail en équipe sur fond de paysage qui, dès l'abord, fait très fortement penser à une planche explicative, ou plutôt démonstrative, du métier de carrier : l'attitude de chaque ouvrier en action y est totalement différente de celle de son voisin et collègue de travail ; jusqu'à celle de celui qui, faisant la pause, appuyé de dos debout contre l'arbre (celui-ci entièrement déplumé par la proximité, sans doute, des projections des coups de mine) fume tranquillement sa cigarettte en spectateur, regardant, comme en rêve, " se tutto va bène ". L'outil employé change aussi d'un homme à l'autre. Le lieu est aride, sec et, c'est le cas de le dire, sans fioritures, contrastant avec le riant paysage peint en fond de décor qui, lui, prémonitoirement, fait penser à ceux du Luberon et plus précisément encore à celui autour de Montjustin dont on devine, en lieu et place, très ressemblante, la silhouette couronnant le sommet d'une colline d'où se détachent, bien lisibles et même reconnaissables, clocher, cyprès et maisons.

Or Serge, à l'époque, n'y est encore jamais venu ; il ne sait pas que ce village de Montjustin existe puisqu'il ne le découvrira — 13 ans plus tard — qu'au printemps 47 ! Il faut croire qu'on peut porter parfois en soi, d'une façon ou d'une autre — Serge ici en image bien visible dans sa peinture — l'histoire ou bien le lieu de notre histoire future, de notre devenir.

Comme Les Quatre Ages de la vie reproduit en dessous et daté de 1934 par Serge lui-même, ces Ouvriers en démonstration peut être daté, à peu de chose près, de la même année. Il pourrait aussi être rapproché des Ouvriers au repos chantant qui, lui, a été terminé en 1950, Serge ayant quitté la vie de carrier depuis alors quatorze ans.

Le travail de carrier y est fidèlement représenté comme comportant une panoplie d'étapes initiatiques correspondant à l'acquisition de capacités particulières, semble-t-il, de talents ou de grades.

Je m'étonne de ce terrasssier peint de dos jusqu'à mi-corps, creusant à même le sol comme la fosse rectangulaire d'une tombe au premier plan. Je m'étonne et je me demande si, creusant ainsi un trou avec sa pelle, il n'est pas tout simplement simple prétexte pour le peintre d'en boucher ici un autre du pinceau pour fermer la ronde.

Je n'en vois pas d'autre justification.

 

 

 4 Âges en action

Sur l'envers, les ouvriers ont quitté leur outil et n'ont d'ouvriers plus que la tenue. Ils sont revêtus de couleurs différentes que l'on pourrait faire correspondre et associer aux quatre éléments primordiaux, de gauche à droite : à l'Air, au Feu, à l'Eau et enfin à la Terre. Mais cela, comme on dit, va sans doute chercher trop loin ! On peut l'imaginer, peut-être est-ce là, par contre, un seul et unique personnage que l'on suit, à travers le temps, dans ses succésives métamorphoses ?

"Quatre âges, m'avait dit Serge, parce qu'à l'époque on travaillait à tout âge, assurances et retraite n'existant pas, il le fallait bien et, de plus, le travail ne manquait pas." Les personnages sont statiques, immmobiles, tandis qu'au-dessus d'eux, sans qu'ils la voient ni qu'ils y prennent garde, la colombe blanche file plus loin dans le ciel, à tire-d'aile. 

Du plus jeune au plus vieux, insensiblement de l'un à l'autre, le regard se tourne vers le passé, croisant au passage le nôtre.

 

 

Traduction de notre ami Agostino Forte.

Le Quattro Età della vita in azione

   Con queste due tele abbiamo sotto gli occhi il dritto e il rovescio di una stessa carta  in possesso di Serge e calata ai suoi esordi sul tavolo da gioco della sua pittura: la carta delle Quattro età della vita.

Il dritto è rappresentato dalla scena di lavoro in squadra su uno sfondo di paesaggio che, da principio, fa molto pensare a una tavola esplicativa, o piuttosto dimostrativa, del mestiere di cavapietre. L’attività di ogni operaio   si differenzia totalmente da quella del suo vicino e collega di lavoro, fino ad arrivare alla figura ritratta in un momento di pausa e nell’atto di fumarsi tranquillamente una sigaretta, ritto con la schiena appoggiata ad un albero (evidentemente spoglio a causa della prossimità alle proiezioni cagionate dall’esplosione delle mine), spettatore che guarda, come in sogno, " se  tutto va bene ". Anche gli attrezzi si diversificano da un uomo all’altro. Il luogo è arido, secco ed è il caso di dire senza fioriture, in contrasto col ridente scenario dipinto sullo sfondo che, in maniera premonitoria, fa pensare a quelli del Luberon ma più precisamente al circondario di Montjustin di cui s’indovina, per luogo e disposizione, il somigliantissimo profilo che corona la sommità di una collina dalla quale si stagliano, ben leggibili e anche riconoscibili, il campanile, i cipressi, le case.

Va detto che Serge, all’epoca, non era ancora arrivato a Montjustin e non saprà della sua esistenza se non 13 anni più tardi, quando vi giungerà nella primavera del 1947. C’è da credere, in qualche modo, che si può talvolta albergare in sé la visione o meglio il luogo della nostra storia futura, del nostro divenire.

Come Le Quattro Età della vita riprodotto al di sotto e datata da Serge 1934, questo Operai all’opera può essere datato pressappoco al medesimo periodo. Potrebbe anche essere prossimo agli Operai in riposo che cantano, terminato nel 1950. Serge aveva lasciato il lavoro di cavapietre già da quattordici anni.

Il mestiere di cavapietre è fedelmente rappresentato alla stregua di una successione di tappe iniziatiche corrispondenti all’acquisizione di capacità peculiari, come a dire: per talento o perizia.

Mi colpisce lo sterratore in primo piano. Ritratto di spalle, a mezzobusto e a livello del suolo, quasi fosse intento a scavare la fossa rettangolare di una tomba. Mi stupisce e mi domando se, scavando quel buco con la sua pala,  non sia semplicemente un elementare pretesto per il pittore d’impedire al pennello di proseguire onde chiudere il cerchio.

 

Sul rovescio gli operai hanno lasciato i loro attrezzi e d’operaio non resta che la tenuta. Rivestiti di colori differenti potremmo farli corrispondere e associare ai quattro elementi primordiali: da sinistra verso destra, in ordine, Aria, Fuoco, Acqua, Terra. Ma qui, come si dice, corriamo il rischio di allontanarci troppo. O forse non sia invece da immaginare come un solo e unico personaggio che si segue nel corso del tempo attraverso la successione delle sue metamorfosi?

Quattro età, mi aveva detto Serge, perché all’epoca si lavorava a qualsiasi età. Assicurazione e pensione non esistevano. Bisognava darsi da fare e, in più, il lavoro non mancava.” I personaggi sono statici, immobili mentre sopra di loro, senza che essi la vedano o vi prestino attenzione, la colomba bianca fila lontano nel cielo ad ali spiegate.

Dal più giovane al più vecchio, impercettibilmente dall’uno all’altro, lo sguardo si volge, incrociando il nostro, al passato.