"Quel beau désert pour mes soldats ! "

C'est par cette déclaration imagée mais fracassante —déjà ! — du général en chef de l'époque que commença effectivement l'installation de missiles atomiques sur le Plateau d'Albion.

À côté de la page ci-jointe de la plume virulente de Pierre Martel — initialement parue dans la revue Alpes de Lumière,  numéro 49, du printemps 1969 — figure l'affiche réalisée par Picasso en 1966 contre ce qu'on appelait ici familièrement (sic !) "les fusées", avec un texte de puissante mise en garde de René Char qui tonne même comme une malédiction jupitérienne prononcée contre l'armée.

Affiche contre fusées

Mon propos est au sujet de l'affiche : j'ai toujours pensé que c'est à Serge, et non à Picasso, qu'il aurait fallu la demander. J'écris cela malgré toute l'admiration que l'on peut porter à l'homme et à l'œuvre (c'est mon cas, avec quelques restrictions forcément), malgré aussi qu'il ait été actif au plus haut point dans le Mouvement de la Paix, qu'avait longtemps présidé — jusqu'à son décès en 53 — Yves Farge, ce proche ami de Serge dont nous reparlerons bientôt, plus à l'aise.

Dessinée par le peintre-berger-cultivateur de Montjustin, elle aurait eu plus de sens, de résonnance, puisque les Fiorio travaillaient la terre de Haute-Provence depuis leur installation en 1947 ; pour gagner leur vie, certes, mais également par un rare, fidèle et pur amour du pays — l'œuvre de Serge en est la preuve — et de taille — s'il en fallait une.

A cause de tout cela, je suis sûr et certain — et c'est là, au fond le plus important — que dessinée par lui, l'affiche aurait été plus parlante et aurait sans doute eu plus de poids et un tout autre impact auprès de la population autochtone qui ne s'est pas mobilisée assez dans l'action, loin de son maximum — ce dont, évidemment, profitèrent les états-major pour gagner la bataille.

Pour porter en avant un mouvement de protestation puis arriver à le radicaliser vers la victoire, rien ne vaut la prise de parole de ceux qui sont concernés au plus près, le plus directement dans leur vie quotidienne. Ainsi, en tête d'un combat, les grands noms ne sont pas toujours les plus souhaitables. Haute figure du pacifisme international, Lanza del vasto ne s'y est pas trompé en s'effaçant intelligemment derrière les paysans du Larzac.