Voici une photo de Luc Dietrich prise par Serge, début 1940, dans le studio que l'écrivain louait chez les Lief, au plateau d'Assy, pour subir des soins à un sanatorium d'altitude dont il ne voulait pas, pour son moral, être pensionnaire. Pressentant avec justesse qu'ils s'entendraient bien, c'est ce couple de pharmaciens, amis communs à Serge et à Luc, qui les fit se connaître.

Ayant de la vie connu les bas-fonds, les cloaques tragiques - ce qu'il raconte, entre autres, dans Le Bonheur des tristes - 1935 - et, plus tard, dans L'apprentissage de la ville - 1942 - Luc Dietrich trouvait sans doute auprès de Serge, dans son amitié tout à fait sereine, un ressourcement qui, l'équilibrant, lui faisait le plus grand bien. Ils se retrouvaient chaque semaine pour aller se promener ensemble en forêt, chanter, cueillir des fleurs rares et, ce dont Luc raffolait, réciter des poèmes, discutant de tout - peinture, musique et littérature, bien sûr - ne partageant que le meilleur juste avant les heures sombres qui, déjà s'annonçant, auront tragiquement raison de Luc et de sa vie.

Luc Dietrich à Bourgoin 39

Ici, Serge ne photographie pas l'écrivain à sa table de travail, mais l'ami, saisi souriant dans le décor familier de sa chambre.

De son côté, Luc marqua Serge par la grande réflexion, axiale dans sa vie, qu'il menait sans cesse sur le monde, les mystères et les arcanes de toute existence. Ainsi, il lui demanda d'écrire ce qui, à ses yeux d'homme et de peintre, faisait l'homme supérieur. Serge n'écrivit rien mais une discussion s'ensuivit qui dura plusieurs semaines. Luc en fut ravi et dit qu'il se servirait de ce matériau un jour ou l'autre, ici ou là, dans ses écrits. Pour satisfaire à ce penchant intérieur, il fréquenta ensuite - mi-maître, mi-gourou - Georges Gurdjieff dont il dira pourtant : « À moi, il n'a fait que du bien ».

En tout cas, en 1941, habitant alors Montredon, près de Marseille, il fit connaître, sous forme de reproductions photographiques, des Fiorio à son ami Lanza del Vasto qu'il avait déjà rencontré, lui, en 31, de la façon suivante :

« Êtes-vous bon comme ce pain ? » a soudain demandé, d’une voix très douce, un homme assis sur le même banc et qui nourrissait les oiseaux le regard dans l’azur, Parc Monceau à Paris, un jour de mars 1931. Cet homme c’était Lanza del Vasto, dit « le pèlerin ». Avec la naïveté et la fraîcheur qu’il portera toujours en lui et sur lui, Luc Dietrich aurait sans doute répondu affirmativement si la surprise et la timidité l’avaient permis. Mais Lanza del Vasto n’avait pas besoin de réponse orale, il savait lire les reins et les corps. Et la réponse était oui. Mais un pain qui était passé par bien des fours brûlants de la vie, sans jamais se noircir, sans perdre cette lueur tapie en lui malgré les horreurs de la vie vécue. (Extrait de : Luc Dietrich bon comme le pain).

Bientôt Serge et Lanza se rencontrerons à Toulouse, mais les bouleversements de toutes sortes dus à la guerre mettront un terme, dans l'œuf, à leur relation.

Lettre de Luc Dietrich 1

Lettre Luc Dietrich à SergeÀ la suite de sa courte mobilisation de 39, Serge, comme on le sait, partira vivre en paysan à la ferme du Vallon tandis que Luc vivra de nouvelles errances puis finira par rejoindre un ami médecin sur le front de Normandie auprès duquel, en blouse blanche, il réconforte les blessés et les mourants. En dehors, il continuera à écrire et à exercer ses talents de photographe, principalement auprès des chevaux qu'il aimait bien. Il sera finalement blessé par des pierres dans un bombardement. Sa blessure à la jambe ne cicatrisant pas, il se retrouva peu à peu hémiplégique, puis gangréné. Il mourut en 1944, trois mois après le décès de son ami le poète René Daumal qu'il photographia le dernier, sur son lit de mort.

Tout cela sans ne s'être plus jamais revus avec Serge. Nous en reparlerons encore, bien entendu.

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Luc Dietrich par Frédéric Richaud.

Amis de Lanza del Vasto et blog Serge Fiorio.

Le pacifisme des Fiorio.

Newsletter : Lanza del Vasto aujourd'hui.

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Reçu ce mot, ce matin, de François Mangin-Sintès : 

Bonjour André,

Très touchant ton article sur Luc Dietrich; en parler, le lire, le relire, n'est-ce pas continuer de le faire vivre encore et toujours ? Très attachant aussi le personnage, je comprends mieux pourquoi Serge l'évoquait aussi souvent. Il m'avait donné à lire Le Bonheur des Tristes.

Jean-Marie Rouart dit de lui (Ces amis qui enchantent la vie, R Laffont, sept 2015): « C'est un grand diable de jeune homme tiraillé entre ciel et terre, mécréant hanté par l'absolu, traînant la savate, navré par le crépuscule et relevant à l'aube sa longue carcasse d'escogriffe au milieu des poubelles et de l'odeur du café amer.Vraiment un petit frère de Villon et de Rimbaud. Excès en tout genre de pauvreté et de misère, de luxe et de plaisirs, rien n'a été épargné à Luc Dietrich de ce qui avilit, et pourtant cela ne l'a pas atteint, pas plus que la mort qui à trente ans l'a métamorphosé en jeune homme éternel sans rides, amoureux et balbutiant, riche de tous les possibles. »

Plus loin... «...moderne parce qu'il incarne toutes les tentations de l'autodestruction, le calvaire de ces hommes au bout d'eux-mêmes, accablés d'idéal et ne trouvant qu'un monde trivial. Dans le monde de Luc Dietrich, pas de milieu, l'ordure ou les étoiles, la prostitution ou l'amour fou. Aucun compromis. Tout ou rien. »

Très important de rappeler comme tu le fais souvent, pas seulement par l'analyse, mais aussi par le témoignage, la place capitale de la musique dans l'univers de Serge. Autant il était mal à l'aise avec la poésie (le vers ou la prose poétique) autant il vivait et il incarnait la musique.

TRADUCTION D'AGOSTINO :

 L'amico Luc Dietrich

    Ecco una foto del 1938, scattata da Serge nello studio che Luc Dietrich aveva affittato presso i Lief, al Plateau d’Assy, onde sottoporsi alle cure nel sanatorio d’alta montagna ma di cui non voleva essere pensionante per tema di un influsso negativo sul suo morale. Coppia di farmacisti e amici comuni di Serge e Luc, i Lief li fecero conoscere presentendo giustamente che si sarebbero senz’altro intesi.

Come li si trova peraltro raccontati in Le Bonheur des tristes (1935) e successivamente ne L'apprentissage de la ville (1942), nella sua vita Luc Dietrich aveva conosciuto i bassifondi, la tragicità della suburra e senza dubbio accanto a Serge, nella sua rasserenante amicizia, sentiva un incoraggiamento che, equilibrandolo, gli recava il massimo beneficio. I due si ritrovavano ogni settimana per andare a camminare insieme nei boschi, cantare, raccogliere fiori rari, recitare le poesie (cosa di cui Luc era appassionato), discutendo di tutto (pittura, musica e letteratura naturalmente), condividendo le cose migliori mentre già si annunciavano le ore cupe che avranno tragicamente ragione di Luc e della sua vita.

Luc, da parte sua, segnò Serge con la profonda riflessione, centrale nella sua vita, che conduceva senza posa sul mondo, i misteri e gli arcani di ogni esistenza. Così, gli chiese di scrivere ciò che ai suoi occhi d’uomo e di pittore facesse dell’uomo un essere superiore. Serge non scrisse niente ma ne seguì una discussione che durò diverse settimane. Luc ne fu conquistato e disse che un giorno o l’altro si sarebbe servito di quel materiale nei suoi scritti. In seguito, per rispondere alla sua propensione interiore, frequenterà Georges Gurdijeff – una sorta di maestro, di guru – di cui dirà: « Su di me ha avuto un effetto benefico ».

1_-Le-fils-lami-17-LDV-A1-023-1942-luc-396x360Luc Dietrich e Lanza del Vasto

Ad ogni modo nel 1941, mentre abitava a Montredon, nei pressi di Marsiglia, tramite delle riproduzioni fotografiche, fece conoscere dei Fiorio al suo amico Lanza del Vasto, già incontrato nel 1931, nella circostanza che ci è data leggere nella pagina http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/dietrichimages/Dietrich.pdf:

 

Un giorno di marzo del 1931, nel Parc Monceau, a Parigi, un uomo, seduto sulla stessa panca, che dava da mangiare agli uccelli e con lo sguardo rivolto al cielo, aveva domandato di punto in bianco e con voce soave: « Siete buono come questa pagnotta? ». Quell’uomo era Lanza del Vasto, detto  il pellegrino. Con l’ingenuità e la freschezza che lo accompagneranno sempre, Luc Dietrich avrebbe senza dubbio risposto affermativamente se la sorpresa e la timidezza glielo avessero permesso. Ma Lanza del Vasto non aveva bisogno di risposte verbali, sapeva leggere nell’animo. E la risposta era stata sì. Era un pane passato attraverso i cocenti forni della vita, senza mai annerirsi, senza perdere quella lucentezza annidata in lui malgrado gli orrori della vita vissuta.

Nel volgere di poco tempo Serge e Lanza ebbero ad incontrarsi a Tolosa, ma traversie di ogni sorta dovute alla guerra metteranno fine, sul nascere, alla loro relazione.  In seguito alla breve mobilitazione del ’39 Serge, come si sa, se ne andrà a far vita da contadino alla fattoria del Vallon mentre Luc vivrà nuovi vagabondaggi per finire col raggiungere un amico medico sul fronte della Normandia accanto al quale, con camice bianco, porterà conforto ai feriti e ai moribondi. Parallelamente, continuerà a scrivere e a esercitare il proprio talento di fotografo, soprattutto riguardo ai cavalli per i quali nutriva una particolare predilezione. Si ritroverà ferito da delle pietre durante un bombardamento. Non cicatrizzandosi la ferita riportata alla gamba, si ritrovò ben presto emiplegico e con successiva cancrena della parte. Morì nel 1944, tre mesi dopo il decesso dell’amico e poeta René Daumal che ebbe a fotografare da ultimo sul letto di morte.

daumal BELLA

 La fotografia di René Daumal scattata da Luc Dietrich

 Tutto questo senza essersi più rivisto con Serge Ma avremo ancora occasione di riparlarne.

 

TRADUZIONE DELLA LETTERA DI LUC DIETRICH A SERGE FIORIO

Chateau de Montredon, 21 aprile ’41. Montredon, pressi di Marsiglia

Mio caro Serge, grazie delle vostre foto e delle riproduzioni dei vostri quadri, avrò così modo di mostrarli ad amici. Come vi va? E come procedono i vostri coltivi? Siete riuscito a dipingere un po’? Cantate sempre La belle à la fontaine? Non ho dimenticato P’tit oiseau il y a e Mon amie m’a quitté. Potreste copiarmi le prime due strofe di Mon amie m’a quitté  poiché mi imbroglio un po’ nelle parole.

Spedisco un pacco a Jouve in giornata. Louis ha dovuto informarvi di questa spedizione. Bisogna che il contenuto sia seminato subito. Fatemi sapere se l’avete ricevuto. Ho scritto a Giono per sapere se posso andare a trovarlo a Manosque: non ho avuto risposta. Sapete dove si trova? E il disegno del fanciullo?

I miei saluti caro Serge e a presto spero

Luc Dietrich

Breve nota per il lettore italiano:

 Luc Dietrich, Louis Lief e René Daumal moriranno tutti nel 1944. In italiano esiste un libriccino edito da Adelphi, René Daumal Il lavoro su di sé. Lettere a Geneviève e Louis Lief, piccolo epistolario dove, tra le altre, compare anche una corrispondenza con Luc Dietrich.

Del titolo adelphiano segnaliamo una interessante recensione in http://www.gianfrancobertagni.it/materiali/gurdjieff/lavorodumal.htm, successivamente entrata a far parte del volumetto: Walter Catalano, Applausi per Mano Sola. Dai sotterranei del Novecento, Firenze, Clinamen, 2001.