Cette belle gouache très douce et très lumineuse constitue pourtant, comme on va le comprendre, un témoignage de tout premier ordre sur une période tragique et sombre de la vie de Serge.

Gouache VallonD'après sa facture, elle a très probablement été peinte d'un seul jet, sur le motif et, selon le souvenir même du peintre, dans la campagne des alentours de la ferme du Vallon dans le Tarn-et-Garonne, là même où les Fiorio traversèrent le temps noir et tourmenté de l'Occupation. Ce pourrait être cependant un typique paysage de Toscane, s'il n'y manquait les cyprès !

La gouache permettait alors à Serge — selon ses dires — de réaliser des œuvres beaucoup plus vite que celles mises aussi en œuvre dans le même temps à la peinture à l'huile, sur de plus grands formats ; de les vendre auprès d'amis, fidèles amateurs fervents et solidaires : modestes mais précieux revenus pour améliorer du coup, un tant soit peu, au coup pour coup, l'ordinaire de tous, des amis, des résistants en planque, des enfants juifs refugiés sous l'aile de cette courageuse famille Fiorio, par ailleurs déjà, depuis toujours, généreuse par nature. Du reste, la famille Fiorio a été, selon l'expression consacrée, déclarée "Juste parmi les nations". Au Vallon, ils sauvèrent effectivement de nombreuses vies tout en agissant sans armes, toujours.

C'est donc à l'encontre totale de l'actualité et de l'esprit du temps que l'on peut remarquer dans cette œuvre de la trentaine — fidèle, par contre, jusqu'au détail, à l'esprit du lieu — une belle confiance exprimée par un équilibre général, surtout évident dans l'ordonnancement parfait des surfaces cultivées autour de l'habitation et des bâtiments agricoles.

Le tout sous un ciel des plus purs, sans aucun soupçon de nuage et très peu d'ombres au sol, non plus. Ciel vers lequel encore, pleins d'espoir, tous les jeunes végétaux frétillent de vie en s'y élançant tous ensemble.

Peinte posée sur l'autre plateau de la balance, la meule de foin fait, elle, le contrepoids idéal à la tour en poivrière ; comme cette petite gouache voudrait, toute entière, à petits coups de pinceaux délicats, contrecarrer et même — s'il elle le pouvait ! — complètement effacer la guerre. Le temps de sa réalisation, elle y arrive au moins, on le voit, dans l'esprit de son auteur.

Au tout premier plan, deux chemins sont à prendre mais vite se rejoignent, n'en faisant plus qu'un seul pour se perdre dans la campagne : sans aucun doute celui sur lequel, à l'époque, activité paysanne et Résistance se donnent l'une l'autre la main dans la vie de Serge !