Voici quelques lignes qui ne sont que le brouillon d'un texte à venir, bien plus long, que je vais écrire petit à petit sur le pacifisme des Fiorio. C'est notre ami Bernard Baissat de l'Union pacifiste qui, cet été, lors de sa visite à l'exposition Fiorio de Gréoux, m'a suggéré d'écrire à ce propos pour leur revue. Le sujet en est si riche, si dense, comportant tant de ramifications et de personnages, qu'avec pas mal de travail j'espère quand même pouvoir un jour rendre ma copie. Il y aurait là, je me dis, tout un livre à écrire !  

 

Si tu désapprouves la guerre, ne serre jamais les poings.

Lanza Del Vasto, Principes et préceptes du retour à l'évidence

 

   Déjà tous pacifiques d'esprit par nature, les Fiorio le resteront, fidèles à eux-mêmes et en leurs convictions profondes, face au danger extrême, en exerçant un pacifisme alors intégral, le mettant donc tout particulièrement en œuvre pendant la dernière guerre mondiale à la ferme du Vallon, dans le Tarn-et-Garonne.

C'est qu'il y en avait besoin : pacifisme offensif, peut-on dire, pour contrer alors, et les dérouter aussi, les exactions nazies perpétrées ou projetées dans cette région où, fraîchement descendus de haute-Savoie, ils sont venus s'installer en 1941 pour y vivre du travail de la terre, en paysans.

Ferme du VallonÀ la ferme du Vallon pendant la dernière guerre. Serge, en short, est au centre, tenant un petit chien dans ses bras.

Ils y recueillirent plusieurs enfants juifs que leur présenta Jean Weil, un ami faisant partie d'un réseau de placement, des adultes aussi, les prenant chacun en charge totalement, au péril, bien entendu, de leur propre vie : certaines lettres de Serge écrites par la suite sur le sujet en témoignent. De plus, les hommes de la Résistance armée se repliant souvent chez eux après leurs offensives en gare de Toulouse ou ailleurs alentour, il va sans dire que perquisitions et rafles étaient leur bête noire permanente.

Finalement Juste parmi les nations, la famille Fiorio en a refusé la médaille et donc ne figure pas sur le Mémorial. Par contre, un arbre la représentant a cependant été planté à la Forêt des Justes, en Israël. C'est là ce que m'avait discrètement dit Serge lui-même, n'insistant pas : « Nous n'avons fait que ce que nous avions à faire ».

Mais le pacifisme de toute cette famille a ses racines dans le terreau que constitue la mouvance de la tradition anarchiste non violente, très active tout de suite après la première guerre mondiale auquel le chef (!) de famille, Émile Fiorio, le père de Serge, est très sensible, orientant ses lectures, ses opinions et ses fréquentations dans le monde.

(Sachant, par son métier de carrier, manier et mettre en œuvre la dynamite et autres explosifs, il eut pû, quand on y pense, faire un très efficace terroriste, mais, étant avant tout un homme de cœur, ce n'est pas ce genre d'anarchie qu'il affectionnait).

L'auberge des chemins de fer fiorioUne vue de l'Auberge des chemins de fer Fiorio de Vallorbe, en Suisse.

Et, au fond, tout se tient, il n'y a pas de hasard : déjà, l'Auberge des chemins de fer Fiorio de Vallorbe, en Suisse, qu'en maîtresse femme tenait sa mère, sœur du père de Giono - autre anarchiste non violent s'il en était, et notoire dans la famille - était le lieu de rendez-vous de militants anarchistes de passage venant y animer réunions et débats publics, y faire des discours en direction du peuple des ouvriers. D'ailleurs, le fond de la salle-à-manger de l'établissement comportait une grande estrade construite à cet effet. Autrement, on y jouait aussi du théâtre.

Cherchant encore sa voie, Benito Mussolini y tiendra lui-même une fois une réunion passionnée, bien avant de devenir l'affreux Duce que l'on sait.

Il y eut, à partir de 1935, ce que l'on a appelé le Contadour de Giono qui fut un foyer de pacifisme important où Serge - bien évidemment acquis à la cause mais n'ayant pas la liberté financière de s'offrir là un mois ou deux de débrayage - ne passa que quelques jours seulement, une année ou deux. C'est dire, cependant, combien le pacifisme était systémique et vivace dans l'arbre généalogique de cette famille à rallonge.

Il y eut encore, dès sa création en 1947, l'adhésion des Fiorio au Mouvement de la paix dont Yves Farge deviendra très vite le président et le restera jusqu'à sa mort "accidentelle" en 1953. (Non, sans blague, il aurait été assassiné ? !) Les Fiorio connurent le grand Yves Farge grâce à un militant, Paul Geniet, un arlésien ami que Serge avait connu, en 39, sous les drapeaux lors de sa courte mobilisation à Bourgoin dans l'Isère et dont il fit, sur une dizaine d'années son correspondant épistolaire préféré. C'est Yvonne Geniet, l'épouse de Paul, qui, à cette époque, voyant arriver Serge chez eux, en Arles, en habit de soldat, mais tellement débraillé, les molletières si mal enroulées, le calot bien trop petit ; bref, dans une tenue militaire si peu sérieuse, s'écria, faisant rire elle aussi tout le monde : « Ah Serge ! Elle est belle l'armée française ! » Ce à quoi, paraît-il, il acquiesça aussitôt par une affreuse grimace tout en se mettant sur-le-champ fort bien maladroitement au garde-à-vous !

Les Fiorio deviendront d'ailleurs bientôt des familiers des Farge quand ils s'installeront pour de longs et fréquents séjours aux Tourettes sur les hauteurs d'Apt, les Fiorio demeurant alors, eux, à deux pas, à Montjustin. Ils passeront plusieurs Noëls ensemble et feront maintes randonnées pédestres dans Lure et le Luberon. Celles des crêtes de Lure, à une quinzaine de copains et d'amis, est restée mémorable dans l'esprit de ceux qui y participèrent. Lucien Jacques - auteur, lui, des fameux Cahiers de moleskine - en était.

Je me souviens, dans les années quatre-vingt, m'être rendu aux Tourettes en compagnie de Serge chez une Fargette vieillissante, dans sa petite maison en contrebas de la route, pour ramener à Montjustin, solidement amarré sur le toit de la voiture, le chevalet orphelin d'Yves qu'elle offrait maintenant à Serge en mémoire de toute l'admiration fervente que son mari portait à l'œuvre du Maître de Montjustin comme il l'appelait ; en vif témoignage d'affection aussi. Serge en avait été très touché, au point qu'il avait changé illico le chevalet que lui avait tout spécialement construit, jadis, son oncle Ernest par celui d'Yves Farge. De ce jour où il fut installé, il n'en changea plus jamais.

Il y eut, unique, la rencontre de Serge, en 1942, avec Lanza del Vasto, Shantidas, serviteur de la paix, disciple occidental de Gandhi. Mystique qui se battit contre la torture en Algérie, mena la lutte aux côtés des paysans du Larzac, contre les centrales nucléaires de la vallée du Rhône et fit au cours de ses divers combats, plusieurs grèves de la faim efficaces. Est-ce son appartenance au catholicisme qui fait qu'il est encore aujourd'hui ostracié, quoi qu'on en dise ? Le délit de sale gueule a plusieurs visages, y compris où on ne l'attendrait pas. Lanza est pourtant bien une des plus hautes figure du pacifisme, et sa célèbre phrase : « La sincérité qui ne coûte rien ne vaut rien » vaut, à elle seule, comme véritable leçon de vie.

Il y eut Giono bien sûr, bien avant, dans la jeunesse de Serge.

Il y eu Joan Baez venue lui rendre visite plusieurs fois. 

Il y eut Adrienne Cazeilles, auteur de Alors, la paix viendra.

D'ailleurs, à bien y regarder, la paix n'est-elle pas, au fond, le véritable sujet de la peinture de Serge ? Ce n'est pas moi qui l'écrit mais Pierre Magnan : « La paix règne sur Fiorio de toile en toile, de sujet en sujet et d'année en année. »

Photo Serge-Joan Baez

Avec Joan Baez à Montjustin. Photo Émile Lauga.

Picasso aimait à dire qu'une ligne reliant les lieux où il avait successivement vécu dessinerait sans doute une silhouette de taureau ! Ces divers points forts du pacifisme des Fiorio, si on les reliaient entre eux, dessineraient eux, à coup sûr, quelque chose en forme d'une constellation inconnue des astronomes mais qui nous révèlerait peut-être bien le sens profond de tous ces engagements intérieurs respectés à l'extérieur, et de toutes ces rencontres et affinités électives qui n'étaient autres, au fond, que des rendez-vous. J'aime imaginer que nous aurions alors sous les yeux, au lieu de celui d'un taureau espagnol, le dessin même, hautement symbolique, d'une belle et puissante colombe !

colombe des maçonsÀ suivre... 

TRADUCTION de notre ami Agostino Forte :

 

 

   Ecco alcune righe che non sono altro che la bozza di un prossimo testo, ben più lungo, che via via scriverò sul pacifismo dei Fiorio. Il nostro amico Bernard Baissat, dell’Union Pacifiste, durante la sua visita dell’estate scorsa alla mostra Fiorio di Gréoux, mi ha suggerito di scrivere sull’argomento per la loro rivista. Malgrado l’impegno che richiederà un tale compito (il soggetto è ricco e corposo, comportando un gran numero di collegamenti e personaggi), spero comunque di poter un giorno concluderne il lavoro e so bene che ci sarà da scrivere un libro intero.

Pacifici per naturale predisposizione d’animo, i Fiorio lo resteranno - fedeli a loro stessi e ai loro profondi convincimenti, anche di fronte ai pericoli estremi – esercitando un pacifismo integrale e mettendolo all’opera in modo particolarissimo durante l’ultima guerra mondiale alla fattoria del Vallon, nel Tarn-et-Garonne. Ce n’era bisogno: lo si potrebbe definire un pacifismo battagliero, per contrastare, ed anche sviare, le vessazioni naziste perpetrate o progettate in questa regione nella quale i Fiorio, appena giunti dall’alta Savoia, sono venuti a stabilirsi nel 1941 per guadagnarsi da vivere col lavoro della terra.

Quivi troveranno rifugio, presentati da Jean Weil, un amico che faceva parte di una rete di affido che si occupava anche di adulti, numerosi bambini ebrei, dei quali i Fiorio si incaricheranno totalmente a rischio ovviamente della propria vita; alcune lettere di Serge successivamente scritte al riguardo ne danno testimonianza. Si aggiungano a ciò i combattenti della Resistenza che riparavano sovente presso il Vallon dopo le offensive alla stazione di Tolosa o altrove nel circondario; inutile dire che perquisizioni e retate erano lo spauracchio permanente.

Quanto all’onorificenza di Giusti tra le nazioni, non venne ritirata dai Fiorio e quindi essi non figurano sul Memoriale1 ma, d’altro canto, un albero che rappresenta la famiglia è stato piantato nella Foresta dei Giusti, in Israele. A tal proposito Serge mi disse, nel suo solito modo scarno: « Noi non abbiamo fatto altro che quello che doveva essere fatto ».

La stele all'ingresso del Giardino dei Giusti dello Yad Vashem, a GerusalemmeLa stele all'ingresso del Giardino dei Giusti dello Yad Vashem, a Gerusalemme

Ma il pacifismo di questa famiglia trova le sue radici in quel terreno che costituisce l’area della tradizione anarchica non violenta, assai attiva subito dopo la prima guerra mondiale, alla quale il capofamiglia (!), Émile Fiorio, il padre di Serge, è particolarmente sensibile, orientandovi le proprie letture, opinioni e frequentazioni sociali. Sapendo, per via del suo mestiere di cavatore, maneggiare e preparare la dinamite ed altri esplosivi, avrebbe potuto, se ci si pensa, diventare un provetto terrorista ma, essendo prima di tutto un uomo di animo buono, non era certo questo genere di anarchia che egli prediligeva.

E, a ben vedere, tutto si tiene, senza lasciare nulla al caso: già l'Auberge des chemins de fer Fiorio di Vallorbe, in Svizzera – tenuto da quella donna energica quale era sua madre, sorella del padre di Giono, altra figura di anarchico non violento ben noto alla famiglia -, era il luogo di incontro di militanti anarchici di passaggio che venivano ad animare le riunioni, i pubblici dibattiti come pure tenere discorsi rivolti ai lavoratori. Lo stesso fondo della sala da pranzo dello stabile aveva una grande pedana adibita allo scopo dove, in altra occasione, si assisteva a qualche rappresentazione teatrale. Ai suoi inizi, lo stesso Benito Mussolini vi tenne una volta una riunione appassionata, molto prima che diventasse quell’orribile Duce che sappiamo.

Foto segnaletica di Mussolini Benedetto redatta dalla polizia di Berna il 19 giugno 1903Foto segnaletica di Mussolini Benedetto redatta dalla polizia di Berna il 19 giugno 1903. Qui ha 20 anni, ed è stato fermato come agitatore socialista.

A partire dal 1935, ci fuquello che divenne un importante centro di pacifismo chiamato il Contadour di Giono,dove Serge – conquistato alla causa ma senza l’autonomia finanziaria di concedersi un mese o due di vacanze – poté trascorrere solamente alcuni giorni lungo l’arco di un paio d’anni. Va rilevato tuttavia quanto il pacifismo fosse sistemico e caratteristico nell’albero genealogico di questa ampia famiglia.

Fin dalla sua comparsa nel 1947, si rileva l’adesione dei Fiorio al Mouvement de la paix (Movimento per la pace) del quale diverrà presto presidente Yves Farge, carica che questi ricoprì fino alla sua morte “accidentale”2, nel 1953. Per dirla più seriamente: sarebbe stato assassinato! I Fiorio conobbero il grande Yves Farge grazie a un militante, Paul Geniet, un amico arlesiano che Serge aveva conosciuto nell’esercito, nel 1939, durante la breve mobilitazione a Bourgoin, nell’Isère, e del quale, per una decina d’anni, ne fece il suo corrispondente epistolare d’elezione. Fu in quel periodo che Yvonne Geniet, la moglie di Paul, vedendo un giorno giungere nella loro casa di Arles un Serge vestito da soldato, ma talmente trasandato, con le fasce sfatte e una minutissima bustina, insomma in una tenuta militare molto poco confacente, esclamò, facendo a sua volta ridere tutti quanti: « Ma che bello quest'esercito francese, Serge ». Pare che a quel punto egli, stando subito al gioco, assumesse una faccia orribile mettendosi immantinente sull’attenti, con voluta quanto impeccabile goffaggine.

I Farge si insediarono alle Tourettes, sulle colline d’Apt, per frequenti e durevoli soggiorni; i Fiorio, abitando già a quel tempo a due passi da lì, a Montjustin, ne divennero ben presto intimi. Passeranno insieme diverse feste di Natale e faranno numerose camminate nel Lure e nel Luberon. In particolare è rimasta impressa, nel ricordo di coloro che vi parteciparono, l’escursione lungo le creste del Lure con una quindicina di compagni e amici. Di quella compagnia faceva parte anche Lucien Jacques, l’autore dei Cahiers de moleskine.

Erano gli anni ’80 e ricordo di essermi recato, insieme a Serge, alle Tourettes, nell’abitazione di una signora Farge oramai invecchiata, nella sua casetta in fondo alla strada, per portare a Montjustin, solidamente ancorato al tetto della macchina, il cavalletto orfano di Yves che essa ora offriva a Serge, in memoria della profonda ammirazione che suo marito portava all’opera del Maestro di Montjustin, come lui lo chiamava; una vera e propria testimonianza d’affetto. Serge ne fu talmente toccato che decise di cambiare seduta stante il cavalletto appositamente costruitogli da suo zio Ernest con quello di Yves Farge che, da quel giorno, non venne più sostituito.

Nel 1942 avvenne l’unico incontro di Serge con Lanza del Vasto, Shantidas, servitore della pace, discepolo occidentale di Gandhi. Fu un mistico che si batté contro la tortura in Algeria, partecipò alle lotte contadine a fianco dei contadini del Larzac come pure contro le centrali nucleari nella valle del Rodano facendo ricorso, durante le molte sue proteste, a diversi ed efficaci scioperi della fame. Checché se ne dica, è forse la sua appartenenza al cattolicesimo a far sì che ancor oggi egli non sia tenuto in gran conto? La discriminazione ha molti aspetti, anche dove non ci si aspetterebbe di trovarli. Lanza è senza dubbio una delle più alte figure del pacifismo e la sua celebre frase : « La sincerità che non costa nulla non vale nulla » basta, da sola, come vera lezione di vita.

Ben prima, nella giovinezza di Serge, ci fu senz’altro Giono.

Poi ci fu Joan Baez, che gli rese visita più volte.

E ci fu Adrienne Cazeilles, autrice di Alors, la paix viendra.

Ma non è forse la pace ad essere il vero soggetto della pittura di Serge? Non sono io ma Pierre Magnan a scrivere: « Di tela in tela, di soggetto in soggetto e d’anno in anno, la pace regna su Fiorio. »

Picasso amava dire che una linea che riunisse i luoghi dove aveva di volta in volta vissuto avrebbe sicuramente delineato la forma di un toro! Se si congiungessero tra loro i differenti punti di forza del pacifismo dei Fiorio, comparirebbe sicuramente qualcosa di simile ad una costellazione, sconosciuta agli astronomi ma che a noi rivelerebbe quasi certamente il senso profondo di tutti i suoi coinvolgimenti interiori adempiuti nell’esteriorità, e di tutti quegli incontri e affinità elettive che altro non furono se non degli appuntamenti. Mi piace pensare allora che sotto i nostri occhi avremmo, al posto dell’immagine di un toro spagnolo, il disegno stesso, altamente simbolico, di una splendida e indomita colomba.

A seguire …

 Note:

1: https://it.wikipedia.org/wiki/Giusti_tra_le_nazioni. Il Memoriale si riferisce allo Yad Vashem (ebrico : יד ושם), è l'Ente nazionale per la Memoria della Shoah : https://it.wikipedia.org/wiki/Yad_Vashem