Alors la peinture lève son dernier voile, se révèle : la peinture en son essence est musique, elle est silence, elle est musique.
Claude-Henri Rocquet
dans Rêver avec Serge Fiorio.

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   L'écoute impromptue, de bonne heure, de cette Cantate BWV 116 de Bach vient, par bonheur, de me transporter ipso-facto dans l'atelier de Serge. D'où je vous écris, du coup !

Ayant sans doute monté la volée d'escalier sur la pointe des pieds puis passé le pas de la porte - encore et toujours, à jamais ouverte ! - à pas feutrés...
De son côté, parce qu'entièrement à l'écoute en même temps qu'occupé à larguer une troupaille de chèvres et de brebis ou peut-être très attentif à tendre de pourpre puis à ombrer la cape d'un nouveau berger, Serge encore une fois ne m'a pas vu ni entendu venir, entrer : « Il est ailleurs », comme on dit de quelqu'un de distrait. Mais en vérité il n'en est rien, rien de rien, le peintre est au contraire tout simplement présent corps et âme, l'esprit tout entier à ce qu'il fait.
Alors, tandis que la musique et les voix emplissent à ras bord la minuscule pièce haut perchée sous les toits qui est son lumineux atelier ouvert sur trois côtés, je m'y retrouve assis, comme souvent, à la table surchargée qui lui sert de bureau et aussi un peu, à l'occasion, d'établi pour toutes sortes de menus travaux domestiques : découper en quartiers, par exemple, une vaste et croustillante tarte aux pommes de sa confection, ou recoudre à la hâte un petit bouton avant de filer au marché. Mais cela est une autre histoire.

Serge en train de peindre un paysage

Pour le moment, je veux dire que musique et peinture, chez lui, vont tout à fait ensemble ; y forment même un sacré trio avec une certaine variété de silence qui est, à chacune des peintures, ce qu'il en est du fil à plomb pour la maison dans la main puis ensuite dans l'œil exercé du maçon : haut silence sidéral, qui donne le la, incipit du tableau en quelque sorte, quel qu'il soit !
Comme elle est nourrie tout à la fois de ses observations, de ses admirations, de ses trouvailles, de son esprit, de son goût du mystère et de sa sensibilité poétique, toute la peinture Fiorio est - sans qu'il n'y paraisse forcément de prime abord - agrandie, fortifiée, de voix et de musique.
Tout en peignant, Serge aime « faire jouer quelque chose » - ou chanter lui-même, souvent à pleine voix, ce qui est alors bon signe, excellent même, pour le tableau en cours -, s'y baigner tout entier, travaillant alors sans s'interrompre et sans, non plus, parfois, être interrompu, ad libitum, si possible jusqu'aux feux incendiant le couchant sur la vallée du Rhône, la tombée de la nuit sur le Grand Luberon.
Cela en une forme de transe subtile continue quasi imperceptible de l'extérieur, en tout cas à l'œil nu non familier ou non averti : invisible lévitation des sens et de l'esprit qui, soutenue par un solide métier, entraîne le peintre haut, loin et profond à la fois ; ce qui lui permet de pouvoir accoucher - le peignant ainsi au mieux, au plus près - de tel ou tel rêve artisanalement en cours de réalisation sur l'humble et bien statique chevalet.

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Nadia Boulanger.
De la musique ! (1)
De la musique, suite.
Le goût de la belle musique.
Sur le silence.1
Serge par Sylvie Giono.

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Vocatif

Vocatif, en 2019, sortira son 33ème numéro sur l'état actuel du surréalisme en France et à l'étranger. Il ne faut surtout pas le manquer.
Mais Vocatif est financièrement exangue et ne pourra continuer, du moins dans sa formule actuelle. C'est la raison pour laquelle nous ne vous proposons pas un abonnement, mais un bon de commande pour ce numéro exceptionnel dont Patrick Lepetit a bien voulu se charger.

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