Serge était un admirateur du talent, autant qu'un défenseur, de cette haute figure du monde de la musique — professeur de composition, pianiste, organiste et chef-d'orchestre de réputation internationale, 1887-1972 — que fut Nadia Boulanger.

C'est à son contact, dans son sillage, et grâce à son enseignement rigoureux, sans concession, que nombre de grands chefs et autant de compositeurs virent leur talent éclore et monter en flèche.

C'est elle encore qui, par une extraordinaire sensibilité à son œuvre, réhabilita, entre autres, Monteverdi ; ce dont toute une frange de la soit-disant avant-garde lui en voulut alors beaucoup, pendant longtemps ; s'efforçant de reléguer sa carrière dans ce que ces gens de mauvais esprit appelèrent avec mépris, morgue et suffisance :  "la boulangerie". 

C'est que, toujours très franche, Nadia Boulanger ne trouvait aucun sel à leurs propres œuvres et ne s'en cachait pas, les qualifiant de " fabriquées " tout simplement, sans aucun souffle supérieur. Mais, hélas pour eux, les injustes et cruelles attaques qu'elle subit régulièrement, en tirs groupés, ne la déstabilisèrent pas le moins du monde, solidement ancrée qu'elle était dans le Christ, son maître.

Sans en vouloir à personne, elle continua son œuvre, faisant même jouer, à l'occasion, de cette musique moderne qu'elle exécrait mais avec qui, par contre, elle n'avait jamais aucun problème technique d'interprétation ou d'orchestration. Le seul hic, mais énorme on en conviendra, était que ces œuvres n'avaient sur elle qu'un seul pouvoir, celui de la laisser immanquablement — ce qu'elle leur reprochait précisément — indifférente de cœur à leur égard et toujours aussi froide qu'un glaçon. 

Sur les étagères d'angle de sa phonothèque, Serge avait fait une place de roi à ses œuvres magistrales.

*

Impromptu 16 : Cantate BWV 116...
De la musique ! (1)
De la musique, suite.
Le goût de la belle musique.
Sur le silence.1
Serge par Sylvie Giono.