Chez lui faisant bon ménage, musique et peinture ont beaucoup d'atomes crochus, surtout dans la composition des Paysages qui sont par eux-mêmes des hymnes à la nature dans lesquels, parfois, selon ses propres dires, " le paysage se développe comme une fugue de Bach ". Les Souches aussi, sont très musicales, largement symphoniques par leurs divers mouvements, et les Neige n'en parlons pas !

Thèmes, lignes bien orchestrées, leitmotiv, bémol, les termes ne manquent pas qui s'accordent à l'une comme à l'autre expression artistique. Pourquoi, si l'artiste le ressent, un adagio n'en inspirerait-il pas un autre, d'une autre nature, celui-là lui pictural. Le peintre use d'analogies conscientes et inconscientes, de puissantes similitudes aussi, pour architecturer et construire, puisées directement sur le terrain, à la source — ou bien, pourquoi pas, autre source, en musique !

Outils, le crayon et le pinceau ne sont-ils pas, chacun également, baguette du chef-d'orchestre ? Le peintre interprète la réalité grâce à son métier, selon sa vision personnelle. Il greffe sa personnalité sur le monde pour l'exorciser, le faire sien autant que possible et, sur ma lancée, j'allais même écrire : en faire quelqu'un, avec un visage.

A l'inverse, un musicien peut bien s'inspirer d'un peintre, traduire ses couleurs en notes, en nuances, faire siennes ses volontaires répétitions, ses lignes de fuite, ou celle, unique alors, d'une profondeur de champ. L'inspiration est une chose libre totalement, mais très sensible et intelligente, sans direction établie ; elle ne fonce cependant pas à l'aveuglette, où bon lui semble, pas plus qu'au petit bonheur la chance. Non, elle se présente à l'artiste qui a déjà fait, en esprit, du chemin vers elle en confiance, à sa rencontre. Prêt à en recevoir le don, dignement. De plus, elle est multiforme.

Passer de la musique à la peinture ou inversement, cela, il me semble, ne lui a jamais fait souci ! et les exemples pullulent.

Quand des visiteurs attentionnés arrivaient en rois mages à la porte de Serge, deux choses lui faisaient au plus au point plaisir, par dessus tout : une boîte de gâteaux ou "quelque chose à entendre" ; il raffolait autant de l'un que de l'autre, et les deux ensemble, sur-le-champ, le transportaient alors au paradis !

La peinture est peut-être même bien de la musique, après tout ! Je crois qu'on peut même dire, avant toute chose !