Deuxième halte des réfugiés espagnols

   C'est devant cette bien médiocre photographie d'une superbe Maternité peinte sous le titre de Deuxième halte des réfugiés espagnols que m'est subitement venu à l'esprit sans que j'y aie le moins du monde réfléchi auparavant - "donnée" donc, prête à être transmise, sinon partagée - l'idée que L'Origine du monde façon Fiorio est d'un tout autre ordre de celle ouvertement défendue - sans jeu de mots ! - par Gustave Courbet dont tout le monde connaît aujourd'hui le fameux tableau portant ce titre péremptoirement accrocheur. Titre d'où lui vient, il me semble, en grande partie son phénoménal succès qui, comme celui remporté depuis des lustres par La Joconde, est un phénomène de foule, moutonnier en plein.
Ce que j'écris là ne voulant pourtant en rien, loin de là, disqualifier ces œuvres en en discriminant les qualités intrinsèques : je trouve simplement que leur immense réputation et - par voie de conséquence - leur délirante fréquentation sont toutes deux surfaites.

l'origine du monde

Peu après que me soit donc venu à l'esprit que la femme mère, allaitante, est sans doute L'Origine du monde façon Fiorio, j'en ai donc tout de go fait part - au passage, sans m'attarder il est vrai sur le sujet - à l'encore récente soirée à la médiathèque de Digne ; cela sans visiblement provoquer la moindre réaction dans l'esprit de la petite trentaine de personnes présentes. Cependant, quelqu'un - sans doute plus attentif ou réceptif à ce sujet que les autres - vient de m'écrire à ce propos, enthousiaste, n'y allant d'ailleurs pas par quatre chemins dans son approbation : « Non seulement c'est juste mais, en plus, cela apporte une idée nouvelle à la compréhension de l'œuvre. »

Il va sans dire que cette image représentative de la femme est, depuis la nuit des temps, plus qu'un puissant symbole : l'un des archétypes majeurs de la psyché universelle. Bien plus vaste et à bien plus large spectre que la restrictive représentation réaliste de son sexe, fusse en une pose d'abandon complet au regard du public et peint, comme c'est le cas, par le grand Courbet lui-même.
À vrai dire, et pour aller droit au but, il ne s'agit pas du tout, chez Serge et chez Gustave Courbet, du même plan, du même niveau d'évocation de l'origine du monde :
« Le domaine du devenir s'oppose à celui de l'essence, car ce qui est postérieur dans l'ordre de la génération est antérieur par nature, et ce qui est premier par nature est dernier dans l'ordre de la génération. » Aristote dixit.
Je lis par ailleurs que « Picasso lui-même ne peint ou ne dessine - lui aussi - jamais si bien la femme que lorsqu'elle est mère, la représentant même telle quelle bien avant d'être père lui-même. Peindre la relation entre la mère et son enfant devient alors le vrai sujet du tableau. »

Picasso

Du point de vue - autre maternité - de la genèse artistique, il y a, sans aller chercher bien loin dans le temps, l'exemple frappant de Giono qui, dès la première phrase et premier coup d'archet de son Manosque-des-Plateaux présente le Mont d'Or qui domine la ville par le biais d'une riche et dense métaphore des plus rondement explicites« Ce beau sein rond est une colline » ; identifiant par là le sein nourricier inspirant qu'il tétera à toute force - en même temps que sa pipe ! - pour écrire son œuvre immense dans ses divers bureaux successifs de sa maison du Paraïs qui en fut l'arche idéale sur les flancs tout aussi idéaux du Mont d'Or, sa colline sacrée entre toutes.

Pour ce qu'il en est, à partir de tout cela, de l'idée nouvelle apportée à la compréhension de l'œuvre Fiorio qu'évoque mon correspondant, je dirais volontiers qu'une fois dans cette optique, à ce niveau de vision sublimée du sein maternel, il s'agit effectivement d'une clé qui s'offre à nous. Elle s'est offerte à moi spontanément, venant de l'œuvre elle-même à travers une scène-sujet en ce sens particulièrement explicite dans cette Halte des réfugiés hélas toujours cruellement d'actualité. Je crois même que cette clé est bel et bien un sésame authentique ; hypothèse que la biographie elle-même du peintre à aucun moment ne contredit, mais au contraire renforce.

Bergère et son enfant Isorel 1952

Deux autres versions de L'Origine du monde Fiorio : ci-dessous La Bergère allaitant des années cinquante et une autre, sans titre, bien plus récente : des années soixante-dix. Variantes auxquelles il faut bien sûr ajouter chacune des Nativités dont aujourd'hui, pour faire court, je n'ai pipé mot.

Maternité