L'artiste est un mouton qui se sépare du troupeau.
Gombrowicz
Il y a des yeux qui reçoivent la lumière et il y a des yeux qui la donnent.
Claudel.
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   Le grand Marcel Proust me paraît faire passablement l'andouille, ou sa chochotte, quand je lis, sorti de la bouche de son narrateur, son alter ego : « Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre... » Proust avec le regard d'un autre ? Impossible, on n'y pense même pas !
Car voir et faire voir autrement c'est là-même, n'est-ce pas, le propre de l'art et justement de celui, très personnel, où, entre toutes, sa propre plume excelle !
C'est aussi, sans doute encore plus particulièrement, celui de la peinture en général. Et nous savons tous par notre propre expérience à leur égard, à leur contact par l'atelier, l'expo, le musée, la salle des ventes, combien les peintres dignes de ce nom sont dotés - non comme par pur hasard mais plus justement, tout d'abord par nature, par don, puis à force de travail - d'autres yeux, bien particuliers.
Nous savons également tous combien leur regard peut être capable de modifier ou de carrément changer le nôtre au passage quand nous le croisons ou nous y enfonçons plus profondément par œuvres interposées. Capable de le clarifier en tout cas en le différenciant en même temps de celui des autres, ajoutant ainsi intérieurement à notre part de liberté acquise jusque-là par nos propres moyens.

Cette interprétation du monde par et en laquelle l'homme s'ajoute et s'ajuste avec talent à sa propre création est propice chez chacun - artistes ou pas - à bien des découvertes ainsi qu'à des révélations à tous niveaux, de toutes sortes : vivre en ce monde devenant ainsi avant tout une quête d'individuation, une perpétuelle "mise à jour", non d'un vulgaire calendrier, mais de notre être tout entier, et unique. Processus d'ouverture et de présence au monde observé et décrit, vivement encouragé, sinon ouvertement "prescrit", par le cher Carl-Gustav Jung lui-même pour se sauvegarder d'abord, vivre "haut" autant que possible, poursuivre.

Serge et la Grande souchePeintre, comme tous les autres peintres, Serge n'emploie, bien sûr, pas le même langage ; mais aujourd'hui, au vu de la totalité de son parcours, son œuvre porte tout du long, d'étapes en étapes aussi bien qu'en chacune de ses œuvres, le sceau et le témoignage de ce genre d'expérience vécue des profondeurs. Non une lampe au front mais, chaque jour, le cœur et l'esprit baignés d'enthousiasme.

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De quoi lire :

Impromptu 1
Impromptu 2
Impromptu 3
Impromptu 4
Impromptu 5
Impromptu 6

Impromptu 7

Sur un portrait de Lucienne Desnoues. Impromptu 14.
Impromptu 13.