Lo merle que vai d’una mata
A l’autra mata e que seguis
Los vielhs camins, e que s’acata
En lo bois e los romanins,
Sol poiriá dire amb la palomba
E la mostela e lo singar
Tota la patz d’aquela comba.

 

 Le merle qui va d'une touffe à l'autre touffe et qui suit les vieux chemins,
et qui se cache entre le buis et les romarins,

seul pourrait dire avec la colombe et la belette et le sanglier toute la paix en cette vallée.

Max Rouquette

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   C'est un paradis sur terre, souvent, que représente Serge Fiorio. Sans même le vouloir : ce monde imaginaire où l'esprit rêve tout haut à haute voix s'impose à lui directement. Primitif, primordial, originel, le rêve, mine de rien, s'y faisant songe à l'occasion, au besoin, au passage. Incluant l'ordinaire, le quotidien, les saisons et leurs travaux, la nature sauvage : rien de la construction intellectuelle.
Peinture bien plus profonde, métaphysique, spirituelle, puisque incluant la mort elle-même entre autres étapes de la subtile et agissante alchimie de la vie en tout être et en toute chose ici-bas.
Aussitôt "mortes", les Souches elles-mêmes, par exemple, s'y enguirlandent tout de go de végétation comme - renaissantes de la sorte, n'est-ce pas ? - tout naturellement il se doit. Phœnix, une fois peintes. Pas un atome de désespoir, une once d'absurde : la vie ne tarit pas, suit son cours en cette peinture, revenant sans cesse - comme par rappels intérieurs impératifs - à la source ontologique, immémoriale, originelle.

Ses compagnons ouvriers de la carrière à ciel ouvert de Taninges où, frêle adolescent puis solide jeune homme, Serge travaille dur mais toujours « de bon cœur », sont ses premiers et - à deux ou trois exceptions près beaucoup plus récentes - ses derniers modèles vivants. Devant ces œuvres, aujourd'hui de haute époque, où ils se reconnaissent dans tous les sens du terme, tous ces rudes gaillards se découvrent un jour un à un, discrètement, tandis que l'un d'eux sans doute plus violemment touché, jette, lui, son chapeau à terre au pied des toiles. C'est qu'en ces initiales peintures à l'huile le tout jeune peintre témoigne d'eux avec ferveur et les admire ainsi chacun tout un temps de son regard neuf ; tandis qu'en retour, étonnés de ses dons, aussi curieux qu'enthousiastes, eux l'encouragent par là à peindre, ailes bientôt grandes ouvertes vers une multitude d'autres sujets.

Dessin de carriersSonge et réalité cohabitent en ce dessin d'Ouvriers carriers au travail du début des années 30.

Aussi, au débouché de cette riche galerie d'émouvants visages familiers assortie de croquis au crayon d'hommes saisis au repos ou bien en pleine action - alors aux prises avec la pierre qui, une fois réduite en petits blocs à coups de masse, sera encore à moudre en gravier au concasseur -, Le premier portrait de Giono en fabuleux rêveur éveillé se trouve être une forme évidente d'autoportrait en poète inspiré : « à l'étoile et à la colombe », deux des points forts de sa vocation. Cette œuvre lui sera un véritable tremplin, formidable, plein de promesses.

Le printempsLe Printemps, scène de genre d'un genre très particulier : celui de l'autoportrait poétique. Œuvre majeure, de grande dimension, peinte sur bois à Taninges en 1935, tout de suite après Le premier portrait de Giono réalisé, lui, à Manosque en trois semaines dans l'hiver 1934.

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Quelques liens :

Impromptu 9.
Impromptu 10.
Giono. Impromptu 8.(Mise au point).
Impromptu 14. Sur un portrait de Lucienne Desnoues.
Impromptu 13.