La poésie n'est au service de rien, rien n'est à son service. J'ai toujours pensé que le poétique précédait le politique. C'est lui qui nourrit les hommes d'action, ceux qui interviennent dans la cité, s'impliquent dans la vie collective, ceux qui ont de grands désirs, des visions du monde, des perspectives d'avenir originales. Tous ceux qui se lancent véritablement dans l'action ont un imaginaire qui a été nourri par une dimension poétique. Qu'elle soit patente ou insoupçonnée, elle est toujours là. Le poétique mobilise tous les possibles de la perception, libère notre esprit, vivifie nos systèmes de représentation, amplifie notre imaginaire.
Confronté à la complexité du réel,
Homo sapiens a tendance à se réfugier dans une bulle confortable de symboles, de valeurs, de principes, et même de comportements qui, peu à peu, se rigidifient. Au point qu'il a du mal à trouver des solutions nouvelles, à bousculer sa vision du monde.  Il est urgent de nous ouvrir aux stimulations de l'esprit, de la sensibilité, des utopies. L'utopie est une sorte d'oxygène pour les systèmes de représentation.

Patrick Chamoiseau

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J'ai trouvé cette déclaration particulièrement assortie à l'intègre personnalité d'Yves Farge, amis des artistes, artiste peintre lui-même, critique d'art au Progrès de Lyon, grand résistant, homme politique, fondateur du Mouvement de la Paix.

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   Sans doute cherchera-t-on à apparenter Serge Fiorio à ceux que l'on dénomme bien à tort des primitifs ; sans doute évoquera-t-on à son sujet des paysages florentins qui virent le jour sur les murs au temps florissant du Quattrocento et cet arrangement dont usait Jérôme Bosch pour ordonner ses personnages.
Il est toujours facile de trouver dans un passé lointain les parentés qui sont celles d'un peintre contemporain, mais je pense que c'est s'engager sur la voie des erreurs que de vouloir à tout prix simplifier un problème qui, certes, n'est pas simple.

Serge Fiorio a une grande imagination, il possède un cœur d'enfant et des muscles de paysan. Il danse et il chante à la perfection et il sait aimer.
Peut-on réunir d'autres éléments de son être qui puissent expliquer mieux sa peinture ?
Cette solidité dans la couleur, cette pureté dans le dessin, cette passion de l'espace et des sonorités, donnent à l'art de Serge Fiorio une qualité rare.

Le système ne compte pas encore que la composition soit toujours scrupuleuse ; rien ne gène dans les entournures de cet artiste qui d'abord joue et qui, pris à son jeu, se fait grave et construit son univers.

Je me suis souvent demandé si quelque chèvre-pied, et pourquoi pas le dieu Pan lui-même, ressentant soudain le besoin de penser aux choses qui l'entourent et qui l'ont enivré, ne tomberait pas dans cette sagesse sereine au sein de laquelle trouvent place tous les vestiges des folles joies.

Serge Fiorio est donc un peintre bien à part. Il sent et il comprend tout le monde. Il sait ordonner les spectacles de la nature qui lui sont familiers de telle sorte qu'on ne puisse à aucun moment s'offusquer de son classicisme, ni se cabrer devant la liberté qu'il prend avec les règles d'une peinture usuelle et pratique. Car l'art "pompier" n'est pas du siècle dernier, il traîne encore aux chausses d'une École moderne qui, à force de se répéter, a créé elle aussi ses poncifs : on peut être futuriste, cubiste, impressionniste et tout à la fois "pompier". Le conformisme n'a pas de forme, c'est un état d'esprit. Mais Serge Fiorio, pour notre joie, s'offre à nous avec un état d'âme !

Ce serait faire injure à ce peintre que de lui prédire le succès ; en revanche, on est sûr de demeurer fidèle à la leçon de Cennino Cennini, son maître, en étant assuré de son parfait bonheur.

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Présentation de Serge Fiorio et de sa peinture par Eugène Martel.1942.

Yves Farge, du journaliste engagé au fondateur du Mouvement de la Paix.

Yves Farge sur le blog Lectures et réflexions de René Merle

Mouvement de la paix

Une lettre du 22 mars 1942.

L'affiche.

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ABCdes Amours tract

Un ABC Fiorio par Michéa Jacobi.

ABCdes amours tract 2