« Je ne crois pas que les grands poètes nous parlent seulement de papillons quand ils en parlent. »

Christian Bobin.

   Vers la fin de son commentaire interprétatif de l'étrange portrait de Madame de Candolle - Madame de Candolle fait à nouveau rêver -, récapitulant quelque peu, Michel Kreutzer écrit ceci : « Ce tableau nous révèle décidément bien des choses à partir de ce qu'il nous cache. »

J'ai trouvé cela fort bien vu tout en étant aussi bien exprimé, produisant même en l'esprit quelques beaux ricochets à la façon d'une pierre lisse lancée avec adresse et sûreté à la surface d'une eau plane : c'est pourquoi et comme ça qu'à plusieurs reprises je me suis demandé si cette phrase-formule ne pourrait pas, au fond, plus largement s'appliquer à l'œuvre en entier.

Sauf que, dans le cas et pour tenter d'aller au plus près, j'y remplacerais volontiers le verbe révéler par celui, alors plus adapté à mon avis, de suggérer, parce que encore davantage imprégné du grand silence engageant qui règne en maître sur cette peinture. N'est-il pas que les non-dits, le ou les silences, tout ce qui nous est évidemment ou tacitement caché en plein ou à moitié, voilé en partie en chaque toile, sont opérants en creux sur chacun de nous - comme ils sont d'abord venus vers l'artiste lui-même pour s'imprimer en lui en tout premier lieu au cours de l'alchimie intérieure présidant à son travail de créateur ? Et cela, sans qu'il ne soit jamais fourni, à quiconque, de clefs sûres et certaines ; seulement - par l'expérimentation même de ces peintures en rien innocentes - une ferme invitation pour une heureuse mise en phase, sorte de connexion subtile, avec les grands mystères, leur multiplicité foisonnante, et surtout leurs vastes et toutes particulières résonances avec tout ce qui fait aussi bien l'ordinaire de nos jours que l'extraordinaire de nos vies.

IMG_7553Détail de Les Giberts. Neige de 65x81 cm, peinte en 1991.

Ce dont, discrètement mais avec force, cette peinture se fait donc tout naturellement le vecteur, la fidèle interprète, l'ambassadrice, la musicienne silencieuse, si j'ose écrire. Passant d'abord par le canal de tous nos sens mis en éveil et en appétit pour mieux atteindre ensuite à l'âme jusqu'en ses plus extrêmes profondeurs. Sans un mot.

On dira peut-être qu'on reconnaît là la ligne de circonférence du cercle parfait que forme un serpent roulant sur lui-même tandis qu'il...se mord la queue. Mais rien de plus vrai ! Débordant le regard - la raison itou - vers quoi et jusqu'où roule ainsi en silence toute bonne peinture sortant du cadre, et nous avec ?

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Sur le silence.1

Traduzione a cura di Agostino Forte :

Sul silenzio. 2

 

1 G - Dosso Dossi - Giove pittore di farfalle, Mercurio e la Virtù (1515-1518)

 Dosso Dossi - Giove pittore di farfalle, Mercurio e la Virtù (1515-1518)

 

« Non credo che i grandi poeti ci stiano parlando solo delle farfalle quando si mettono a parlarne. »

Christian Bobin

 

   Verso la fine del suo commento interpretativo al conturbante ritratto di Madame de Candolle (Madame de Candolle fait à nouveau rêver) Michel Kreutzer, ricapitolando,  così scrive: « Questo quadro ci rivela in definitiva molte cose, a partire da quello che ci nasconde. »

2 G - Calligrafia di Mohammad Heydari

 Calligrafia di Mohammad Heydari

Lo trovo un pensiero azzeccato e ben espresso, capace di causare, nell’animo stesso, leggiadri rimbalzi simili a quelli prodotti da un ciottolo lanciato con decisione all’indirizzo di uno specchio d’acqua: e l’onda di una siffatta immagine mi rimpalla a più riprese la domanda se quella frase-formula, in fondo, non possa applicarsi in modo ampio all’opera intera.

Al fine di tentare un maggiore avvicinamento, rimpiazzerei volentieri il verbo rivelare con suggerire, a mio avviso più idoneo, solo perché pervaso in maggior misura dal grande coinvolgente silenzio che la fa da padrone in questa pittura. Non è forse vero che il non detto ( “il” o “i” silenzi ), tutto ciò che ci è in maniera evidente o tacita nascosto interamente o a metà, in parte velato in ogni tela, è operativamente scritto su ognuno di noi? Alla stessa guisa di come è sopraggiunto all’artista per imprimersi primieramente in lui nel corso di quell’alchimia interiore che presiede al suo lavoro creativo ? Il tutto, senza che siano mai fornite, a chicchessia, chiavi sicure e certe; solamente – per la sperimentazione stessa di questi dipinti gravidi di senso – un risoluto invito ad una fausta sintonizzazione, sorta di sottile connessione con i grandi misteri, la loro abbondante varietà, e soprattutto le loro vaste e particolarissime risonanze con tutto quello che fa tanto l’ordinarietà dei nostri giorni quanto la straordinarietà delle nostre vite.

Ciò di cui, in maniera discreta ma energica, questa pittura si fa del tutto naturalmente vettore, la fedele interprete, l’ambasciatrice, la silenziosa musicista oserei dire. Percorrendo dapprima il canale di tutti i nostri sensi messi in all’erta e successivamente stimolati a raggiungere meglio l’anima fin nei suoi più estremi recessi. Senza una parola.

3 G- simbolo dell'ouroborosOuroboros

Si potrebbe dire che qui può riconoscersi la linea della circonferenza del cerchio perfetto formato da un serpente che si arrotola su di sé fino a … mordersi la coda. Niente di più esatto! È così che, in silenzio, ogni bel dipinto deborda dalla cornice e noi pure passiamo in lui, nel riversare lo sguardo – e anche la ragione - ovunque e fin dove può correre la vista?

4 G-Calligrafia di Mohammad Heydari , miniatura di Alirezâ Barzkâr

Calligrafia di Mohammad Heydari (2002), miniatura di Alirezâ Barzkâr

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De la part de Philippe Courbon :

Chers Amis et Correspondants,

Notre ami Fabrice Nicolino a le journalisme de l’investigation, le discernement des valeurs, la lucidité cultivée de ceux que l’on ne trompe pas, la plume prompte à lancer les alertes et vivifier nos neurones, et un cœur à hauteur d’une humanité toujours saisie, d’où sa vive réactivité à protéger le vivant.

Permettez que je reproduise donc son appel présentant son dernier livre. Et pardon de le faire avec un peu de retard !

Merci pour l’attention bienveillante que vous prêterez à ce message qui est tout à fait amical et non professionnel.

Bien cordialement,

Philippe Courbon

www.cabinetidee.com

 

LE MESSAGE DE FABRICE NICOLINO présentant son dernier livre : CE QUI COMPTE VRAIMENT sur son blog Planète sans visa.

Je vais droit au but, car ceci est un appel. Je publie le 20 – ou le 22 – février un livre dont le titre est Ce qui compte vraiment (Les liens qui libèrent). Je vais essayer de vous mettre sa couverture en PDF, de manière que vous puissiez vous rendre compte. J’ai un besoin aussi évident qu’essentiel de votre aide, pour de multiples raisons. Ce livre sort en pleine campagne présidentielle, dont il se moque éperdument, et la plupart des journaux n’en ont, d’avance, rien à faire. Je ne vous demanderai jamais de me faire confiance a priori, mais vous pouvez, et je crois que vous devez faire circuler la nouvelle de sa parution.

J’ai ouvert ce blog il y aura dix ans cet été, et j’ai bien dû y écrire 1500 articles, ce qui n’est pas rien, je pense que vous le savez. Je l’ai fait bénévolement bien sûr, à la réserve près qu’il m’a régulièrement coûté des sous. Non seulement je ne me plains pas, mais je dois dire que je suis pleinement satisfait d’avoir apporté informations et jugements sur l’infernale crise écologique dans laquelle nous sommes tous plongés. Je ne crois pas que mes lecteurs ont été volés, et comme ils sont – vous êtes – des milliers, je m’avance et vous dis : donnez-moi un coup de main. C’est à votre portée, et si vous avez pris intérêt et plaisir à me retrouver ici ces dernières années – et ce n’est pas fini ! -, eh bien faites usage de ce que je pourrais appeler un contre-don. Recopiez  et diffusez ce petit mot, ou mieux encore écrivez-en un à votre manière, que vous enverrez à vos amis et connaissances. Je suis très certain que, de votre engagement, peut naître un succès d’édition.

Pourquoi ? Mais parce que ce livre est un contrepoint, et même un contre-pied à tous les discours politiques en cours. Lesquels ne parlent ni ne parleront de notre planète en déroute. À l’opposé de ce que j’écris généralement, ce livre n’est pas vraiment de dénonciation. Je l’ai voulu non optimiste, car c’était au-dessus de mes forces, mais en tout cas tourné vers un avenir possible pour tous. Ici, ailleurs, humains, animaux, plantes, mers et rivières. J’y passe en revue cinq questions à mes yeux décisives – le sort des campagnes en France; la restauration des écosystèmes dans le monde; la situation des mers et de la pêche; le si grand malheur des eaux vives; la cohabitation avec ces Autres si proches que sont les animaux.

À chaque fois, je prétends démontrer qu’il y a une voie, un espoir véritable, une faille dans le grand mur par laquelle nous pourrions nous faufiler. Ainsi que vous verrez peut-être, certains constats sont difficiles à contester. Et c’est bien pourquoi ce monde malade n’a aucunement l’intention d’en parler. Mais vous, mes amis, mes lecteurs, et même mes critiques ? Ne croyez-vous venu le temps de dire enfin ce que nous pensons ? Ce que nous voulons ? Ce que nous devons, envers et malgré toutes les forces de la destruction ?

Ce que vous pouvez faire peut vous sembler sans importance. Moi, je suis convaincu que j’ai besoin du moindre geste du dernier d’entre vous. Au fait, votre présence m’aide constamment à faire face. Car je crois que je fais face.

Fabrice NICOLINO

 https://fabrice-nicolino.com/

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