Nous nous rencontrons maintes et maintes fois sous mille déguisements sur les chemins de la vie.  Carl Gustav Jung

Carnaval au village 3

   2009, le jour même de l'AG de l'Association des Amis de Lucien Jacques à Montjustin, le joyeux et bruyant cortège du carnaval de Montjustin fait halte un moment devant la maison de Serge pour rendre ainsi hommage à celui qui en a tant peint, y mêlant talent, malices et trouvailles dans le souvenir fidèle à l'esprit de celui de Taninges - alors fameux dans sa jeunesse haute-savoyarde !

carnaval montjutin 2009Photo Michel Lambert.

Sorti sur le pas de la porte de sa cuisine pour savourer l'événement, Serge est alors, malgré son grand âge - 98 ans ! - tout à fait de plain-pied avec ce qui se passe. Je crois que c'est cette année-là, peut-être même encore celle d'après, qu'il alla quérir un masque de charbonnier à chapeau, grosses moustaches et rouflaquettes, qu'il avait dans ses tiroirs et qu'il parut ainsi méconnaissable à sa fenêtre pour y tenir un discours farfelu en diable qui, bien entendu, fit bien rire tout le monde !

Forme d'adieu joyeux et drôle qui resta dans les mémoires.

IMG_1322« Charlot se mêle au cortège, à la cohue, (mais il se peut que je mélange deux ou trois Carnaval ou que le petit bonhomme à la badine, aux grands croquenots, à la canne et à la moustache, au melon noir, passe d'une toile à l'autre, badin, badaud, se glissant inaperçu, parfois déguisé en autre que lui-même, en saltimbanque local ; Charlot, ou quelqu'un qui fait le Charlot). Il arrivait, dit Serge Fiorio, qu'à Taninges, dans une même journée de Carnaval, on change, pour tromper son monde, l'intriguer, faire durer le plaisir et la perplexité, jusqu'au moment de lever le masque, de tomber le masque, il arrivait qu'on change plusieurs fois de masque et d'accoutrement, triomphe de Protée. Mais n'est-ce pas ce que nous faisons chaque jour, dans notre vie quotidienne, voire dans la même heure, selon les rôles et les rencontres, les humeurs, les périls ? Notre vie est un théâtre, une comédie, dont nous sommes tous les figurants et tous les personnages, le décor. La mascarade, la fête des faux-semblants et des méprises, si l'on veut en saisir le sens, dit, comme Pascal, que l'homme n'est que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres. Et le premier trompeur de chacun est lui-même. Hélas ! mon cœur est tout un carnaval. »

Claude-Henri Rocquet dans Rêver avec Serge Fiorio, 2011.

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Charlot est toujours - plus ou moins discrètement - présent quelque part dans la foule des Carnavals : hommage du peintre à celui qui, toute sa vie, le fit tant rire.

 

Un lien vers : L'association L'Atelier Insolite