Après la guerre, habitant St-Paul-de-Vence où il tint longtemps une fort renommée boutique d'antiquités - remettant en état quantité de choses lui-même, de ses propres mains : « Je suis un norgeron » avait-il coutume de dire à ses visiteurs, debout devant sa petite enclume -, puis en dernier lieu Mougins où il s'était retiré avec Denise Perrier, son épouse artiste peintre, Norge vint chaque année ou presque à Montjustin pour y rejoindre son fils Jean Mogin et sa belle-fille Lucienne Desnoues qui, eux habitant Bruxelles, descendaient y passer tout leur congé d'été au soleil en compagnie de leurs deux enfants, Isabelle et Sylvie, séjournant dans la fruste mais ô combien poétique Pégasière spontanément offerte au cours d'un repas, puis aussitôt baptisée ainsi, début cinquante, par l'ami Lucien Jacques.

Norge par denis Perrier-Berche

Norge par Denise Perrier, huile sur bois, 58x48 cm. Années 45-50.

 Quand l'âge ne lui autorisa plus un si lointain déplacement en automobile, ce fut au tour de Jean et de Lucienne d'aller partager chaque été quelques heures de leurs vacances avec lui et Denise, au Mas Amadou.

Il est heureux que Jean Mogin ait écrit ces dix-neuf pages sur son père. Mais plus que dommage qu'il n'ait pas eu le temps d'aller plus avant dans son récit ; sans doute à cause de son travail très prenant de grand journaliste à la RTB (dont il devint directeur, pour finir directeur général de la radio) puis de la traître maladie qui, une fois à la retraite, l'empoigna soudain et le fit décéder bien trop tôt - quatre ans avant son père, le 7 avril 1986, à soixante-six ans.
Drame familial, et bien plus que cela, dont Le stupéfait, l'ultime recueil publié du vivant de Norge, en 1988 - deux ans avant son décès - porte le stigmate, la marque indélébile ; tandis que celui intitulé Dans l'éclair d'une truite, de Lucienne, en est totalement inspiré pour tenter d'en surmonter la profonde et douloureuse blessure, chez elle malgré tout à jamais restée à vif.

Maintenant, qui écrira une biographie de Norge ? Je me souviens qu'à ce propos Lucienne m'avait confié - avec de graves sous-entendus - que seuls Jean et elle savaient vraiment qui il était. Sans jamais plus m'en dire plus. Ce qui ne doit pas, en rien, décourager, il me semble.
Dans Habemus Fiorio ! je demandais déjà justement : « Qui écrira un Pour saluer Desnoues ? » Et puis je renchérissais de la sorte : « Mais le nec plus ultra ne serait-il pas - double, que dis-je, triple ! et alors très unique aussi en cela - que soit écrit et paraisse un Pour saluer les Mogin, dans lequel Norge trouverait, de droit, la place centrale qui lui revient entre sa bru Lucienne et son fils Jean ; parce que, entre nous, quel trio de choix ! et sans doute unique dans toute la poésie française ! »
Depuis, hélas, aucun, pas même le début du moindre écho à cela tandis que cependant, en contrepoids - je viens comme par hasard à l'instant de le lire : « Il n'est nul homme qui n'ait son heure et nulle chose sa place. » Il est donc bon, en ce cas, de penser plutôt en provençal : espéra n'y étant autre que le verbe attendre, mais coloré d'espoir.

NB : la publication d'Origines et enfance de Norge se fera ici en trois livraisons successives : deux de six pages, et une dernière de sept. Ce texte de Jean Mogin constituait un tiré à part d'un des bulletins de l'Académie Royale de Belgique que j'avais donné à C-H Rocquet parce qu'il voulait préparer un hommage collectif à Norge et n'avait jamais eu connaissance de ces pages. Puis C-H Rocquet est décédé lui aussi...avant d'avoir concrétisé pu son projet.
Mais j'ai tout récemment retrouvé fortuitement ce récit-témoignage par  Internet et voulu le publier ici avant qu'on en perde de nouveau la trace...

*

Norge et son fils Jean

Norge et son fils Jean Mogin.
Collection Sylvie Mogin.

*

 

Origines et enfance de Norge

N1

N2

N3

N4

N5

N6

*

Lucienne cite Norge.
Jean Mogin.

Une lettre de Jean Mogin.
De nouveau Jean Mogin.
La vie...gne de Jean Mogin.
Entre Lucienne Desnoues et Jean Mogin.
À propos de Jean Mogin.
De nouveau Lucienne Desnoues.(Pages extraites d'Habemus Fiorio !)