Ses paysages d'Arlequin.

Axel Toursky

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   Peint sur isorel, de grand format, ce vaste paysage panoramique de Haute-Provence est, à n'en pas douter, l'un des premiers que Serge ait peint à Montjustin. Il apparaît, en effet, sur une photo prise dans sa chambre-atelier du presbytère au mitan des années cinquante.
D'emblée l'on se rend compte que ce qui, avant tout autre chose, frappe ici sa sensibilité est une double révélation : celle, reçue à vol d'oiseau, d'un grand espace aérien ouvert de tous côtés conjointe à celle de l'étonnante plasticité du relief auxquels s'accorde le patchwork des champs en parcelles de couleurs sur lesquelles - s'appliquant, minutieux -, le peintre interprète en parfait musicien le jeu fort influent de la lumière. Le tout sous un ciel étrange conférant à cette œuvre la nature d'un songe.

La période ocre allant par elle-même bientôt passer le relais, se dissoudre et prendre fin, les couleurs, on le voit, se différencient déjà davantage, s'avivent aussi ; tandis que, petit à petit, les multiples scènes de travaux ou de fêtes cèderont de plus en plus souvent la place à des paysages, en même temps qu'entre ces divers genres de sujets s'opèreront également de fréquents et heureux mariages.

Paysage HubertPhoto Hubert Marcelly

Les motifs qui feront bientôt florès en bien des prochaines toiles commencent ici à montrer le bout de leur nez. Celui du village lointain, par exemple, de la ferme solitaire, isolée, voire à l'état de ruine, du bloc de rocher et des arbres, sont autant d'éléments de ponctuation efficaces. Sans parler des vivantes lignes des chemins et des haies dont la discrète et souple emprise sur quasi toute la surface du territoire, délimite, cerne et enclave plus délicatement que ne le fait le plomb d'un vitrail.

Heureux peintre qui, bien que de haute lignée, ne poursuit que par lui-même, avançant à vue, selon ses propres moyens du moment ajustés à ses propres découvertes. Dont l'art de peindre s'invente ainsi in situ, à mesure, au fil du ressenti devant tel sujet, solidaire d'un permanent besoin de peindre, lui, beaucoup plus intérieur ; l'artiste ne se souciant que d'y être et d'y rester fidèle. Illuminé d'instinct, mine de rien. Sans théorie préalable, aiguisant son métier à mesure qu'il peint.

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L'appel des artistes, créateurs et créatrices : http://www.nousnesommespasdupes.fr/

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La peinture Fiorio en ses périodes majeures.
Premiers paysages.
Première Neige. 1961.
La toute dernière toile de Serge.