Cézanne 2025. Zoom sur un autoportrait
Depuis le 28 juillet, Aix-en-Provence offre une plongée inédite dans l’univers intime de Paul Cézanne. Le Jas de Bouffan, demeure familiale du peintre et l’atelier des Lauves, tous deux rénovés, accueillent les visiteurs pour cette année Cézanne d’exception.
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C’est une grande date pour les amateurs d’art et de Provence : le 28 juillet, la ville d’Aix-en-Provence a inauguré Le Jas de Bouffan, splendide bastide du XVIIIe siècle où Paul Cézanne a vécu et peint. Restaurée avec soin, la maison familiale rouvre ses portes au public (et permet de voir la reconstitution de l'atelier sous les toits), tout comme l’atelier des Lauves, également rénové, pour permettre une rare immersion dans la vie de l’artiste.
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En parallèle, l’exposition Cézanne au Jas de Bouffan présentée au musée Granet jusqu’à l’automne dialogue avec ces lieux historiques. Reconstitution du salon principal, présentation d’œuvres retrouvées aux quatre coins du monde et documents rares témoignent de l’importance fondatrice de cette maison dans la construction du regard et du style cézannien.
Une exposition en trois volets, répartie entre le musée Granet, le Jas de Bouffan et l’atelier des Lauves, qui permet de marcher littéralement dans les pas de l’artiste. L’Année Cézanne 2025 se poursuit avec exigence et sensibilité, au plus près de la vérité de l’homme et du peintre.
Manon Mathieu
Zoom sur… un autoportrait
Constituant véritablement un thème à part entière, ce ne sont pas les autoportraits qui sont rares, loin de là, dans l'œuvre du maître d’Aix ; mais la frappante originalité, la force et la puissance de l’un d’entre ceux actuellement présentés à l'exposition Cézanne au Jas de Bouffan m'incite à en dire quelques mots au passage.
Voilà deux Cézanne en une seule et même toile, en quelque sorte : certes, il s'agit bien là de son propre portrait daté de 1883-84, mais tout autant, par métonymie, d'une bonne part de son si singulier art de peindre.
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Quoique représenté en buste sur une toile de 25x25 centimètres, Cézanne y est présent tout entier, extrêmement vivant mais dépouillé à mort, par contre, de tout décorum et repères sociaux puisque saisi de trois-quarts, comme à la dérobée par capture d'écran sur l'écran intérieur ; exprimant sans doute par là en son pur langage de peintre alors non plus à la fleur mais à la force de l'âge, qu'il ne faut pas trop s'attarder devant ce portrait peint à brûle-pourpoint afin de pouvoir également le voir, l'entendre, et donc l'apprécier, au-delà de son sujet en tant que furtive leçon de peinture en abyme : quelques vigoureux traits de caractère en phase avec de nombreuses touches de couleurs posées en à-plat s'y révélant ensemble magistralement efficaces, par exemple.
Portrait-parabole en lequel – la bouche enfouie sous le dru de la barbe, mais l'œil et l'oreille décidément en éveil – le futur auteur des Baigneuses puis des Grandes baigneuses affronte une fois de plus sa rude figure de faune aux subtils raffinements de son art.
André Lombard