Pierre Martel. Ce que j'ai envie de dire par Marc Jean
CE QUE J’AI ENVIE DE DIRE…
Pierre Martel était né en 1923, mon père en 1929. D’aussi loin que je m’en souvienne, je devais avoir 7 ou 8 ans, l’abbé Martel en soutane venait au garage de mon père à Forcalquier, parce qu’on y vendait des Citroën, et qu’il confiait l’entretien de sa 2 cv. Mais le plus souvent, il passait pour faire le plein. Ce ne sont bien évidemment pas là les seules raisons qui font qu’il me reste présent.
À l’époque, ce n’était pas comme maintenant ; mon père sortait de son bureau (et les frères Martel de Banon, entre autres, en faisaient autant), saluait son client, échangeait avec lui en même temps qu’il ôtait le bouchon du réservoir, mettait de l’essence – « Combien on en met ? » –, puis il revissait le bouchon, s’assurait de la propreté du pare-brise et conseillait souvent d’avancer le véhicule pour le contrôle de la pression des pneus et du niveau d’huile.
Après cela, le client entrait dans le bureau pour payer, et mon père inscrivait sur « la journalière » la quantité d’essence vendue, pour combien et à qui. Tout cela n’est pas spécialement passionnant, mais rend compte du contexte et témoigne combien, depuis, les choses ont changé… mais pas en bien pour ce qui est des relations humaines. Car en venant payer, il était bien rare que le client n’ait pas quelque chose à raconter et, dans le pays, chacun appréciait ce moment, que ce soit chez l’épicier, le quincaillier ou le garagiste.
Quand il m’arrivait d’être présent, j’écoutais, je « gobais » tout, comme on dit. Parmi les personnages qui racontaient des choses captivantes, je me souviens de monsieur Deflandre, un scientifique qui parlait des papillons, de monsieur Fehrenbach directeur de l’observatoire de Saint-Michel, de l’éditeur Robert Morel, de Bernard Coutaz, le créateur d’Harmonia Mundi, du docteur Paul Nalin, un ami d’enfance de mon père, et surtout, j’y reviens, de Pierre Martel.
Je l’entends encore dire, sitôt sa voiture arrêtée : « Alors, Claude, comment ça va ? » Cependant que mon père ne se permettait pas de l’appeler Pierre.
Il racontait ses dernières découvertes, qu’il s’agisse d’un gouffre, d’un site archéologique, d’un personnage original ou d’un lieu où trouver des fossiles. D’ailleurs je me rappelle qu’il offrit à mon père une mince pierre où était inclus un poisson. Et puis, il donnait souvent de petits livres d’Alpes de Lumière. Ils étaient si captivants, que mon père s’abonna, ce qui fait que nous possédons des numéros de 1956 en lesquels, soixante-dix ans plus tard, je me plonge toujours avec plaisir pour y butiner quelque chose que j’essaie de partager autour de moi par divers articles.
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Je dois un grand merci à Pierre Martel car c’est grâce à ses écrits que j’ai retrouvé « l’oncle Marius » dont parlait ma grand-mère maternelle. Marius Brémond fut un grand découvreur, (notamment d’outillage préhistorique), qu’il rencontra souvent, toujours avec plaisir, a-t-il écrit en 1964. Encore prêtre, il lui rendit hommage lors de ses funérailles à Mane.
Parmi les histoires entourant Pierre Martel la plus mémorable pour moi, s’est passée à Biabaux. Pierre y allait souvent ; un jour, il va pour traverser le Largue par le gué situé à proximité. Mais le Largue étant haut, il noie la 2 cv, s’en extrait et entend alors « le mouren », souffle puissant que dégage une masse d’eau lors d’une crue. Un orage violent avait dû survenir du côté de Banon… Alors, sans plus attendre, il saisit son neveu qui était encore dans la 2 cv et court avec lui vers la berge, juste à temps pour assister au spectacle d’une déferlante emportant la voiture !
Mon père alla la chercher, toute cabossée, et la stationna sous le grand platane de la cour du garage.
Évidemment les questions arrivèrent… la réponse étant : « C’est la 2 cv de l’abbé Martel ! ».
Plus tard, je devins un ami de Pierre Garcin, l’un de ses neveux ; aussi je ne manquai pas de lui demander si c’était lui qui était dans la 2 cv ce jour-là : « Non, c’était mon frère. »
Le temps passant, je partis faire mes études tandis que, tombé gravement malade, mon père mourut bien trop jeune. Et de fait, je ne vis plus que rarement l’abbé Martel qui, après avoir publié un livre magnifique, La Foi sauvage, fut défroqué puis se maria. Un jour, il donna une conférence à Forcalquier, aussi passionnante qu’émouvante, accompagnée de diapositives. Émouvante, car en racontant la construction d’un cabanon pointu dans laquelle il s’était lancé, il n’omit pas de parler de son échec qui aurait pu, d’ailleurs, être dramatique puisqu’une nuit, l’ouvrage en cours s’écroula. Il nous démontra ce jour-là, qu’en la matière, le savoir des anciens était bien supérieur à celui de jeunes architectes…
Pierre Martel n’est plus, son œuvre immense demeure, et j’ai fait mien ce qu’il disait souvent et que me rapporta il n’y pas si longtemps un ami, à savoir qu’on n’a pas le droit de conserver pour soi certaines choses. Dont acte.
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Quelques liens :
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