Canalblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Serge Fiorio - 1911-2011.
Publicité
Serge Fiorio - 1911-2011.
  • Actualités de l'œuvre et biographie du peintre Serge Fiorio par André Lombard et quelques autres rédactrices ou rédacteurs, amis de l'artiste ou passionnés de l'œuvre. Le tout pimenté de tribunes libres ou de billets d'humeur.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Serge Fiorio - 1911-2011.
Newsletter
45 abonnés
Publicité
Derniers commentaires
Visiteurs
Depuis la création 384 380
Publicité
24 août 2026

Pierre Martel. Ce que j'ai envie de dire par Marc Jean

CE QUE J’AI ENVIE DE DIRE…

   Pierre Martel était né en 1923, mon père en 1929. D’aussi loin que je m’en souvienne, je devais avoir 7 ou 8 ans, l’abbé Martel en soutane venait au garage de mon père à Forcalquier, parce qu’on y vendait des Citroën, et qu’il confiait l’entretien de sa 2 cv. Mais le plus souvent, il passait pour faire le plein. Ce ne sont bien évidemment pas là les seules raisons qui font qu’il me reste présent.

   À l’époque, ce n’était pas comme maintenant ; mon père sortait de son bureau (et les frères Martel de Banon, entre autres, en faisaient autant), saluait son client, échangeait avec lui en même temps qu’il ôtait le bouchon du réservoir, mettait de l’essence – « Combien on en met ? » –, puis il revissait le bouchon, s’assurait de la propreté du pare-brise et conseillait souvent d’avancer le véhicule pour le contrôle de la pression des pneus et du niveau d’huile.

   Après cela, le client entrait dans le bureau pour payer, et mon père inscrivait sur « la journalière » la quantité d’essence vendue, pour combien et à qui. Tout cela n’est pas spécialement passionnant, mais rend compte du contexte et témoigne combien, depuis, les choses ont changé… mais pas en bien pour ce qui est des relations humaines. Car en venant payer, il était bien rare que le client n’ait pas quelque chose à raconter et, dans le pays, chacun appréciait ce moment, que ce soit chez l’épicier, le quincaillier ou le garagiste.

   Quand il m’arrivait d’être présent, j’écoutais, je « gobais » tout, comme on dit. Parmi les personnages qui racontaient des choses captivantes, je me souviens de monsieur Deflandre, un scientifique qui parlait des papillons, de monsieur Fehrenbach directeur de l’observatoire de Saint-Michel, de l’éditeur Robert Morel, de Bernard Coutaz, le créateur d’Harmonia Mundi, du docteur Paul Nalin, un ami d’enfance de mon père, et surtout, j’y reviens, de Pierre Martel.

   Je l’entends encore dire, sitôt sa voiture arrêtée : « Alors, Claude, comment ça va ? » Cependant que mon père ne se permettait pas de l’appeler Pierre.
Il racontait ses dernières découvertes, qu’il s’agisse d’un gouffre, d’un site archéologique, d’un personnage original ou d’un lieu où trouver des fossiles. D’ailleurs je me rappelle qu’il offrit à mon père une mince pierre où était inclus un poisson. Et puis, il donnait souvent de petits livres d’Alpes de Lumière. Ils étaient si captivants, que mon père s’abonna, ce qui fait que nous possédons des numéros de 1956 en lesquels, soixante-dix ans plus tard, je me plonge toujours avec plaisir pour y butiner quelque chose que j’essaie de partager autour de moi par divers articles.

Je dois un grand merci à Pierre Martel car c’est grâce à ses écrits que j’ai retrouvé « l’oncle Marius » dont parlait ma grand-mère maternelle. Marius Brémond fut un grand découvreur, (notamment d’outillage préhistorique), qu’il rencontra souvent, toujours avec plaisir, a-t-il écrit en 1964. Encore prêtre, il lui rendit hommage lors de ses funérailles à Mane.

   Parmi les histoires entourant Pierre Martel la plus mémorable pour moi, s’est passée à Biabaux. Pierre y allait souvent ; un jour, il va pour traverser le Largue par le gué situé à proximité. Mais le Largue étant haut, il noie la 2 cv, s’en extrait et entend alors « le mouren », souffle puissant que dégage une masse d’eau lors d’une crue. Un orage violent avait dû survenir du côté de Banon… Alors, sans plus attendre, il saisit son neveu qui était encore dans la 2 cv et court avec lui vers la berge, juste à temps pour assister au spectacle d’une déferlante emportant la voiture !
Mon père alla la chercher, toute cabossée, et la stationna sous le grand platane de la cour du garage.

Évidemment les questions arrivèrent… la réponse étant : « C’est la 2 cv de l’abbé Martel ! ».

   Plus tard, je devins un ami de Pierre Garcin, l’un de ses neveux ; aussi je ne manquai pas de lui demander si c’était lui qui était dans la 2 cv ce jour-là : « Non, c’était mon frère. »

   Le temps passant, je partis faire mes études tandis que, tombé gravement malade, mon père mourut bien trop jeune. Et de fait, je ne vis plus que rarement l’abbé Martel qui, après avoir publié un livre magnifique, La Foi sauvage, fut défroqué puis se maria. Un jour, il donna une conférence à Forcalquier, aussi passionnante qu’émouvante, accompagnée de diapositives. Émouvante, car en racontant la construction d’un cabanon pointu dans laquelle il s’était lancé, il n’omit pas de parler de son échec qui aurait pu, d’ailleurs, être dramatique puisqu’une nuit, l’ouvrage en cours s’écroula. Il nous démontra ce jour-là, qu’en la matière, le savoir des anciens était bien supérieur à celui de jeunes architectes…

   Pierre Martel n’est plus, son œuvre immense demeure, et j’ai fait mien ce qu’il disait souvent et que me rapporta il n’y pas si longtemps un ami, à savoir qu’on n’a pas le droit de conserver pour soi certaines choses. Dont acte.

*

 

Quelques liens :

L'abbé Martel par Jean-Paul Clébert

À l'écoute de Pierre Martel 
Relire Pierre Martel
Le nid de mésanges par Pierre Martel

Pierre Martel et nous
Le signal par Pierre Martel
Pierre Martel et moi par Jean-Yves Royer

Pierre Martel par Jean-Yves Royer
Pierre Martel, une facette seulement
Pierre Martel, une lettre de 1947
Pierre Martel recadre Thyde Monnier sur la Haute-Provence à partir de l'affaire de Lurs
La haute figure de Pierre Martel
À propos de Pierre Martel par Dominique Fouilloy-Peyric
TOI
Pierre Martel. SOIF
Adieu pays !

Pierre Martel, une lettre de 1947
Le fondateur Pierre Martel

 

Publicité
Commentaires
L
De la part d'Elisabeth Juan-Mazel, arrière-petite nièce du peintre Eugène Martel.<br /> <br /> Bonjour André,<br /> Je voulais mettre un commentaire sur ton blog, au sujet de Pierre Martel qui était un cousin éloigné dont je me suis rapprochée grâce à la figure de notre parent commun : Eugène Martel.<br /> Mais je n'y parviens pas...<br /> C'est au Revest-du-Bion, devant la chapelle de Notre-Dame de l'Ortiguière, que j'ai fait sa connaissance, dans les années 1980. Je connaissais son existence mais ne l'avais encore jamais rencontré. Une véritable foule s'était formée autour de lui, les gens s'agglutinaient petit à petit, totalement captivés. Je n'ai jamais plus vécu pareille situation. Il avait un charisme invraisemblable. Sur le coup j'ai pensé à un prophète avant d'apprendre qui il était. C'était un être profondément christique. C'était de cet ordre...<br /> J'ai un deuxième souvenir marquant, en 1984, au prieuré de Salagon. Alors que j'arrivais, Pierre m'a spontanément associée à une visite privée organisée spécialement pour l'évêque de Digne, venu découvrir l'exposition sur les images pieuses. Ce n'était pas un vernissage officiel, nous étions en très petit comité autour de lui. Sous les voûtes, Pierre Martel a profité de la thématique pour aborder le problème de la manipulation des esprits par l'Eglise, au cours des siècles, notamment à travers le système des indulgences et l'exploitation de la peur. L'Evèque en a pris pour son grade tout au long de la visite. Il souriait pour faire bonne figure. Pour moi, voir cette contestation directe et documentée de l'autorité religieuse, c'était revivre ma jeunesse en 68...J'étais aux anges, d'autant plus que Pierre débordait d'humour.<br /> Je retrouvais aussi chez lui cette même recherche de la vérité brute qui traversait l'oeuvre de notre parent commun, Eugène Martel<br /> Dis-moi ce que tu en penses<br /> Bonne journée<br /> Amicalement<br /> Elisabeth
Répondre
L
Chère Elisabeth, à l'Ortiguière en 1980, j'y étais aussi et me souviens aussi de ce beau <br /> rassemblement !<br /> Quant à ton autre souvenir marquant, il est bien une confirmation du Pierre Martel que j'ai connu depuis mon enfance banonaise jusqu'à la dernière visite faite avec mes enfants chez lui à Oraison.<br /> Il manque terriblement.<br /> Je me rends compte que je n'ai pas répondu à ta question : sans l'avoir connu, mais d'après les dires de Serge, Eugène était encore plus rigoureusement exigeant moralement que Pierre, à tel point que cela touchait presque au pathologique. Ses lettres vont dans ce sens.<br /> Amitié,<br /> dd
Publicité