Le portrait d'une chaise en guise d'autoportrait
Pour dire sa haute solitude comme en même temps, et peut-être avant tout, sa très profonde humilité d'homme et d’artiste, Van Gogh choisit de peindre sa propre chaise, tout simplement ; sans aller chercher plus loin un quelqu’autre motif introspectif.
Il y fait même figurer sa pipe à côté de son prosaïque paquet de tabac ouvert, hirsute, posés bien en vue, contrastant avec la paille rousse et bien peignée du siège. Il est à remarquer aussi qu'à l'arrière-plan de gros et vigoureux oignons sont – signe d’une vie intérieure intense – en train de germer dare-dare à même la caisse de bois blanc sur laquelle il signe ici sa toile en noir par l’inscription, comme à son habitude, de son premier prénom. Cela comme au flanc d’une barque, d’un berceau, ou encore possiblement – le peintre en aurait-il alors, pas si sûr, vraiment pleine conscience ? – d’un tout petit cercueil : sa mère ayant en effet mis au monde, un an plus tôt, jour pour jour, avant sa naissance, Vincent Willem, enfant mort-né, le 30 mars 1852, dont il héritera les deux prénoms.
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Objet d’un choix pictural à ras bord plein de sens, la chaise de Vincent se trouve donc chargée de le représenter comme on dit « in absentia », tout en se révélant pourtant finalement autoportrait de toute première force, au même titre qu'en est un autre, très intime lui aussi, le fameux intérieur de sa modeste chambre d'Arles à l'édredon rouge écarlate pareil à « un cœur gros comme ça » posé sur son lit provençal.
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? » De toute évidence, pour Van Gogh la question ne s’est jamais posée.
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