Simiane sous la neige   C'était un jour à désespérer, un jour à aller se pendre. On baignait dans le noir tout entier quand — tous les éléments du puzzle étant en place de toute éternité — la lumière est apparue, souveraine, révélatrice !

Depuis la nuit des temps que nous sommes ici, c'est comme ça, il arrive toujours un moment où elle vient crier victoire aux façades et sur les toits de notre village ramassé sur son rocher dur et dense comme un poing fermé où elle aime se poser. 

   Cette petite toile des années 80 — un 4 F : 33x24 cm — est l'une des variantes du Simiane-la-Rotonde sous la neige qu'un Serge enthousiaste a peint plusieurs fois sous divers visages et dans des formats différents après qu'il l'eut découvert au petit matin sous une mince couche de neige et tout baigné d'une certaine lumière transfigurante : moment de grâce dont il garda toujours en son âme de peintre le souvenir fécond. 

La mise en page étant d'une efficacité rare ainsi que l'ajustement raffiné des rapports de couleur, l'art du peintre touche ici à son maximum. La composition, elle, est sans aucune faille ni faiblesse et fort complexe pour un si petit format. Encore une fois, voilà une œuvre qui aurait mérité d'être réalisée "en grand".

Nous sommes devant une apparition comme il s'en produit parfois dans le rêve, une poésie en quelque sorte, un morceau de pure musique, où le mystère régne en maître avec force sur les apparences.

 Parlant de la Haute-Provence, Serge évoque sa vision de Simiane : Cette contrée a le pouvoir d'être belle par tous les temps, grâce à sa luminosité et aux moments de sa lumière pendant lesquels tout, parfois, est exalté jusqu'à la transfiguration.

Elle n'est pas avare, non plus, de ces instants où les nuages et le soleil proposent des spectacles de magie extraordinaires. Un des plus forts, des plus capables de faire croire que l'on était transporté ailleurs, au fond d'un Orient, je l'ai vu et vécu un matin, à l'aube, découvrant tout à coup le village de Simiane-la-Rotonde. Il était plaqué contre un ciel charbonneux, une mince couche de neige au sol, un jet de lumière sur les constructions ; tout cela lui donnant par la couleur et le contraste, l'aspect d'un apparition venant d'un mirage ou d'un univers de légende. C'était beau à vous couper le souffle !

Cette vision forte et inoubliable, pleine de magie merveilleuse, je la porte en moi comme un don sans prix !

Extrait de Pour saluer Fiorio, à la page 214.

 

Autre version, de la même veine.   

Simiane (Grand)