Cette petite toile inondée de lumière a une histoire un peu à part : elle a été pour moi prémonitoire et, comme on va le voir, a beaucoup compté dans ma vie. Je m'explique : un beau jour, au tout début d'une visite dans son atelier, c'est un Serge tout heureux qui lâche tout de suite les pinceaux et me lance :

Tableau de St-Laurent 

Tu vas voir, cette fois j'ai une surprise pour toi !

Mais laquelle ?

Eh bien, tu vas choisir entre deux toiles, je t'offre celle de ton choix !

Il s'en va un instant dans la pièce d'à côté où il les avait soigneusement mis en réserve et en revient un tableau à chaque main.

Les voilà !  me dit-il en les installant côte-à-côte sur le petit divan qui lui servait habituellement de lieu de présentation de son travail aux visiteurs.

Sans hésiter un seul quart de seconde, je choisis ce Hameau en lieu et place d'une Neige beaucoup plus anonyme, si je puis écrire. Par la suite, je continuais de sentir entre cette toile et moi cette relation intense bien particulière qui me disait bien clairement que je ne m'étais décidément pas trompé dans mon choix — ce qu'on appelle un coup de cœur !  

N'ayant pas encore de chez moi, je logeais un peu à droite, un peu à gauche, chez mes parents, un peu à Aix, un peu à Manosque, ici et là, où le Hameau toujours me suivait fidèlement, comme une mascotte.

De l'eau passa sous les ponts, jusqu'à ce que je me décide à m'installer quelque part et d'y d'avoir enfin une maison à moi. Ce fut un ami maçon de Simiane-la-Rotonde qui, en un clin d'oeil, la trouva pour moi à Viens, hameau de St-Laurent : celui-là même— à peu de chose près quand on connaît le lieu — que la peinture de Serge me destinait en me le désignant muettement déjà huit ans plus tôt ! 

A l'approche de la mort, ce hameau fut aussi pour Serge, dans les toutes dernières semaines, son ultime lieu de vie.