Pour bien profiter de l'hiver, s'imprégner à fond de son vivifiant mystère tout autant que de sa poésie pure également féconde pour l'artiste, Serge aimait — aussi bien en Haute-Savoie qu'ensuite ici en Haute-Provence — partir se promener tout seul dans la nature enveloppé d'une chaude pèlerine et abrité d'un solide parapluie d'escouade.

Il parcourt ainsi le paysage " au pas de l'âne " par les sentiers et les petits chemins de campagne dans un grand silence impressionnant, tandis qu'il "en tombe", tout autour de son énigmatique silhouette, à gros flocons. Les bruits sont amortis, assourdis, le monde se concentre, semble-t-il. Dans ces conditions, en peintre-poète profondément présent et attentif au monde — pour lui, si peu abstrait ! — le temps de neige lui est haute nourriture, d'une beauté splendide, incandescente quand le ciel se découvre, thème de prédilection, sujet de choix dans sa peinture.

NEIGES

"Bien des repères étant abolis, du coup, le temps, la durée, ne signifient alors plus grand chose tandis que le moindre oiseau — peut-être à peine gros comme une noix — qui "vrrrttt !" s'envole soudain effarouché à votre approche, faisant à sa suite crouler la neige, tout le long, de dessus la branche où il était posté en observation, crée un évènement en cascade, un présent formidable à vivre, tout à fait neuf, très sain. Chaque détail vu ou entrevu prend une grande importance visuelle tout en livrant en même temps une charge d'évocation peu commune. Chaque couleur peut être perçue à sa valeur juste et exacte. La neige purifie le regard et les sensations au cœur d'une réalité devenue magique. Malgré son opacité, le ciel paraît très profond : les flocons si nombreux, innombrables, semblent venir de si haut, de si loin, que le regard, y entraînant l'esprit, s'y perd volontiers d'abondance.

Je ne suis jamais revenu une seule fois déçu, ni bredouille, de ces belles virées en solitaire mais, au contraire, rassasié d'images, précieuses semences pour continuer à rêver les yeux ouverts, jusque dans ma peinture."