Le 12 mai 1947.
Il est toujours difficile et, pour tout dire, impossible, de saisir un artiste dans son entière vérité. Mais par des certitudes de faits, des témoignages, tout autant que par les images de légende qui apparaissent immanquablement, forcément, sur le tapis que le temps déroule sous les pieds d'un tel personnage, nous pouvons l'approcher, mieux le connaître et l'imaginer.
Le 12 mai 1947, portant, entre autres, une cage contenant une couvée de poussins et souffrant d'une entorse au pied, Serge descend du car à l'entrée du caillouteux chemin de Montjustin.
En montant vers ce village qu'il aperçoit, haut perché sur sa colline, encore totalement inconnu de lui, il oubliera l'entorse, exalté à mesure de son ascension par la découverte progressive du paysage environnant et le fort pressentiment de l'aventure qui l'y attendait.
Il sentait intimément la partie enfin gagnée puisque trouvant là, de toute évidence, son pays rêvé, et sa lumière. Il entre dans un paradis terrestre où, à ses yeux, « le soleil n'est pas ici l'astre cruel qui dévore Vincent ».
De ce mémorable 12 mai 47 — pensez donc : « Le ciel, ce jour-là, était de cristal et les cerises bien mûres ! » — au 1er novembre 1947 — cinq mois bien tassés — il logera chez Lucien Jacques avant d'habiter pendant un an « La maison rose » — un ancien rendez-vous de chasse — et d'investir ensuite, au printemps 48 — la tribu Fiorio étant alors au complet — le presbytère délabré au sommet du village.
Photo x, droits réservés.
C'est l'entrée de l'Eglise Notre-Dame des Neiges — dont le toit, lui, est effondré — qui, comme on le voit, leur sert alors de remise. « Il fallait du courage et de l'entêtement, mais nous avions les deux ! » ; ils accompagnent leur volontaire enracinement en Haute-Provence en puisant en toutes circonstances, bonnes ou mauvaises, dans leur inépuisable réservoir de chansons piémontaises.
Un dimanche par mois, le dimanche matin, la maman Fiorio partage sa cuisine avec l'abbé Clarion venant de Reillanne, le village voisin, pour y célébrer la messe pour deux ou trois paroissiennes venues des fermes d'alentour. Pendant ce temps, de l'autre côté du mince rideau qui a été tiré pour partager l'espace, Maria, elle, tourne imperturbablement sa polenta avec un gros bâton, tout en faisant les répons.
Après quoi, tout le monde est réuni et converse amicalement autour d'un café odorant, fait de frais. Riches heures que celles-là !
Traduction d'Agostino.
È sempre difficile e, per dirla fino in fondo, impossibile cogliere un artista nella sua vera dimensione. Ma possiamo avvicinarlo, conoscerlo meglio e immaginarlo per via di alcune circostanze, di testimonianze, come pure per le immagini leggendarie che appaiono immancabilmente, inevitabilmente, sul tappeto che il tempo srotola sotto i piedi di un certo personaggio.
È il 12 maggio 1947 quando Serge scende dalla macchina all’imbocco del sentiero accidentato che porta a Montjustin recando, tra le altre cose, una gabbia contenente una nidiata di pulcini e una storta al piede. Salendo verso il villaggio, che vede appollaiato sulla collina a lui ancora totalmente sconosciuto, l’eccitazione lo coglie sempre più man mano l’ascesa va svelandogli gradualmente il paesaggio circostante e - dimenticando ormai la storta, si fa forte il presentimento dell’avventura che lo attende. Sente intimamente di aver raggiunto la meta poiché lì trova, in tutta la sua evidenza, quel paese a lungo cercato, quella luce a lungo inseguita. Entra in un paradiso terrestre dove, ai suoi occhi, « il sole non è quell’astro crudele che divora Vincent ». Da quel memorabile 12 maggio 1947 (pensate allora : « Quel giorno il cielo era di cristallo e le ciliegie mature ! ») al 1 novembre 1947 (cinque mesi belli intensi) alloggerà da Lucien Jacques prima di abitare per un anno « La casa rosa » (un vecchio padiglione di caccia) e successivamente occupare, nella primavera del 1948 (la tribù Fiorio era allora al completo), il fatiscente presbiterio in cima al villaggio.
La foto mostra l’entrata della Chiesa di Notre Dame des Neiges (il cui tetto ha ceduto) che serve, come si può notare, da rimessa. « C’era bisogno di coraggio e di ostinazione e noi li avevamo entrambi ! » ; i Fiorio attingono in ogni circostanza, sia essa buona o cattiva, all’inesauribile riserva di canzoni piemontesi che accompagnano il loro volontario radicamento in Alta Provenza.
Una domenica al mese, al mattino, mamma Fiorio condivide la sua cucina con don Clarion che giunge dal vicino villaggio di Reillanne per celebrare la messa per le due o tre parrocchiane giunte dalle fattorie dei dintorni. Durante la celebrazione, dall’altra parte della sottile tenda che è stata tirata per dividere lo spazio, Maria continua imperturbabile a girare la polenta con un grosso bastone ma sempre attenta al servizio e ai responsi.
A fine funzione ci si trova tutti riuniti in amichevole conversazione attorno ad un bel caffè appena fatto. Momenti veramente indimenticabili !
