Lei Manja-agaça de Montjustin
Qui se souvient de nos jours à Montjustin que ses habitants étaient, il n’y a pourtant de cela encore pas si longtemps, traités sans façon de Manja-agaça ? C'est-à-dire de mangeurs de pie, en langue provençale.
Pour becter des pies ne faut-il pas, n'est-ce pas, n'avoir vraiment pas grand-chose d’autre à se fourrer au fond du gosier ? Montjustin était-il donc si particulièrement pauvre et déshérité ?
Certes, il n’est en rien valorisant ce surnom de Manja-agaça qui renvoie donc plutôt au genre mort de faim ! Mais cela n'est-il pas dans la nature même des surnoms qui furent armes psychologiques de pointe lors des fréquentes querelles intestines entre villageois d'un autre temps, pour ne pas dire, déjà, d’un autre monde ?
Quoi qu’il en soit, en le cas de Montjustin, pourquoi celui-là tout spécialement ? On ne peut qu'émettre des hypothèses, en pensant aux conséquences des diverses guerres notamment, mais pas que.
Son symbolisme ambivalent et sa réputation (grosso modo à la fois oiseau de malheur et porteur de bonnes nouvelles) font pour le moins de la pie, ça c'est sûr, un drôle d’oiseau, « un oiseau rare » comme on dit ; alors que sur le plan de la réalité elle ne l'était pas dans les Basses-Alpes puisque pendant longtemps, et cela jusque fin des années 60 par là, ses pattes et celles de ses petits y étaient encore couramment mises à prix presque aussi haut sur le barème que la queue du renard.
Les Montjustiniens tuaient-ils donc, qui sait, beaucoup plus de pies que n’en tuaient tous les autres villageois d’alentour réunis ? Améliorant peut-être ainsi leur ordinaire grâce aux éventuels avantageux revenus d’appoint provenant de ce commerce sui generis en le cas pourquoi pas à la base d’une certaine méprisante jalousie de voisinage finalement exprimée via la vengeresse création d’un surnom…
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Dès leur installation au village en 1948, les Fiorio eurent plusieurs pies évoluant, d’entrée fort familières, dans leur entourage immédiat. L'une, très bling-bling à sa façon, avait la spécialité bien connue de chiper puis de s'envoler droit devant avec, par exemple (à défaut de bijoux en or et de pierres précieuses !), le gros crayon charpentier ou le mètre pliant en métal argenté d’Aldo-le-maçon bien en travers du bec !
Une autre descendait, toujours vive et fulminante comme l'éclair, depuis le haut du village pour très directement venir se poser sur l’appui de fenêtre et puis frapper du bec aux vitres de l'atelier de Serge, l’artiste peintre. Celui-ci prenant alors bien garde de lui ouvrir, se procurant ainsi à chaque fois le grand plaisir de pouvoir assister d’on ne peut plus près à son exaspération, s’amusant même à en faire monter encore un peu le degré de comique en lui mimant pour sa part de ne rien de rien comprendre à ce qu’elle lui voulait !
Frappant à son tour au carreau d’une fenêtre voisine, il parvenait facilement à l’y faire se déplacer aussitôt !
Scènes cocasses au plus haut point avec effet garanti sur la rate de qui, parfois, en était témoin.
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Serge a représenté « cet oiseau en costume » qu'il aimait sur plusieurs de ses toiles de ces décennies-là ; cela jusqu'à justement se faire lui-même un beau jour chaleureusement surnommer en retour « lo pinta-agaça de Montjustin » par les gens du cru !