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Serge Fiorio - 1911-2011.
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Serge Fiorio - 1911-2011.
  • Actualités de l'œuvre et biographie du peintre Serge Fiorio par André Lombard et quelques autres rédactrices ou rédacteurs, amis de l'artiste ou passionnés de l'œuvre. Le tout pimenté de tribunes libres ou de billets d'humeur.
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Serge Fiorio - 1911-2011.
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23 juillet 2026

Procession au village

   Ce surprenant Fiorio diantre, une Jeanne d'Arc ! est intitulé au dos de la photo et de sa propre main, Procession au village. L'histoire de cette gouache veut, en effet, que ce soit là, mais selon Serge lui-même, la transposition en son art d’une scène de procession ayant eu lieu en l'honneur de la sainte pour sa fête du deuxième dimanche de mai, dans un petit village des environs de Bourgoin. Cela datant de la courte période de mobilisation du peintre dans l'armée française ; vers sa fin, selon la datation précise de l'œuvre : 2.4.40.
Dans cet épisode très particulier de sa vie, Serge peignait alors, bien que militaire, dans un atelier providentiellement prêté par un couple d'admirateurs de sa peinture rencontré sur place dans cette ville de l'Isère où se trouvait son casernement. « Comme par hasard, dans le Génie ! » précisait-il volontiers avec malice.
Il y réalisa d'autres œuvres, également à la gouache, notamment un simplissime mais superbe Portrait de Ferblantine qu'il n’évoque pourtant qu’à peine dans une lettre, des dessins au crayon aussi, ainsi qu’une série d’admirables lavis à l'encre de Chine que j’ai encore pu apprécier de visu chez sa sœur à qui il les avait offerts.

   Finement dessinée, jusque dans le détail, peinte avec minutie, la procession est saisie au passage, sur un chemin en pleine campagne ; Jeanne en étant, comme de bien entendu, le personnage central, l'héroïne juchée à sa juste place sur son destrier du moment un simple cheval de trait ayant bien évidemment fait parfaitement l'affaire , la bride d'une main, l'étendard de l'autre.

   En la dépouillant de ces trois attributs distinctifs que sont ici le casque, l'étendard fleurdelisé, et sa cape blanche d’apparat , l'isolant de son escorte, ne nous trouverions-nous pas tout simplement là en présence d'une simple et solide jeune paysanne se rendant tranquillement à la foire voisine par quelque chemin de traverse ? Ne resterait alors du légendaire personnage plus que le mince indice de sa coupe de cheveux, forcément à la Jeanne ce jour-là ! Le prénom même de la jeune villageoise ayant tout d’abord peut-être bien suffi pour directement la désigner et l’élire, on peut l’imaginer, pour incarner le personnage vedette de ce jour de fête traditionnelle, s’il en est.

   Le peintre, lui, s’est représenté en simple spectateur sous les traits du jeune homme qui lui ressemble, assis au premier plan, immobile, curieux et observateur, tout au spectacle du défilé de Jeanne et de son cortège. Façon de nous dire que, bien que peinte, cette scène n'est pas pure invention de sa part, mais tout au contraire une reconstitution fidèle de ce qu'il a vu, de ses yeux vu, qu'il y était bien présent comme on l’y voit et pouvons le reconnaître en peinture. Seule la fille incarnant Jeanne et ses deux sortes de pages, fille et garçon, sont déguisés. L'homme à gauche et la femme à droite ne le sont point, non plus en tenue de tous les jours cependant, mais bien entendu en habits « du dimanche ».

   Puisque intitulée Procession au village, on peut imaginer la foule nombreuse des villageois formant cortège et faisant suite à ce que nous donne à en voir le peintre. Peinture qui n'en constitue qu'une sorte de photographie, tel un arrêt sur image sur le cheminement en direction du prochain village que l'on distingue se découpant à l'horizon, rassemblé autour de son clocher à quatre pans surmonté d'une croix.

   C'est Joseph Delteil qui se serait régalé à cette Jeanne d'Arc de Serge ! Lui qui, en verve, conçut la sienne (en 1925) dans le même genre d’esprit, en poète : capable bien sûr de passer les anglais au fil de l'épée, mais, aussi bien, d'arracher par exemple les patates qui sont pourtant encore loin d’apparaître sur les tables du royaume de France !
Avec ce très étonnant chef-d'œuvre littéraire, il scandalisa tout aussi bien et tout autant les catholiques bon teint qu’André Breton lui-même, le pape du surréalisme, qui l’excommunia avec pertes et fracas via une lettre empoisonnée dont Delteil disait qu’il valait mieux l’avoir reçue que l’avoir écrite…

   Quand il vint à Montjustin au bras de Robert Morel, Serge lui a-t-il au moins montré cette photo retrouvée un peu par hasard avant-hier dans le foisonnement de ses riches archives personnelles ?
Car en le cas, photo de famille : famille d'esprit ! dirons-nous.
 

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