Martel...la porte du mistral
Une chose – ce n’est d’ailleurs pas la seule (et Gide lui-même n’avait-il pas déclaré : « Eugène Martel me reste un mystère ? ») – demeure à mes yeux assez étrange de la part du « peintre du Revest ».
Certes ne m'est-elle pas complètement inexplicable, mais me laisse toutefois devant, sinon un vide, du moins un suspend – en vérité assez sonore au demeurant – dans la biographie de Martel à un moment crucial et charnière de sa vie d’homme et d’artiste.
La raison particulière en est peut-être que pour ma part je n’ai, en effet, jamais lu une seule ligne de sa main évoquant, de près ou de loin, le prestigieux atelier parisien où, six années durant, de 1892 à 1898, il y fréquenta entre autres – outre Gustave Moreau, le maître des lieux – de futurs grands peintres comme Matisse, Rouault, et son propre cher ami Bussy, pour n’en citer que trois en exemple.
Que je sache, Martel n’en laisse donc pour moi rien transpirer dans ses pourtant innombrables lettres-fleuves à ses amis et à ses proches – mais il est vrai que je n’ai pas eu accès à toutes, loin de là ! Et que je n’ai, non plus, par ailleurs jamais eu vent qu’il ait évoqué auprès de ses familiers ou autres son séjour parisien ; sinon oralement, une fois rapatrié au Revest, mais de façon furtive et lapidaire, dans le genre : « Je languissais d’un buisson » ou encore, alors quand même plus explicite et significatif concernant précisément son sacerdoce : « J’essaie de retrouver l’authenticité de mes œuvres de jeunesse. »
Rétrospectivement, ce quasi mutisme qu’exprime-t-il donc en creux, en abyme ? Une forme de réaction de défense ? À n'en pas douter bien plus que cela : au contraire, un volontaire et offensif point de rupture avec une rébarbative soumission à l’apprentissage dirigé, à l’École, en même temps qu'à la vie parisienne vite devenus incompatibles avec un certain instinct de survie.
Et le voilà donc qui, à 29 ans à peine, déboule soudain tel matin sous le ciel du Revest pour y vivre et y peindre désormais parmi les siens tout le reste de son âge !
/image%2F0405486%2F20250626%2Fob_37ce62_la-porte-du-mistral-1928.jpg)
Pour mémoire : véritable rayon de miel haut-provençal, l’une de ses rares peintures de paysage s’intitulera justement La porte du mistral.
Et elle est grande ouverte !