À la mémoire d'Aldo.

   Si la peinture de Serge Fiorio est présente aujourd'hui un peu partout dans le monde, avec une évidente concentration dans le sud-est de la France, la vie du peintre, elle, est moins connue, pour ne pas dire pas du tout.

Nous nous contenterons ici, pour ne pas peser sur le silence indispensable à la contemplation des œuvres, de le regarder vivre et peindre un peu à chacune des étapes de sa vie ; si elles sont variées, toujours reliées entre elles par la peinture, l'unité néanmoins s'en dégage.
On se rend dès lors mieux compte du sens de ce chemin haut en couleur, très volontairement suivi avec fidélité, impeccablement pavé de travail et de générosité.

Palette Serge Photo X DR

Voici un peintre au nom de fleur, voici une âme !
Pas si courants en vérité sont ceux pour lesquels ce mot vient sur les lèvres : Giotto, Vincent Van Gogh, quelques centaines peut-être dans toute l'histoire de l'art. On me dira que j'exagère parce qu'on n'a pas le recul nécessaire du temps et parce que - de plus, et surtout - je suis proche de lui.
Il n'empêche que nombreux sont celles et ceux qui, bien avant moi, ont fait la découverte, surpris et ravis, de cette source de bonheur rare, généreuse et exigeante, qu'est une toile de Serge Fiorio. Ils s'en sont nourris jusqu'au plus profond de leur être et cette grâce a rejailli à son tour, créant autour de l'homme et de son œuvre un rayonnement puissant qui n'a jamais cessé de croître.
Mais là une remarque s'impose : d'ordinaire, en tout cas de nos jours, c'est un ou plusieurs marchands qui " font " un peintre à grands coups de cymbales et de roulements de tambour, comme pratiquaient autrefois les arracheurs de dents...
Ce n'est pas le cas, c'est au contraire grâce à son travail silencieux que, de bouche à oreille, ses premiers clients ont pu, eux, "vendre la mèche".

« La peinture est un artisanat » dit-il. C'est donc tout naturellement comme le bon artisan qui se respecte et respecte son travail que Serge Fiorio produit peu.
Un jour qu'il s'appliquait à couvrir du pinceau, tuile par tuile, la toiture de l'une de ses maisons, je l'entendis lancer soudain, en forme de boutade : « Fiorio , ce n'est pas comme ça que tu pourras vendre cent toiles par an ! » Disant apparemment cela à l'encontre de lui-même, il évoquait en fait les pièges gigognes dans lesquels, nombreux, disparaissent engloutis de bien réels talents. C'est, en ce qui le concerne, qu'il est resté et demeure plus que jamais fidèle, non pas à une production maxima, ou à des exigences de marchands, mais à son rythme propre, épanouissant son expression ou exprimant son épanouissement, c'est comme on voudra !

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Dernière page d'Itinéraire. (Dans l'album de 1992.)