Jacky Michel de l'Association des Amis de Lucien Jacques me communique, ce dont je le remercie ici vivement, copie d'une lettre extraite de la correspondance de Lucien Jacques.

Paris 19 janvier 1954

Mon cher Lucien,

D’abord reçois mes vœux pour 1954, santé et tout et tout.  

J’ai été très intéressé par l’exposition de Serge Fiorio ; merci de m’en avoir fait part. Je souhaite qu’il ait récolté tous les succès et avantages qu’il mérite. Sois mon interprète auprès de lui pour le féliciter ; à mon avis son art a de grandes qualités et est très personnel ; j’aime la délicatesse des teintes et d’exécution. Le portrait de son père a ravivé le souvenir épatant de cette bonne veillée devant l’âtre, en écoutant les vieilles chansons françaises et italiennes, dans cette atmosphère familiale subtile et sincère. À cette exposition, j’ai eu le plaisir de rencontrer la dame du Maire de Reillanne, personne très sympathique qui te porte beaucoup d’intérêt. Sois gentil en lui présentant mon excellent souvenir.

Mon neveu Robert et sa femme ont fait en novembre un voyage dans le midi ; il n’a pas osé te faire sa visite, craignant de te déranger. J’ai été prévenu seulement la veille de ce voyage et n’ai pu lui remettre le masque-fontaine que j’ai réalisé depuis longtemps. Je te l’adresse par ce même courrier en colis postal, j’espérais toujours te voir.

Sais-tu par un Bouvet qu’à la Borne j’ai changé de maison. Cela est récent ; j’ai passé mon dernier séjour à la corvée. Je ne suis pas encore habitué mais les quelques tableaux y sont mieux présentés, en particulier ta nature morte.

À Paris, j’ai entrepris un peu de travail, mais je muse beaucoup et ne pourrai y retourner que vers mars. À la Borne j’ai perdu un peu l’enthousiasme parce que mon cousin est fatigué et pas aidé, il ne fait qu’une fournée par an et me laisse des pièces pour la prochaine.

Je sais que tu fais de la tapisserie ; je te souhaite une aussi bonne réalisation que celle du berger que je connais.

En te renouvelant mes vœux, je t’embrasse affectueusement.

                          Lucien Cholley

 

Dessin Reillanne

 La « dame du maire de Reillanne » à qui il est fait allusion me semble devoir être Fernande Anglès qui tenait une galerie importante à Paris et fut mécène du peintre turc Fikret MOUALLA - (1903-1967) qu'elle installa finalement, en 1962, dans l'une de ses maisons de Reillanne, lui achetant sa production. Il mourut à l'hôpital de Manosque. Je ne pense pas que Serge ait cependant beaucoup frayé avec cet artiste ni apprécié, non plus, son travail, car il en parla peu, pas souvent, n'en disant pas grand chose.

Quant à l'auteur de cette lettre, il reste pour moi le plus parfait inconnu. N'empêche, visiblement proche de Lucien Jacques et rendant compte de son appréciation de l'exposition Fiorio de 1953 (?) - mais où donc, car entre l'exposition de 1942 à Cannes chez Serguy et celle au Cabaret de l'Écluse à Paris en 1956, je n'ai pas connaissance d'autres expositions Fiorio. Fernande Anglès en aurait-elle organisé une à Paris en sa galerie ? - ce monsieur paraît être doué d'un regard attentif à la peinture. En tout cas, Le portrait de mon père (peint en 1936 à Taninges) lui procure le plaisir du souvenir d'heures chaleureuses passées au cours d'une veillée chez les Fiorio à Montjustin.

Tout cela rappelle combien, dans les années 50-70 surtout, Reillanne fut un centre artistique des plus vivants dont il vaudrait assurément la peine de reconstituer la chronique riche de bien des talents en même temps que l'ambiance savoureuse.

La suite dans : Une lettre de Lucien Cholley II du 10. 02.2017.

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Souscription pour le coffret Cadou-Forcioli-Bach

 Philippe Forcioli