Cet article se rapporte plus précisément à l'histoire de la toile qui a été la semence pour le billet d'hier (sergefiorio.canalblog.com/archives/2016/05/25). Puisant dans ses souvenirs, Daniel Jacobi nous apporte aujourd'hui quelques éléments supplémentaires étonnants dont je le remercie ici très vivement. A.L

 

    Je pense que nous sommes retournés à Montjustin peu après notre retour en Provence.  

(J’ai été nommé professeur à l’université d’Avignon le premier septembre 1998). Francine me dit que c’était au printemps 2000 (ou 2001 ?). Nous n’étions plus venus sur place depuis longtemps. Je pense depuis l’enterrement de Paul Geniet, l’ami de la famille Jacobi depuis toujours.

Serge était là et nous accueillit avec un grand sourire. Nous lui avons fait part de notre vif désir de lui acheter un tableau. « Tu sais Daniel, nous dit-il, il est devenu très difficile pour moi de peindre tant ma main tremble ». Et à son chevalet, il nous montra comment il parvenait à arrêter momentanément son tremblement.

Mais quel tableau veux-tu ?

Je réponds : Ceux que j’aime par-dessus tout sont ceux dans lesquels on voit des personnages…  

- Ah, alors pour moi c’est plus compliqué; je m’en sors mieux avec les arbres et les paysages… et je ne peins que très très peu de tableaux…Voici ce que je vous propose : je rachète systématiquement tous les Serge Fiorio qui sont à la vente en France. Dès que j’en trouve un, il sera pour vous.

Serge nous a écrit en novembre 2001. Il n’avait pas racheté un Fiorio mais peint un nouveau tableau. Pour nous. Le tableau nous attendait, déjà encadré.

Fiorio Daniel JacobiEt on y voit plusieurs personnages comme rajoutés pour satisfaire notre demande. Le berger conduit un troupeau de moutons. Mais le troupeau est caché dans un chemin creux, ce qui fait qu’on ne voit que leurs dos. Le berger est vu de loin ce qui a autorisé Serge à le styliser comme une silhouette à peine esquissée. Il va croiser un autre homme qui est, lui, caché en partie par le tronc d’un arbre.

Serge, clin d’œil à une histoire ancienne, a peint en bas et à droite une grande tache rouge, juste au dessus de sa signature. Il y a longtemps, alors qu’il me ramenait avec sa 2 CV vers Cavaillon, traversant Apt et arrêté à un feu tricolore, il me dit :

- Daniel aide-moi, dis-moi quand on peut repartir, je ne vois pas les feux rouges.

Un peu étonné, je lui dis :

- Mais alors pourquoi peins-tu en rouge l’extrémité des rameaux des arbres dans les paysages enneigés ?

- En tout cas moi je ne les vois pas de couleur rouge fut sa seule réponse…

 

Détail tableau Gibert Scan;

Détail de la Neige intitulée Les Giberts (reproduite page 128 du Serge Fiorio des éditions Le Poivre d'Âne, Manosque, 1992.

Nous sommes repartis de Montjustin avec notre tableau et en sus une petite lithographie (de la série des illustrations Giono. Affichées au bas du mur de l’atelier plusieurs d’entre elles, elles aussi encadrées, permettaient de choisir celle que l’on voulait)…

Au dos de cette lithographie (je l’ai décrochée pour l’occasion), Serge nous a écrit une  émouvante dédicace :

À Daniel et Francine,

venus ici avec tant de plaisir

réveillant en nous tant de souvenirs,

et de « temps passé » -

Mes amitiés à toute

la tribu Jacobi -

Et peut être un jour,

un par un, on se reverra

tous.

Serge Fiorio

 C’était le 7 novembre 2001.

 

TRADUZIONE a cura di Agostino Forte :

Da parte di Daniel Jacobi a complemento d'informazione.

   Questo articolo si ricollega alla storia della tela che è stata all’origine del biglietto di ieri (sergefiorio.canalblog.com/archives/2016/05/25). Pescando nei suoi ricordi, Daniel Jacobi ci consegna oggi alcuni singolari elementi supplementari di cui lo ringrazio vivamente. A.L.

Siamo ritornati a Montjustin poco dopo il nostro rientro in Provenza. Francine mi dice che era la primavera 2000 (o forse 2001?). Ero stato nominato professore all’università di Avignone il primo settembre 1998. Non vi eravamo più venuti da molto tempo, credo dal funerale di Paul Geniet, l’amico di famiglia di lunga data. Serge era a casa e ci accolse con un gran sorriso. Lo mettemmo al corrente del nostro vivo desiderio di comprargli un quadro. « Eh, Daniel, ci disse, per me è oramai diventato molto difficile dipingere dal tanto che la mia mano trema ». Avvicinandosi al cavalletto ci mostrò come riusciva a fermare temporaneamente il suo tremito.

- Ma che quadro vuoi?

Rispondo: mi piacciono più quelli in cui si vedono dei personaggi …

- Ah, allora mi diventa più complicato; riesco meglio con alberi e paesaggi … e poi dipingo sempre meno … vi faccio questa proposta: raccolgo sistematicamente tutti i Serge Fiorio che sono in vendita in Francia. Appena ne trovo uno, sarà per voi.

Serge ci scrive nel novembre 2001. Non aveva trovato un Fiorio ma ne aveva dipinto uno nuovo. Per noi. Il quadro ci aspettava già incorniciato.

Fiorio Daniel JacobiI personaggi che vi si vedono paiono essere stati aggiunti per soddisfare la nostra richiesta. Il pastore guida un gregge di pecore delle quali, trovandosi in un avvallamento, non si vedono che le schiene; inoltre è visto da lontano dando modo a Serge di doverlo solo stilizzare come un contorno appena abbozzato. Eccolo che sta per incrociare un altro uomo che è seminascosto dal tronco di un albero.

In basso a destra Serge ha lasciato una gran macchia rossa proprio sopra la firma e questo ricorda una vecchia storia. Una volta che si stava attraversando Apt, mentre mi portava con la sua 2 CV verso Cavaillon, e si era fermi a un semaforo, mi disse:

- Daniel aiutami, dimmi quando si può ripartire, non vedo il rosso.

Stupito gli dissi:

- Ma allora perché dipingi di rosso l’estremità dei rami degli alberi nei paesaggi innevati?

- Senti, è che non riesco a vedere il colore rosso fu la sua sola risposta …

Détail tableau Gibert Scan;

Siamo ripartiti da Montjustin con il nostro quadro e in più una piccolo litografia (di una serie di illustrazioni per opere di Giono. Incorniciate e appese alla parte bassa del muro dello studio, permettevano di trascegliere quella che si voleva) …

Sul retro di questa litografia (che ho giusto staccata dal muro) Serge ci aveva fatto una dedica toccante:

 

A Daniel e Francine

giunti qui con grande piacere

ridestando in noi tanti di quei ricordi,

e di « tempi andati » -

i miei saluti a tutta

la compagnia Jacobi –

e forse un giorno,

uno dopo l’altro, ci si rivedrà

tutti.

Serge Fiorio

Era il 7 novembre 2001.