Quand j'ai vu la photo de ce Fiorio que Daniel Jacobi m'a aimablement communiquée via son frère Michéa - l'auteur du récent ABC Fiorio (que je vous recommande) - la composition et l'atmosphère mystérieuse bien particulière qui y préside m'ont tout de suite parlé et - m'y trouvant en pays de re-connaissance, si je puis écrire - illico transporté en esprit vers une autre toile parce que cousine avec celle-là, à mon sens, ou bien plutôt sœur aînée, plus ancienne.

Il s'agit de celle que Serge peignit en 1968-69 et qui, une fois lithographiée, devait par la suite illustrer un épisode de la première des nouvelles des Récits de la demi-brigade de Giono qui s'intitule La Nuit de Noël (mais s'est préalablement intitulée La Nuit du 24 décembre 1826, puis 1932 - pour la situer sous la monarchie de Juillet, est-il précisé dans la Pléiade - et, encore ailleurs, en un autre temps plus récent, Noël, tout simplement). Le fameux capitaine de gendarmerie Martial Langlois y a - sortant son sabre au lieu d'empoigner son pistolet -, tout comme l'écrivain, décidément du style, s'y trouve à la fois acteur et témoin d'une scène peu banale qu'il raconte ainsi lui-même comme suit : « Les pistolets n'étaient que pour les cas extrêmes; ceci n'était pas un cas extrême. Je tirai mon sabre. Il y avait trop de tumulte de vent pour que je puisse entendre le chuintement de la lame sortant du fourreau, mais je connaissais assez ce bruit pour l'imaginer avec joie. Je m'avançai donc, au pas, sabre au clair. Immobile, semblant tenir d'une main son manteau dont les pans voltigeaient, le personnage me regardait venir. J'aimais beaucoup cette immobilité. Je considère que les plaisirs doivent être pris avec calme. Ce fut mon meilleur moment de cette nuit de Noël; il en vint même à une pointe de volupté extrême, quand, à trois pas de mon adversaire, je constatai toujours son immobilité totale. Cet homme était fait pour moi sur mesure. Jupiter fit les trois derniers pas avec une suprême élégance. Je pointai mon sabre pour écarter les pans du manteau (j'avais l'intention ensuite de poser une question), ma lame donna sur du fer; je piquai un peu, mais dans du vent : c'était une simple houppelande de berger posée sur les épaules d'une croix. »

C'est ce que voit Langlois au début de cet épisode que Serge choisit de peindre pour le faire figurer en lithographie dans le très luxueux Giono-Fiorio dont le projet est alors bien en route* - Trois nouvelles qui sont, dans l'ordre ici de publication, La belle Hôtesse, La nuit de Noël et Le Bal, assorties de 12 lithographies Fiorio réalisées par deux artisans lithographes différents, (un bon, et un mauvais).

Autographe Giono

Feuillet autographe de Giono pour la préparation du Giono-Fiorio. Seules trois nouvelles seront finalement retenues.

Ouvrage qui sortira en 1973 des ateliers de l'imprimerie Daragnès, à Paris. (Il faudra que je raconte ici un jour les tribulations de la fabrication et certains passages de la vie de ce livre : ce que j'en savais déjà par Serge, et ce que m'en a encore appris, assez récemment, l'arlésien André Bernard, grâce aux soins et à la détermination de qui ce grand projet d'édition arriva finalement un beau jour à bon port).

Litho Le BalFiorio Daniel Jacobi

                   La lithographie tirée du Giono-Fiorio                             La peinture à l'huile

Les deux œuvres ayant entre elles des airs de famille assez prononcés, on peut penser avec certitude que Serge est "parti" de cette toile qui fut lithographiée pour peindre celle dont on vient de m'envoyer la photo. Une discussion préalable avec le futur acquéreur exprimant peut-être une certaine demande personnelle a pu être l'élément déclencheur du passage - fréquent dans l'œuvre ainsi parfois donc autoféconde ! - de l'inspiration d'une toile à l'autre. Sa possible consultation du Giono-Fiorio où la lithographie occupe une double page peut aussi avoir été la petite graine ensemençant la toile blanche car l'ouvrage était constamment à disposition de tout un chacun sur le petit divan de l'atelier. Et donc, tout aussi bien, du regard de Serge lui-même en quête, pourquoi pas, dans le cas, d'inspiration dans ce registre particulier.

Si la saison et l'heure du jour ont bien changés ainsi que, bien évidemment, ce qui se passe à l'orée du bois dans chacune des œuvres, le cadre, lui, est resté bien le même, reconnaissable. Et je me plais à imaginer que si d'aventure on l'avait interrogé pour connaître la raison de ce choix réitéré, Serge aurait bien pu répondre quelque chose d'approchant, dans le genre : « C'est en réalité l'endroit où, tel matin à l'aube dans les bois de Carniol, j'ai trouvé le plus beau des paniers de cèpes de ma vie dont dans la nuit même je venais de rêver ! »

 

*La Belle hôtesse - La Nuit de Noël - Le Bal.

Lithographies originales en couleurs de Serge Fiorio.

Édité aux dépens d’un groupe d’amateurs provençaux en 1973, in-4 en feuilles 36,8 x 28 cm de 136 pp, sous couverture de papier chiffon teinté beige foncé avec titres imprimés en rouge brun, sous chemise avec le nom de l’auteur et de l’illustrateur gravés sur le dos, dorés, le tout sous étui recouvert d'un tissu ocre-orangé  au format 38,2 x 29 x 5,8 cm.
Douze lithographies dont quatre à double page. Tirage à 250 exemplaires, dont :
- 1 exemplaire sur Japon nacré, numéroté 1, comportant à part une suite signée et numérotée sur Japon nacré, une suite signée et numérotée sur Arches et une toile au format 65 x 50 sur le thème du livre.
- 4 exemplaires sur Japon nacré, numéroté de 2 à 5 comportant à part une suite signée et numérotée sur Japon nacré, une suite signée et numérotée sur Arches et une toile au format 46 x 33 représentant une double page du livre.
- 8 exemplaires sur Japon nacré, numérotés de 6 à 13, comportant à part une suite signée et numérotée sur Japon nacré, une suite signée et numérotée sur Arches et une toile au format 27 x 22 représentant un hors-texte du livre.
- 20 exemplaires sur Arches numérotés de 14 à 33 comportant à part une suite signée et numérotée sur Japon nacré.
- 50 exemplaires sur Arches numérotés de 34 à 83 comportant à part une suite signée et numérotée sur Arches.
- 167 exemplaires sur Arches numérotés de 83 à 251.
Quelques exemplaires d’artiste ont été réservés pour les collaborateurs de l’ouvrage.
L'achevé d’imprimer est en date du 30 avril 1973.

Giono à l'époque de la rédaction des Récits

Giono à l'époque de la rédaction - 1955-1965 - des Récits de la demi-brigade. Photo Jean Dieuzaide

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Prix Jean Giono.
Les tribulations du premier Portrait de Giono.

Un de Taninges.
Giono. Impromptu 8. (Mise au point).

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ET, de la part de nos amis Alexandra et Jacques Ibanès :

https://youtu.be/rf7CCQswua0  à Nimes 

https://youtu.be/RRyKtbF07LQ   Le jet d’eau

https://youtu.be/cAQHL6InpNI  2ème canonnier conducteur  
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https://youtu.be/RhY2DL2o_cc   Je lègue à l’avenir

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