Placée ainsi au cœur quotidien d'une vie — comme ce fut le cas pour Serge dans la sienne — n'est-ce pas une bien étrange activité que celle d'un peintre ?

Oui étrange, et à vrai dire merveilleuse ; c'est mettre chaque jour le cap en solitaire vers un continent pourtant pas si lointain en somme, puisque situé juste à l'intérieur de soi-même. Cela, non pour fuir et se réfugier ailleurs, mais pour y retrouver une nouvelle fois les autres, nus, ses semblables, sans le fard du vice ou de la vertu, ni le masque de la raison, sous un autre jour, dans une autre lumière : celle, musicale, spirituelle, zénithale, du soleil intérieur. C'est là — que nous soyons artiste ou pas — tout le paradoxe résolu de part et d'autre par la mise en œuvre de l'art de peindre ou la fréquentation de l'œuvre d'art. 

Par la beauté des choses représentées dans le sujet, tout autant que par celle de sa peinture elle-même, le peintre véritable est un alchimiste de haut vol qui travaille corps et âme, et artisanalement, pour qu'en cette vie qui est la sienne le néant et la mort ne puissent pas — au bout du compte, c'est là l'essentiel — faire main basse sur tout, n'aient pas le dernier mot, surtout. Et que finalement cette aventure soit aussi porteuse, non d'un étendard pour d'autres, mais d'une flamme vive : l'œuvre d'art nous interpellant, nous nous interrogeons alors, nous rappelant effectivement à nous-mêmes. Acteur de notre propre vie, ou simple figurant ?

Photo Serge peignant

 

Traduction de notre ami Agostino Forte :

Dipingere

   Posta al centro quotidiano di una vita, non è una ben curiosa occupazione (come fu nel caso di Serge per la propria) quella del pittore ?

Curiosa, sì! e a dire il vero meravigliosa. Mettersi ogni giorno in rotta solitaria verso un continente neanche poi così lontano perché situato proprio all’interno di sé stessi. E non per fuggire o rifugiarsi altrove ma per ritrovarvi ancora una volta gli altri, nudi, i propri simili, senza la cera del vizio o della virtù né la maschera della ragione, sotto un’altra luce, in un’altra luce: quella – musicale, spirituale, zenitale – del sole interiore. È là – si sia o no artisti – tutta la contraddizione risolta, da entrambe le parti, nell’applicazione dell’arte di dipingere o la frequentazione dell’opera d’arte.

Per la bellezza delle cose rappresentate nel soggetto, come pure per quella della sua stessa pittura, il vero pittore è un provetto alchimista che lavora anima e corpo, e artigianalmente, affinché in questa vita, che è la sua, il nulla e la morte non possano (in fin dei conti è questo l’essenziale!) far man bassa di tutto, soprattutto non abbiano l’ultima parola. E che alla fine questa avventura sia foriera, non di una qualsivoglia bandiera, ma di una fiamma viva: interroghiamoci allora se l’opera d’arte sta interpellandoci, ricordandoci davvero a noi stessi. Attori della nostra vita o semplici figuranti ?