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   Bonjour André,

Contrairement à ce que tu pourrais penser, ce n'est pas Proust mais Bernard Pivot qui m'a donné l'idée de proposer le fameux questionnaire à Serge. Dans une émission littéraire — Bouillon de culture — qu'il présentait chaque semaine à la télévision, il avait l'habitude de le proposer à ses invités.

Je dois dire que les réponses des personnalités interrogées ne m'ont pas laissé un souvenir impérissable. Je pense que le véritable intérêt de ce jeu c'est de retrouver la spontanéité des premières émotions, la fraîcheur des sentiments, une certaine innocence.

Proust avait treize ans quand il y répondit et certaines réponses justifiaient déjà ce qu'il deviendrait. A vingt-trois ans, il réitéra, mais finies les subtilités du premier regard sur le monde !

Quand je le proposais à Serge, en 2006, il en connaissait le principe mais il n'a pas montré un grand enthousiasme à vouloir y répondre ; la preuve en est, je crois, qu'il ne t'en a jamais parlé. Il a pris le document et il l'a rangé tout de suite dans le placard situé à gauche quand on rentrait dans l'atelier. Je pensais qu'on en parlerait dans l'après-midi même, mais non, pas un mot, la conversation s'est détournée sur d'autres sujets. J'étais un peu déçu, je m'étais appliqué à imprimer en gros caractères les questions, je m'y étais pris à plusieurs fois pour que le document soit le plus lisible et le plus agréable possible. Grosse déception donc, moi qui comptais repartir avec ! Rien de ce que j'avais imaginé ne s'est réalisé cet après-midi-là.

Dans nos fréquentes rencontres, je ne lui ai plus jamais reparlé du fameux questionnaire ; pour moi, je pensais que ça ne l'intéressait pas et je ne comptais pas revenir à la charge, l'affaire était classée sans suite avec tout de même ce petit remords de ne pas connaître ses réponses. Et puis, ô miracle, trois mois après, à la fin d'une visite, au moment de partir, il ouvrit un tiroir du bureau et me dit : "Tiens, voilà, j'ai répondu aux questions ! ", sans plus de commentaire.

La copie n'est pas soignée, elle est incomplète et l'on ressent bien que le jeu ne l'a pas passionné, mais qu'importe ! les réponses sont tellement sincères et c'est vraiment lui qu'on retrouve, son humour, son humilité, sa sincérité.

Qui auriez-vous aimé être ? Une perle. Sublimissime réponse !

Le principal intérêt du questionnaire — je pense que tu seras d'accord avec moi — c'est qu'il révèle un autre aspect de la personnalité de Serge. Le public le connaît exclusivement sous l'étiquette de peintre-paysan, de peintre-berger. Il faut améliorer cette image. Dans ton livre, tu y parviens, tu vas dans ce sens ; par ses rencontres, il y devient l'ami d'écrivains. Nous savons que son goût pour la littérature et l'art en général n'a jamais tari et que sa curiosité et son intérêt pour les affaires du monde — malgré l'abscence chez lui de télévision — le maintenaient au courant de tout. Sa passion de la musique l'occupe de nombreuses heures pendant qu'il peint. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet pour développer ultérieurement les rapports de la musique avec sa peinture. Combien de fois, en écoutant Mozart, Bach ou Monteverdi, ne me faisait-il pas des gestes éloquents et lents parce qu'ils lui inspiraient des paysages imaginaires !

Le questionnaire répond en partie à cet aspect méconnu de sa personnalité.

 

Je t'embrasse,

François Mangin-Sintès.

 

 

Traduction de notre ami Agostino Forte.

Quando Serge rispose al questionario di Proust

 

 

 

   Buongiorno André,

 

Contrariamente a quel che potresti pensare non è stato Proust ma Bernard Pivot che mi ha dato l’idea di proporre il famoso questionario a Serge; Pivot aveva l’abitudine di proporlo ai suoi invitati in una trasmissione letteraria (Bouillon de culture) che teneva ogni settimana alla televisione.

 

Devo dire che le risposte delle personalità interrogate non hanno lasciato in me un ricordo significativo ma credo che il vero interesse per questo gioco risieda nel ritrovare la spontaneità delle prime emozioni, la freschezza dei sentimenti, una certa innocenza.

 

Proust aveva tredici anni quando vi rispose e talune risposte davano già l’idea di quello che sarebbe diventato. A ventitre anni reiterò la cosa ma erano finite le sottigliezze del primo sguardo sul mondo.

 

Quando nel 2006 lo proposi a Serge egli era a conoscenza dei principii che lo governavano ma non aveva mostrato granché entusiasmo a sottoporvisi; la prova ne è, credo, il non avertene mai parlato. Prese i fogli e li mise nell’armadio a sinistra entrando nel suo studio. Pensavo ne avremmo parlato quel pomeriggio stesso, macché!, non una parola, la conversazione aveva preso altri sentieri. Ero un po’ deluso, mi ero alquanto dedicato a stampare in caratteri grandi le domande e avevo rivisto più volte lo scritto al fine di una sua maggiore intelligibilità e gradevolezza. Grande delusione quindi per uno che pensava di ripartire con le cose fatte. Quel pomeriggio non vide realizzarsi quello che mi aspettavo.

 

Nei nostri ulteriori incontri non ritornai più sull’argomento; pensavo che la cosa non gli interessasse e non volevo tornare alla carica dunque per me l’affare era chiuso ma con un pizzico di rimpianto per non aver potuto conoscere le sue risposte al riguardo. Poi, miracolo, tre mesi dopo, alla fine di una visita e sul momento di partire, aprì un cassetto della scrivania e mi disse: "Toh, ecco le risposte alle tue domande ! ", senza aggiungere altro.

 

La copia non è curata, è incompleta e traspare chiaramente come il gioco non l’abbia appassionato. Ma che importa!, le risposte sono così sincere che in esse lo ritroviamo appieno con il suo senso dell’umorismo, la sua umiltà, la sua sincerità.

 

Chi vi sarebbe piaciuto essere? Una perla. Sublimissima risposta!

 

Il principale interesse del questionario – e credo sarai d’accordo con me – sta nel rivelarci un altro aspetto della personalità di Serge. Il pubblico lo conosce soltanto sotto l’etichetta di pittore-contadino, pittore-pastore. Bisogna correggere questa immagine. Nel tuo libro batti questo sentiero,  vai in questa direzione. Sono i suoi incontri a farlo amico di scrittori. Sappiamo che il suo gusto per la letteratura e l’arte in generale non si è mai spenta e che la sua curiosità e il suo interesse per le notizie dal mondo – per quanto non possedesse la televisione – lo mantenevano al corrente di tutto. La sua passione per la musica occupa molte delle ore che lo vedono all’opera nel dipingere. Ci sarebbe molto da dire al riguardo per sviluppare il rapporto tra la musica e la sua pittura. Quante volte ascoltando Mozart, Bach o Monteverdi osservavo rivolgermi dei gesti lenti ed eloquenti: gli stavano ispirando paesaggi immaginari! …

 

… e il questionario risponde in parte a questo aspetto misconosciuto della sua personalità.

 

Ti abbraccio

 

François Mangin-Sintès.