En 1977, un fort volume paraît aux éditions Max Fourny. Ce sont Les proverbes vus par les peintres naïfs. L'auteur qui, depuis longtemps déjà à l'époque, n'est plus le premier venu, n'en est pas à son coup d'essai, non plus, puisqu'il s'agit du grand Anatole Jakovsky, spécialiste hors-pair de cet art en marge parce que, par tradition, très populaire en fait dans de nombreux pays.

 

Tout le monde connaît, par exemple, la peinture yougoslave de ce genre, sur verre principalement. Ivan Généralic (1914-1992) — fondateur de l'Ecole d'Hlebine dans les années 30 —  en fut avec Ivan Rabuzin les deux artistes les plus encensés, les plus reconnus.

 

J'avoue n'être admiratif que d'un tout petit nombre d'entre tous ces naïfs qui pululent. De bien grands peintres tout simplement ! On ne peut les confonfondre avec le reste, si je puis écrire !

 

Quantité d'autres donc, me laissent froid ou, d'une façon ou d'une autre, me portent à rire sans que je ne m'en moque cependant. Rien de plus. Ils ne m'entraînent généralement jamais plus profond, ni plus haut d'ailleurs, que la surface. C'est pourquoi, sans doute, j'ai toujours été surpris, sans comprendre, que Malraux s'entiche à ce point, comme l'on sait, des peintres Haïtiens chez qui le feu d'artifice des couleurs éclatantes se répète sans cesse à l'envi, de toile en toile et d'un peintre à l'autre ; masquant — mais seulement en partie ! — que ces œuvres souvent, ne recèlent en elles d'autre trésor plus extraordinaire que celui-là.

 

D'aganto couilloun ! comme on dit en Provence.

 

C'est qu'en art, sous chaque étiquette, se cache ou se révèle — c'est selon le regard que l'on porte — aussi bien le pire que le meilleur.

 

L'engouement ne venait pas tellement de peintres mis en valeur, mais d'une étiquette unique, publicitaire, tout à coup sortie du tiroir et hissée haut, fambant neuve ! mais passée de mode aujourd'hui, forcément. Comme toujours, des loups prirent aussitôt le train en marche, se firent ainsi passer pour de purs agneaux — ce n'est pas une fable !  

 

Vive les peintres, donc ! A bas les étiquettes !

 

Parmi ceux qui l'ont eu, collée sur le dos, quelques-uns ne seront plus jamais oubliés, qui ont fait une œuvre avec une pointe naïve seulement, mais alors de la plus belle espèce ! En diamanterie, une "pointe naïve " est un cristal qui, par sa nature, ne demande pas à être taillé ; il est pyramidal, je crois ; et les naïfs sont souvent des autodidactes, au départ... C'est en ce sens qu'on aurait du aiguiller le public au lieu de lui faire croire que tout le monde pouvait revendiquer librement le statut d'artiste en s'affichant naïf. On observe la même chose aujourd'hui avec l'Art contemporain, en pleine déconfiture lui aussi heureusement ! J'aime (trop peut-être !) la phrase de Camus tirée de son Discours de Suède : "L'art vit de contrainte et meurt de liberté ". 

 

C'est Robert Doisneau qui fit se rencontrer Serge et Anatole —" As-t-il fait la photo au moins ? " me demandent maints amis de Serge — Une correspondance s'ensuivit et Serge profita assez lontemps de cette vogue qu'eurent Les peintres du dimanche, comme on les appelle aussi. Ça lui a ouvert des portes, notamment de collectionneurs. Mais sans que sa peinture ne s'en ressente le moins du monde : " Il faut savoir rester soi-même " était gravé profondément, en toutes lettres, dans le linteau de son Credo d'artiste peintre. Aucune pose, il peignait !

 

Sollicité pour Les proverbes vus par les peintres naïfs, Serge, en homme de la terre qu'il a toujours été, en somme, choisit d'illustrer celui-ci : " Sous l'eau, la faim ; sous la neige, le pain " en prenant la liberté d'en éliminer cependant la première partie pour ne conserver que l'idée de fécondité proverbiale de la neige qu'il aimait tant — tant à Taninges qu'à Montjustin. A Taninges, pour skier et photographier, à Montjustin pour la peindre, en faire l'écrin de ses Carnavals et, dans bien des toiles, l'un des sommets de son art.

 

 

 

 

 

Sous la neige, le pain

Sous la neige, le pain !