Sur un Montjustin au dessin
Un correspondant m'écrivait : « M’étant replongé ces deux derniers jours dans les archives du blog, mon attention a été retenue par la page du 15 avril 2014, avec ce dessin et les deux photos de Montjustin. Le dessin a été manifestement imprimé, mais dans quel ouvrage ? J’ai été frappé en le comparant aux clichés ; on dirait qu’il a été scrupuleusement fait d’après eux, alors que, pour autant que je le sache, dans ses évocations de sites de la région, Fiorio lâche habituellement la bride à son imagination. »
Du coup, me voilà de nouveau déclenché ! Je vois là une belle et agréable occasion de plancher sur une telle remarque afin d'essayer d'apporter, à défaut d'une franche lumière, quelques utiles éclaircissements.
À ma connaissance, ce dessin de Serge n'a jamais été publié, dans aucun ouvrage. Sinon, cela est encore possible, dans l'un de ceux – je ne les connais pas tous – de son ami l'historien-folkloriste de Reillanne, Émile Lauga. Mais de prime abord, je pense que Serge l'a fait pour son plaisir, et à partir de l'une des photos (retrouvées dans ses archives) qui l'accompagnent dans l'article du blog.
À moins que – dessin et photos sont si proches – ces photos aient été justement et précisément prises en vue d'une commande de ce dessin...
Et voilà que présentement me vient un subit retournement d'opinion et je me mets à penser ferme et fort que voilà bien là, bel et bien, une commande d'illustration, il ne peut guère en être autrement.
Ce Montjustin au dessin, c'est vrai, a été imprimé, avant de disparaître – offert sans doute à son commanditaire, ou resté en rade chez l'imprimeur. Par contre, il y a eu deux tirages à à peu près quarante ans de distance. Le premier sous les auspices de Serge – 1970 à Manosque – par les bons soins du maître imprimeur Antoine Rico je suppose. Mais peut-être tout aussi bien chez Reboulin à Apt, car le couple Reboulin possédait une maison à Montjustin qu'il avait acquise auprès de l'ancien ministre Charles Tillon quand celui-ci est parti pour s'établir, il me semble, à Aix-en-Provence.
Le deuxième tirage c'est moi qui l'ai mis en route. Ayant retrouvé un jour la matrice (plomb sur bois) de ce dessin dans la poubelle de Serge en la vidant au conteneur. Je le lui avait fait savoir, ajoutant même vertement que, vu l'endroit où je venais de la trouver, je ne la lui rendrai pas de crainte qu'elle y retourne. Je l'ai faite mienne d'autorité, tout simplement.
Ce n'est que bien plus tard, après son décès de 2011, que j'ai décidé de faire réaliser un nouveau tirage de ce dessin. Celui-ci se fit à Apt, à l'Imprimerie de la Tour (anciennement Reboulin !) qui – ô hasard ! – possédait justement encore une typo à l'ancienne, « la vieille mémère » propre à ce genre de travail tout à fait artisanal : calage à la main, encrage délicat, etc. Finalement, c'est peut-être donc bien sur cette même machine qu'eut lieu le premier tirage commandité par Serge. Autre forme d'indice : il est arrivé à Émile Lauga de faire imprimer chez Reboulin.
La datation : c'est depuis avril 1970 que les Basses-Alpes sont Alpes-de-Haute-Provence.
Mais revenons au dessin lui-même : pourquoi Serge n'y a-t-il pas, comme d'habitude, « lâché la bride à son imagination » ?
Quand on sait que Montjustin a été pour lui un grand rêve-songe devenu un jour réalité, on peut dire qu'une partie de la réponse est dans la question.
De plus, le lieu est si particulier : si Fiorio déjà par lui-même, qu'il s'accorde par avance – par nature – tout à fait à la calme emprise de son dessin.
Dans les années soixante-dix en tout cas, le village et ses abords immédiats ne comportent encore aucune fausse note architecturale ou paysagère qui auraient alors pu le pousser à idéaliser alors que ce n'en est pour lui visiblement pas la peine : il recopie selon son trait particulier, sa ligne. Il s'y applique si minutieusement, c'est vrai, à un tel point, que son art se marie de façon parfaite à la réalité. Mais la vraie raison, bien que restant en suspens, est peut-être bien qu'il s'agit là d'une illustration descriptive devant donner le bras, ou la main, à une page d'histoire.
N'empêche, et curieusement, le village ainsi mis en place et si minutieusement dessiné atteint cependant, par d'autres voies, certaines régions de l'imaginaire, celle, capitale, des songes de cités haut perchées, merveilleuses – centres spirituels en somme – dont les innombrables villes et villages Fiorio, ceints ou non de remparts, sont les purs descendants en ligne directe.
L'ancêtre initiale, princeps, en étant la Jésuralem céleste qui descend surnaturellement sur terre dans le Livre de l'Apocalypse. Dans l'article du blog, j'évoque une embarcation portant le nom du peintre, l'Arche aussi, et la plénitude de l'œuf.
Cher correspondant, nous voilà donc bien avancés ! Mais ta remarque nous a cependant offert l'occasion d'aller faire trois petits tours en coulisses, dans l'histoire de ce dessin.
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