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Serge Fiorio - 1911-2011.
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Serge Fiorio - 1911-2011.
  • Actualités de l'œuvre et biographie du peintre Serge Fiorio par André Lombard et quelques autres rédactrices ou rédacteurs, amis de l'artiste ou passionnés de l'œuvre. Le tout pimenté de tribunes libres ou de billets d'humeur.
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Serge Fiorio - 1911-2011.
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5 mai 2020

J'ai mis à profit...par Chantal Leroy.

 

   J'ai mis à profit notre long enfermement pour replonger dans de vieux cartons de vieux livres... j'ai ainsi trouvé L'esprit des formes, introduction semble-t-il à l'imposante Histoire de l'art de Élie Faure, dont, si j'en connaissais le nom, j'ignorais le rôle fondateur dans la critique de l'art. Je ne peux prétendre avoir tout lu ni tout compris de cet ouvrage d'une érudition vertigineuse, qui autorise l'auteur à des rapprochements entre les disciplines, les époques, les civilisations et leur histoire ; rédigé voilà plus de 100 ans il est certainement dépassé dans certains aspects de forme et de fond, du fait des immenses progrès scientifiques, archéologiques etc, mais du fait aussi de toutes les tueries du 20ème siècle qui ont décrédibilisé les idéologies.
J'en ai toutefois retenu que l'auteur me semble montrer un égal respect pour la pulsion créatrice, qu'elle émane de l'homme des cavernes ou du peintre ou du sculpteur moderne, dès lors qu'elle est authentique ; et je trouve qu'il évoque magnifiquement ce qu'est la création artistique, même si je ne suis pas sûre d'avoir tout compris : bien que le langage utilisé soit d'apparence simple, il recouvre de riches notions.
À différents petits moments, j'ai pensé à Serge Fiorio ; c'est tout subjectif, mais je vous livre quelques points qui ont attiré mon attention :
 
- p. 144 et suite : « Un état d'innocence caractérise celui qui découvre en lui-même le moyen plus ou moins puissant d'avouer sa qualité d'homme, et ceci aux plus humbles degrés de l'œuvre de création, celle du potier et du tapissier, du menuisier et du verrier, du bijoutier  et de la modiste, de la fleuriste et du corroyeur - où cet état d'innocence est spontané, sans angoisse profonde, sans regard jeté sur la mort et l'inutilité de tout - comme aux plus hauts sommets de la grandeur spirituelle, Michel-Ange, Shakespeare, Rembrandt, Pascal, Beethoven, où cet état d'innocence est une conquête sans répit sur le doute et le désespoir. Il semble qu'à mi-chemin des êtres singuliers se tiennent, surtout dans l'art de France où la mesure sans apprêts, la confidence discrète, une sorte de familiarité entre l'objet et l'esprit, une disposition médiocre à la grande expansion lyrique, définissent, à n'importe quelle époque, les plus parfaits créateurs. Chez l'imagier des 12 et 13èmes siècles, chez Fouquet, chez Chardin, chez Corot, on retrouve cette joie à avouer un émoi charmant, un émoi d'enfant toujours émerveillé de sa découverte du monde, et une simplicité constante à en dire les circonstances qui définit partout ailleurs le plus humble ouvrier du bois ou de l'argile, de la fleur ou du verre, de la laine ou du métal. C'est la situation de La Fontaine, qui appartient comme Shakespeare à la haute littérature, mais préfère causer avec son jardinier de la poussée de ses laitues et des mœurs de l'escargot. Privilège unique, il me semble, qui n'ignore peut-être pas le drame de la création, mais possède la faculté très rare et miraculeuse de le masquer complètement, alors que hors de lui c'est le fracas des ailes dans l'orage, un effort haletant, une tension constante vers un équilibre vertigineux où l'innocence primitive n'est retrouvée que pour l'espace d'un éclair. »
 
- p. 147 et suite : « Je me souviens d'une arrivée au Pirée, où de délicieuses petites maisons à fronton triangulaire, frottées de rose ou de bleu, me donnèrent l'impression soudaine, et irrésistible, que c'était là l'architecture populaire de ce lieu depuis trois mille ans, et qu'elle était plus parente de celle du Parthénon que j'apercevais, à quelques lieues, sur son socle naturel, que les savantes reconstitutions où s'abritent, dans l'Athènes moderne, les Universités et les banques (...) Et précisément le même jour, j'entendis, sur l'Acropole, un jeune étudiant grec me traduire les complaintes paysannes probablement immémoriales où je reconnus l'accent des imprécations de Prométhée (...) Telle assiette, tel pot modelé par des mains terreuses et mis au four avec le pain - hier ou il y a mille ans -, reproduit des motifs et des rapports harmoniques qu'on retrouve, comme un invincible commandement du sol, du ciel, des cultures, de la race, dans les plus rares harmonies des plus puissants créateurs. »
 
- pensé à La Mort du Camarade lorsque j'ai lu ceci page 215 (étant précisé que Élie Faure était médecin de formation) : « C'est en regardant, certain jour, une opération chirurgicale, que j'ai surpris le secret de la "composition" qui confère à n'importe quel "sujet" la noblesse et peut assurer au "sujet noble" sa prééminence apparente sur n'importe quel sujet. Le groupe formé par le patient, le chirurgien et ses aides, les spectateurs, m'apparut comme un organisme unique en action. Tout de suite je m'aperçus que chacun étant à sa tâche, tous réunis autour d'un même centre où se passait l'évènement, (...) il était impossible qu'il n'en fût pas ainsi. C'était l'évènement lui-même, le centre de l'évènement qui provoquait dans toutes les dimensions et sous tous les aspects du groupe la position des corps, des bras, des mains, des épaules, des têtes, dont aucune ne s'écartait et ne pouvait s'écarter de son attraction invincible sans rompre l'harmonie. »

La Mort du Camarade XYZ

 La Mort du Camarade, huile sur bois, 81 x100cm.

Enfin, les derniers mots du livre : « Si terrible que soit la vie, l'existence de l'activité créatrice sans autre but qu'elle-même suffit à la justifier. Le jeu, évidemment, paraît, au premier abord, le moins utile de nos gestes, mais il en devient le plus utile dès que nous constatons qu'il multiplie notre ferveur à vivre et nous fait oublier la mort. »
 
 
 
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