Serge Fiorio, semeur de songes.
Confinement aidant, voilà une page que je viens de retrouver en remuant un peu du passé dans un cahier d'archives. J'ai simplement cru bon d'en dépoussiérer quelque peu plusieurs lignes.
Semeur de songes, voilà un titre qu'il me semble bien avoir déjà utilisé pour un autre artiste dans un autre article, ce qui n'est cependant pas aujourd'hui déshabiller Pierre pour habiller Paul car, bien qu'étant chacun plus ou moins bien différenciés, les artistes véritables ont cependant, sur un plan à la fois plus vaste et plus subtil, pas mal de choses en commun et parfois même, bien marqués, certains airs de famille.
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J’ai fui. Ce que j’ai fui c’est ce côté officiel de la littérature, ce côté foire, bazar, bagarre, c’est le métier d’homme de lettres, ses pompes et ses œuvres, ses servitudes sociales, ses obligations mondaines et journalistiques, son Académie (n’en parlez jamais, pensez-y toujours). J’ai refusé de monter sur les planches, de me donner en spectacle, d’être un "personnage", de devenir "écrivain public". Je suis invisible.
Joseph Delteil.
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Ceux qui ne sont pas un brin poète sont tous des menteurs !
Serge Fiorio.
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C'est un beau métier d'apprivoiser les hommes, de les conduire par les chemins de l'imaginaire jusqu'où bat le cœur secret des réalités. Celui-là est poète qui leur fait sentir, en transparence, et comme si de rien était, tous les fils qui les relient au monde, et les relient entre eux !
D'une certaine façon - il n'y en a pas tant que cela en vérité -, c'est les transfigurer, les transmuer, sans qu'il n'y puissent rien, ni du cerveau, ni encore moins du cœur.
Là, plus outil qu'arme, l'art de Serge Fiorio est très subtil et très puissant à la fois, à la dimension des capacités de chacun, de chacune. Il a cette façon bien à lui d'interpréter le monde, infiniment discrète, tout en ayant un large spectre d'action sur les sensibilités innombrables.
Être confronté à l'une de ses toiles - tout comme se confiner un temps en l'une d'elles, c'est, miracolo !, s'ouvrir soi-même à une riche et vaste palette d'émotions et d'expériences jusque-là enfouies, bafouées, trop souvent saccagées, par la raison et l'intellect ; c'est faire le voyage, plus que le retour, vers Le Tout Premier Matin, autant dire vers Les Riches Heures du Meilleur des Mondes. C'est glisser sans tambour ni trompette, sans fifre et sans tambourin, je veux dire sans discours et sans philosophie, non pas de l'autre côté du miroir - cela est trop communément vain et sans issue - mais au travers.
Miroir de l'œuvre qu'on avait pourtant au départ bien pris la précaution de baliser par pure peur de s'y perdre : naïf, surréaliste, primitif, que sais-je ! Nos tiroirs, à ras bord, sont bourrés d'étiquettes !
Mais, sitôt le voyage amorcé, une sensiblité nouvelle se fait jour. On dit alors très simplement : « Je suis ému. » C'est là une mort et une résurrection, en tête-à-tête. Pour cela, il lui suffit pourtant d'une petite fête de couleurs sur une place de marché, du caractère altier d'une Neige ou d'un cyprès, de l'amitié cuivrée d'un Paysage, de la présence de telle ou telle Souche extravagante auprès de tel ou tel monolithique Berger, par exemple...
Et si à chaque toile, de tout son être, remuent ainsi ciel et terre, c'est pour nous insuffler le goût grave du mystère, nous y plonger entier, la tête la première, et par là raviver nos sens endormis, chasser les ombres, mieux faire vibrer ainsi, verticale, notre âme à la lumière...
Alors, pour la première fois et en réalité, l'univers tout entier est une boule de cristal où nous pouvons renaître.
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On peut retrouver cet article sur le site du Salon littéraire.
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