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Serge Fiorio - 1911-2011.
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Serge Fiorio - 1911-2011.
  • Actualités de l'œuvre et biographie du peintre Serge Fiorio par André Lombard et quelques autres rédactrices ou rédacteurs, amis de l'artiste ou passionnés de l'œuvre. Le tout pimenté de tribunes libres ou de billets d'humeur.
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Serge Fiorio - 1911-2011.
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12 avril 2020

D'un certain contraste.

   Oui je les ai vus ce soir-là, André Breton et Francis Picabia, face à face comme deux dix-cors en temps de rut, quel spectacle ! L'un et l'autre sachant qu'il s'agit du grand duel, le duel à mort devant les disciples et la postérité. L'un vêtu de chatoyants velours et de gais foulards de couleur, l'autre de sombre drap et de sévères reliefs ; l'un tout feu tout flamme, brillant, pétillant, tout illuminé de jeux de mains et de moulinets de canne (une petite canne d'écaille peinte au bleu de Prusse), l'autre immobile, massif, monolithique, debout avec cet air de coin, un peu chattemite, le torse posé de biais sur l'échiquier, le mégot aux lèvres ; l'un plein de malice, de panache et de furia francese, avec ses parades, ses manœuvres, ses crocs-en-jambe, l'autre en garde, sûr de sa force, avare de ses griffes mais tout en lui œil, pensée, posture, ne sont que crocs et griffes ; l'un s'énervant à la fin, toujours causant, causant, toujours bondissant, bondissant, lâchant ses traits par giclées, ses coups de langue, ses coups de corne en pagaille, un peu à la diable après tout, avec soudain un long rire de gorge comme une étoile filante, se sentant vaguement pris au piège, mais lequel ? Le Breton de plus en plus immobile, le masque de plus en plus impassible, la cigarette à bout de doigts à la couture du pantalon, avec à peine de temps en temps une volute de fumée à l'œil comme à Delphes, toujours le pouce prêt comme aux gladiateurs l'empereur romain, laissant par intervalles tomber un simple mot mais mordant à souhait, venimeux à point, toujours mortel, laissant patiemment son adversaire s'essouffler, s'épuiser, se tarir... wait and see.
Joseph Delteil.
*
« Je ne sais ce que tout cela va maintenant bien pouvoir devenir » furent les dernières et modestes paroles de Serge à propos de l'ensemble de son œuvre qu'à l'approche de mourir inexorablement, il savait alors devoir abandonner très bientôt à sa propre vie.
Parce qu'ayant une première fois, quelques mois plus tôt seulement, encore debout quoique ne peignant déjà plus, prononcé exactement les mêmes, mot pour mot, sur fond de silence dans l'atelier, son interrogation redoublée m'en resta pour cela mémorable. ( Je ne sais pas ce que tout cela va...)
Mais lors de ce "rappel" que je veux ici évoquer - "ayant fait du chemin", presque "arrivé" -, je ne crois pas même qu'il s'adressait encore à moi quand il formula donc de nouveau - d'ailleurs à peine audible - cette même phrase en ma présence à ses côtés.
Celle-ci lui étant peut-être venue aux lèvres - car je ne peux évidemment là qu'essayer d'imaginer, pas plus, rien d'autre, à l'aide d'une bien hypothétique image - montant d'elle-même à point nommé des profondeurs intérieures sous une forme ou sous une autre, de façon spontanée.
Par exemple de la sorte - qui sait ? c'est probable - à la manière dont lui étaient "venus" quantité de tableaux, par flash de voyance tout simplement, ni plus ni moins : via l'apparition, soudaine donc, d'un vaste point d'interrogation surgissant à l'horizon tout proche sur l'écran intérieur.
Mais - quoi qu'il en fût, ce que nous ne saurons jamais -, cela bel et bien rendu possible je ne sais comment à ce moment-là, Serge me parut, comme en une sorte de révérence, à la fois se parler à lui-même en même temps qu'à tout le monde. 
Et même si maintenant à cette heure-là - quelle heure ! - mon amicale présence n'était plus d'actualité à son esprit alors d'ores et déjà fort entrepris par son passage de l'autre côté, sur l'autre rive, de tout cela je peux néanmoins aujourd'hui témoigner.
*



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