Aimée Castain - 1917-2015 - bergère et peintre au regard neuf.
Ça devient imaginaire...ça je l'aurais pas imaginé !
Aimée Castain
*
*
Je viens d'avoir, sans m'y attendre, l'opportunité d'acquérir l'un de ces poétiques et savoureux Castain francs du collier que, de retour du Gubian - puis plus tard des Bourbons - où il allait s'approvisionner directement à la source, Serge aimait installer en présentation dans sa salle-à-manger pour les proposer ainsi à la vente aux amateurs de sa propre peinture.
Je sais, sans le moindre doute possible, qu'il s'agit bien de l'un d'entre eux parce que le vendeur se trouve être un paysan l'ayant justement acheté au coup de cœur auprès de Serge et non d'Aimée, chez lui, en proche voisin et ami venu saluer au passage, faire échange de nouvelles, parler un peu jardinage, comme de coutume. Sans savoir, jusqu'au dernier moment de la confrontation, que ce Castain était là, l'attendait.
Contrairement à ce qu'on veut pourtant de nos jours nous faire accroire à toute force, devenir peintre n'est déjà, certes, pas à la portée de n'importe qui. Mais davantage encore au siècle dernier, dans certains milieux : quand il se trouve qu'on est paysanne, bergère et mère de famille du côté de Revest-des-Brousses, par exemple, comme c'est le cas d'Aimée.
C'est uniquement la qualité de sa peinture qui, en s'améliorant tout naturellement, petit à petit, lui a heureusement ouvert des portes ; jusqu'à celle - verrouillée, au fond, sur elle-même - de la mentalité de nombre de ses pairs, les ruraux du coin ! Pas des plus faciles pour elle à convaincre, même en son propre foyer où le tendre Paul lui-même s'affolait de plus en plus souvent, au début, de la voir « encore peindre ! » tandis que du travail, bien sûr, attendait à tel ou tel champ comme à la bergerie voisine ou à la basse-cour.
Arriver à trouver du temps libre, puis, le temps pressant, arriver à se décider à en prendre pour la peinture, à lui en réserver d'office une part, aura été, pari gagné, sa première victoire à la fois sur elle-même et sur l'adversité pour décidément prendre le chemin de devenir une autre au regard de celui des autres en manifestant sans complexe, et désormais au grand jour, son âme vive et délicate de poète.
Peintre, Aimée l'est par la suite restée humblement, sagement aussi, grandement satisfaite d'une clientèle fidèle au sein de laquelle, par dessus le marché, elle se fit vite, et à domicile, de nombreux amis de toutes sortes et de toutes couleurs dont les ferventes fréquentes visites lui rendaient bien, en retour, tout le bonheur et l'enthousiasme que sa peinture leur procurait par ailleurs au fil des jours sans jamais discontinuer, ni encore moins tarir.
La Famille paysanne, hst, 24x35 cm, 1987.
Le tableau en question est l'un de ceux en lesquels Aimée-l'alchimiste-de-première transmue avec art sa rude existence de paysanne et de bergère en nobles pages colorées de Riches Heures.
Quintessence de toute une vie de labeur en pleine nature, récolte spirituelle à mes yeux, que tout l'œuvre peint de cette femme sensible et courageuse entre toutes, ayant le sens du partage, en même temps que le don, tout aussi évident chez elle de la réconciliation, en sa vie, des extrêmes. Par tableaux interposés.
Nous sommes là à cent mille lieues de Paris ou autres grandes villes en lesquelles se fomentent biennales et expos spectaculaires, FIAC et foires d'empoigne financières entre féroces marchands, services culturels officiels aussi bien que privés, et artistes préfabriqués !
Bienheureuse simplicité ! Composée en croix grecque, s'adossant ainsi en douce à celle des saisons et des points cardinaux, cette simplissime - en le cas, je me répète ici bien volontiers - scène de travaux campagnards me ravit par son ambiance solaire, son esprit laborieux, efficace, qui sont à la fois poésie vivante et enseignement philosophique, sagesse en raccourci : « Que chacun, chaque jour, fasse de ses mains ce qu'il sait faire de mieux sur terre pour pousser à la roue ! » semble, ce jour-là, nous dire Aimée en prenant, elle, visiblement plaisir à peindre, à évoquer. Je vois, j'imagine : Lanza del Vasto et Gandhi lui-même l'approuvent, claquent des mains ensemble !
Quasi inconnue, restant confidentielle, la peinture d'Aimée-la-modeste le plus souvent m'enchante par son ingénuité quand, par contre, de très nombreuses autres, celles-là pourtant célèbres, renommées et vénérées un peu de partout sur toute la planète - Chaissac ou Dubuffet par exemple - m'ennuient, elles, très vite et très fort, au plus haut point !
*
Aimée Castain : à quand la prochaine expo ?
Dans le miroir des jours vient de paraître !
Aimée Castain. Un certain art de peindre en dehors des clous.
Aimée Castain. Une lettre des années 70.
Aimée Castain ou L'école du ciel, par Élisabeth Barillé 1
Aimée Castain ou l'école du ciel, par Élisabeth Barillé (2)
Aimée Castain. Le rouet. Quelques notes éparses.
Aimée Castain et sa Famille paysanne.
Aimée Castain, In memoriam.
Aimée Castain par Philippe Cottenceau
Aimée Castain - 1917-2015 - bergère et peintre au regard neuf.
Aimée Castain (avec un texte de Serge).
La Crèche selon Aimée Castain.
Le Semeur.
Les Très Riches Heures d'Aimée Castain.
*
La haute figure de Pierre Martel.
Pierre Martel, une lettre de 1947.
Pierre Martel. SOIF.
Pierre Martel, une facette seulement.
Le Semeur.
Extrait d'un entretien avec Aimée Castain par Pierre Martel.

La crèche, la croix, le Christ de Claude-Henri Rocquet
*
*
Traduzione a cura dui Agostino Forte :
Aimée Castain, 1917-2015. Una pastora e pittrice dallo sguardo nuovo
Le cose si fanno immaginarie ... come non avrei mai immaginato !
Aimée Castain
*
Aimée Castain, Pastora. Uno sguardo innamorato sulla Haute Provence
Nel cuore delle Alpi dell'Alta Provenza, tra Rocher d'Ongles e Revest-des-Brousses, nella frazioncina di Gubian, vive una pastora. A lei appartiene la storia meravigliosa - meravigliosa quanto sarebbe un racconto ravvivato dai sonagli di un gregge, dal soffio del vento, dal canto degli uccelli e delle cicale -, una storia bella quanto una canzoncina di bimbi la cui melodia fosse stata orchestrata in una sinfonia di colori soleggiati, come quelli che si possono incontrare solo in queste Alpi di Luce.
Il nome di questa pastora è Aimée Castain.
**

... il suo piccolo agglomerato di case
In una mattinata invernale, mi sono recato con alcuni amici fino a Gubian per farne la conoscenza.
Aimée Castain era allo scuro del nostro arrivo, eppure avrei giurato che ci stesse aspettando quando, nell'atto di accoglierci, è apparsa sulla veranda coperta, in cima alla vecchia scala in pietra, col viso illuminato da un sorriso.
E in quell'istante mi si è chiarito immediatamente ciò che avevo appreso sul suo conto.
La sua storia comincia nel 1951.
All'epoca, Aimée Castain aveva assistito a una conferenza sulla preistoria e l'archeologia locale, organizzata dall'appena fondata associazione "Alpes de Lumière".
Aimée Castain aveva allora poco più di trent'anni e non aveva certo molto tempo libero a propria disposizione per interessarsi del passato dei suoi luoghi; aveva quattro figlioli ancora piccoli, il cascinale, la terra, e anche il gregge. E il tempo libero era un lusso poco conosciuto in quell'angolo aspro che è la zona di Banon.
Ad ogni modo, il carattere aperto e cordiale della Pastora di Gubian non aveva dimenticato ciò che aveva appreso sulle vecchie selci scheggiate o le fragili dimentiche ceramiche, disseminate qua e là dai suoi antichi abitanti. Così, quando nel 1963 divenuti i suoi pargoli ormai grandi e non più bisognosi delle sue cure, si trovò ad avere più "libertà", e pensò che anche lei avrebbe potuto conoscere meglio la sua Terra e la sua Storia.
Aimée Castain pur non tralasciando la cura delle sue pecore, si dedicò al recupero di tutto ciò che potesse assomigliare a quegli utensili preistorici, si trovassero essi nelle vicinanze oppure più lontano, che aveva visto dodici anni prima. Dopo tutto doveva pur esserne rimasto ancora qualcuno lì nei dintorni!
Quale non fu la sua sorpresa nello scoprire che il settore era ben ricco e le sue ricerche lungi dall'essere vane. A fine giornata riportava a casa tutti i suoi reperti, classificandoli per corrispondenza, annotandone accuratamente la provenienza sotto lo sguardo intenerito di Paul, suo marito. Dopo due anni aveva già messo insieme una collezione considerevole, costituita da più di 2000 pezzi autentici di selci scheggiate, trovate tutte negli immediati dintorni di Gubian.
Un'improvvisa sete di scoperta e di sapere si era impossessata di lei. Non contenta del semplice collezionare, volle identificare ogni singolo ritrovamento, stabilirne l'impiego, l'epoca ... sì, voleva conoscere, capire. Decise dunque di studiare, sprofondandosi nell'avida lettura delle opere che si faceva prestare e riguardanti la preistoria. Non potendo permettersele, le ricopiava detto fatto, testo e disegni, su quaderni scolastici, con la sua bella scrittura semplice e chiara, impiegando le notti in questo suo compito.
Inoltre, siccome l'Alta Provenza abbonda di fossili, Aimée si mise a raccogliere anche questi passando, senza rendersene conto, dalla preistoria alla paleontologia e alla geologia. E poiché nella regione non mancano neanche vestigia gallo-romane né ruderi medievali, sempre accompagnata dalle pecore e dalle capre, istintivamente scoprì, a livello locale, i segreti dell'archeologia romana e medievale.
Nonostante ciò, tutto questo, al quale si era aggiunta una riscoperta appassionata di quello che già conosceva dalla sua più tenera infanzia (uccelli, alberi, il timo, il rosmarino, la santoreggia ...), tutto questo, quindi, non bastava ancora a riempire appieno l'animo e il cuore di Aimée Castain.
C'era ancora da dire, cantare, dare ...
E allora, or sono sei o sette anni, la pastora di Gubian iniziò a scrivere, e a dipingere.
Quando sono entrato nel suo piccolo studio - un locale inondato di sole e sbiancato a calce, al quale si accede per una scalettina dalle piastrelle consumate e con una vecchia balaustra, massiccia, in duro gesso - in un attimo mi sono ritornati di colpo la luce e il profumo della mia infanzia nella campagna provenzale.
Aimée Castain ha guardato con tale amore la sua Terra, i suoi boschi, le sue colline, le sue lavande e i suoi villaggi, i ricoveri in pietra dal tetto a punta, gli ovili, le sue pecore, le sue capre, il suo piccolo agglomerato di case ... ha talmente vissuto, penato, lavorato a tal punto che la sua mano, spontaneamente, si è trovata a dipingere sulla tela quello che il suo cuore semplice e senza macchia aveva conservato della sua visione: l'essenziale, le linee sobrie e i colori unici di quest'angolo di Provenza baciato dal sole.
Successivamente ho pensato - con gaudio! - "un Parigino non avrebbe mai potuto dipingere così!". Era necessario fosse uno del posto per comprenderlo così bene; ed esprimerne così fedelmente la poesia, l'anima, in tutta la sua verità. E anche, credo, uno per il quale la vita qui non è così semplice come sembra quando si viene da turisti ... In ogni caso qualcuno che avesse conservato uno sguardo novello al servizio di una semplicità da fanciullo.
Ecco chi credo sia Aimée Castain.
Nel corso di una delle vostre casuali passeggiate, non dirò di recarvi fino a Gubian, per andare a trovare la Pastora. Ne ho paura: ci sono delle cose e degli esseri talmente belli e schietti che si ha il timore di corromperli.
Ciò malgrado, doveste all'occasione passare dalle parti del bel paesello, senza alcuna curiosità ma col solo intento di incontrare esseri veraci, bussate alla porta di Paul e Aimée Castain, scoprirete dei sorrisi autentici e una profonda saggezza, ammirerete una pittura semplice, bella e riposante, e ritroverete un po' della vostra infanzia.
Un ultimo suggerimento: non soffermatevi troppo, hanno il loro bel da fare e le pecore sono animali a loro modo esigenti.
E pronti a ripartire, fatemi una cortesia: ditegli Grazie da parte mia.
... Paul e Aimée. Foto Pierre Gallocher.




