Fabuleuse Lucienne ! 3.
Bêtes et gens, gens et bêtes,
Vaches, veaux, corbeaux, poètes,
Aimez fort ce que vous êtes.
Norge
La chose n'est pas coutumière.
Lucienne Desnoues
*
Étalon Naïf !
Ah ! Quelle riche et merveilleuse trouvaille, quelle belle invention - à multiples tiroirs - que celle de Lucienne attribuant à ce fabuleux animal frais émoulu de son bestiaire personnel, l'inspiration de son propre bouquet de fables !
Fabuleux animal baptisé par ses soins, experts en la matière, de l'heureux anagramme du nom même - et pour cause - du grand La Fontaine : c'est qu'en effet les douze fables du recueil correspondent une à une - mais chacune inverse, il faut le dire - aux douze des plus connues d'entre les toutes les siennes !
De plus, Lucienne se plaît, au passage, à retenir fermement par la bride cette fort attachante créature pour - en juste reconnaissance et donc en son honneur - la faire participer d'office au titre même du recueil : Les fables d'Étalon Naïf !
En poète authentique depuis toujours hautement sensible au pouvoir des symboles, vivants, opérants en chaque être et à travers chaque chose, autant qu'en digne petite-nièce du maréchal-charron-forgeron Desnoues du Grand Meaulnes - pas si naïve donc qu'elle voudrait parfois nous le faire (malicieusement) accroire - Lucienne n'ignore pas et ne perd pas non plus de vue que la gent chevaline est effectivement - et cela peut-être bien depuis la toute première étincelle produite au cours de l'initiale nuit de formation de la psyché humaine - partie prenante avec la représentation du processus créateur.
Ami des Muses, en rapport direct, donc, avec l'imagination et sa fertilité, Pégase, le cheval ailé divin, en est en effet, sous nos latitudes, le plus fameux et récurrent représentant sous une multitude, il est vrai, de formes iconographiques ; mais découlant toutes de la mythologie grecque. L'Orient comme l'alchimie médiévale, nordiques et amérindiens, chamans de Sibérie, ne sont pas en reste en tenant à notre disposition nombre d'autres éloquents spécimens en la matière, chacun tout aussi intemporel, puissant et respectable.
Étalon Naïf faisant son entrée au village ?
Mais c'est bien spécifiquement, selon sa culture, celui hybride - à corps de cheval et à ailes d'ange ou de colombe démesurées - qui, s'y démultipliant à l'envi, environne Lucienne en sa vie, l'escorte de toutes parts à vrai dire, à la manière diffuse d'un animal-totem : le chevalet ami de ses amis peintres, la fruste Pégasière, baptisée ainsi par Lucien Jacques, la plus confortable Ferrage où le couple Mogin-Desnoues s'installe définitivement à Montjustin, son écriture même, en premier lieu, tout à la fois poésie terrienne et spirituelle, elle-même ainsi conçue à cheval sur quantité de choses essentielles...
La liste n'est pas close.
Et puis surtout, cavalcadante, "auréolant" alors le tout en quelque sorte, cette phrase éclatante du maître artificier - mais en rien artificiel ! - de Manosque qui émerveilla tout particulièrement Lucienne dans l'unique et magistral (son chef-d'œuvre à mes yeux) Pour saluer Melville : «Le fumier de cheval est un grand poète.»
À jamais "fumante" proclamation ! Credo ! Également Art poétique ! Sésame universel, follement engageant pour qui voudrait écrire, ou bien rêver tout haut ! Giono, en son domaine, remontant par là directement à la source : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » n'enseigne-t-il pas le mythique Hermès Trismégiste ?
Ce n'est bien sûr pas par hasard que - parce que poète dans l'âme, l'éprouvant donc par elle-même - Lucienne relèvera l'intense phrase - un pur alexandrin ! - pour la transcrire afin d'en confirmer et souligner la véracité en même temps que la féconde efficacité de ses vertus créatrices, versant tout cela en son honneur et à sa mémoire dans les deux trois pages confidentielles (Après vingt ans) d'un hommage très personnel au génial écrivain de Manosque.
Sauf que, sans doute par erreur de mémoire ou par inattention, Lucienne l'attribue - ça m'est arrivé aussi - à Melville en train d'initier Adelina White à l'imaginaire quand, en tout bien tout honneur et quasi par osmose, ils se retrouvent chacun, et mutuellement, en la toute proche présence attentive au ressenti de l'autre : perchés ensemble, côte-à-côte, sur la banquette en hauteur derrière le cocher de la malle-poste où la jeune personne est délicatement "instruite" d'une formidable leçon d'univers poétique en plein air par le biais de très peu de paroles mais à l'aide de la fameuse fantastique apparition en sa main d'une échancrure, à même le réel, en feuille de laurier parfaite.
Tout cela ayant lieu - s'incarnant, c'est le cas de le dire - depuis le « pays d'au-delà» ou «de derrière l'air » d'où l'esprit même de la Poésie "travaille" les artistes, se servant ici de Giono et de Melville qui, tout particulièrement à ce moment-là dans le livre, dialoguent de concert, dans la même langue et d'une seule voix, avec leur distinguée, jeune et fraîche anima commune.
*
Fabuleuse Lucienne ! 1
Fabuleuse Lucienne ! 2
Fabuleuse Lucienne ! 4
Après vingt ans par Lucienne Desnoues.
Fantaisies autour du trèfle.
Lire Lucienne Desnoues
*
Autre chose :
Nous cherchons des hébergements en famille d'accueil pour une jeune femme et deux jeunes hommes, tous trois mineurs exilés. Si possible sur Avignon, Carpentras, Cavaillon, Apt, Orange, Nîmes, ... et/ou environs.
Si vous avez une idée hors Vaucluse, pourquoi pas, parce que les trois ayant des situations administratives complexes, l'hébergement peut être long ; donc nous préférons vous le dire dés maintenant. Cependant si vous pensez pouvoir les accueillir, ne serait-ce qu'un mois, ce serait extra puisque cela nous laisserait le temps de trouver quelque chose de plus pérenne.
Merci de voir autour de vous si vous pensez à quelqu'un qui pourrait le faire et merci pour votre solidarité.
